

« Centre-ville désert, logements vacants, Montréjeau perd petit à petit en attractivité. » Ces lignes sont extraites de La Depêche du Midi (OPAH-RU : À Montréjeau, la mairie veut redynamiser les logements du centre-ville, édition Gazette du Comminges du 25/08/2025). Les causes profondes d’un tel délabrement ne sont pas abordées : il s’agit seulement de couvrir l’actualité. Plus loin, on peut lire : « L’état de certains bâtiments du cœur de ville, que ce soit leur façade ou les logements intérieurs, ne séduit pas les nouveaux arrivants. Si nous voulons redynamiser le cœur de ville, nous devons passer par des logements plus sains », affirme le maire.
Ne faudrait-il pas ajouter, pour aborder les problèmes dans l’ordre : …et accessibles en toute sécurité ? Faut-il rappeler que la sécurité publique relève exclusivement du maire sur son territoire ?
L’édile précise ensuite : « Il faut juste qu’un propriétaire passe le pas et les autres suivront. » Doit-on s’aventurer à signifier aux riverains, Montréjeaulais de bonne volonté : Aide-toi et le ciel t’aidera ?
Est-ce là une justification des millions d’euros de fonds publics budgétisés pour des destructions, consolidations et aides à la rénovation d’un environnement classé, qu’il faudrait avant tout valoriser ? Faut-il remercier quelqu’un pour cette manne tombée des cieux ? Le cadre de vie des citoyens est-il seulement évoqué en prélude à ces dépenses ? Voilà qui mérite réflexion.
Les difficultés de la bastide ne sont pas récentes, mais les mesures prises depuis une dizaine d’années interrogent. Leurs effets effraient les passants. Quels furent les résultats des aménagements menés après 2015 en ville basse, au détriment du cœur historique ? Ces mesures ont-elles porté atteinte au droit de vivre dans un environnement équilibré et respectueux de la santé, droit rappelé dans un débat national ?
Divers aménagements à proximité de l’avenue de Luchon ont eu pour conséquence de concentrer les nuisances routières précisément là où cohabitent populations vulnérables et véhicules motorisés, sur une voie étroite, sans trottoirs, coincée entre deux murs. Cette organisation ne tenant pas compte des itinéraires directs, fait-elle de ce territoire une entité digne d’autant d’attention financière ?
La réponse semble être oui, à en juger par le statu quo, maintenu malgré une accidentologie mortelle et la fuite du petit commerce de proximité. Quels acteurs peuvent encore décemment subventionner un tel service rendu à la loi des plus fortes mobilités, au détriment des mobilités douces ? Espérons qu’aucun expert, conscient des défis environnementaux, ne cautionne ce modèle autrement que par un engagement minimal.
Le sujet évoque les symptômes d’une mort annoncée, faute de repenser intelligemment le plan de circulation et de redéfinir les compétences du millefeuille administratif au bénéfice des citoyens. Faut-il être profondément reconnaissant de ces moyens ? Tout dépendra de leur destination.
Exposés aux nuisances de la circulation, nos logements se fissurent, se dévalorisent, et les arrêtés de péril nous oppressent. Après une décennie à résister aux « sales coups tordus », le pire est-il encore à venir ? Quelles responsabilités seront engagées demain ? Déjà, la réponse municipale a eu de lourdes conséquences pour tout citoyen solvable, même éloigné de l’avenue de Luchon. Mais soyez assurés, riverains : c’est à votre palier — ou à défaut, à l’arrière de votre logement — qu’il pourra être demandé une contribution en cas de besoin.
Faut-il envisager de dire merci lorsqu’on nous propose de contribuer au paiement de réparations pour des dégâts dont nous sommes les premières victimes ? Quels logements de l’avenue intègrent Le Plan historique parmi les 155 projets de rénovation annoncés ? Les moyens sont-ils suffisants, équitablement répartis ? Où et selon quels critères sont-ils déployés ? Est-ce parfois uniquement pour l’infrastructure publique, maquillant péniblement une misère qui s’apparente à un "apartheid social"localisé ?
Quelle contrepartie est accordée aux riverains d’un quartier forcé de sacrifier son espace vital ? L’absence de véritable revitalisation ne prépare-t-elle pas un urbicide accéléré ?
Voilà bientôt un an que plusieurs centaines de personnes ont signé une pétition en ligne. Pourtant, pas un feu tricolore, pas un plateau ralentisseur, pas une chicane n’ont été installés. Force est de constater que nos riverains ne sont pas considérés à leur juste valeur citoyenne. Ailleurs, des demandes similaires ont pourtant été suivies d’effets immédiats.
Conformément à l’annonce faite lors de la réunion publique du 22/06/2025, et face au déni des revendications, la saisine du Défenseur des droits est imminente. Au-delà des traitements discriminants jugés contraires aux principes républicains, la question des responsabilités individuelles liées aux arrêtés de péril sera posée. Les propriétaires peuvent-ils être tenus responsables avenue de Luchon, compte tenu des conditions d’accès à la voirie et aux biens ? Le patrimoine est-il condamné, faute d’intervention possible sur les façades ?
Qui voudra encore payer pour la bastide ? Montréjeau serait-elle devenue insolente, grossière, capable de protéger une bouche d’égout par une chicane et quelques poteaux en plastique mais incapable d’aménager quelques mètres plus loin la même chose pour sécuriser ses piétons allant vers la Garonne, quand ils se déplacent à la gare ou entre les établissements scolaires ?
Qui paiera demain ? Propriétaires, mairie, communauté de communes...? Les problématiques de l’avenue de Luchon semblent plus que jamais mener aux plus hauts sommets de l’État.
F.LASSERE pour l'association LeBienDesRiverains et le retour des petits commerces de proximité.