La « Fabrique citoyenne » a récemment voté pour la création d’une maison des hérissons dans notre quartier Francisco Ferrer-Landry-Poterie. Bien chanceux les hérissons ! La municipalité nous autorise à organiser un scrutin concernant leur logis. Pour l’habitat des bipèdes rennais, en revanche, l’esprit de démocratie participative peut aller se rhabiller. Quand il s’agit de couler du béton, point de concertation. Au mieux quelques dialogues de sourds.
Pour tenter de dégager les tympans de nos élus, plusieurs collectifs inquiets de l’intense bétonisation en cours ont improvisé un concert de casseroles, sifflets et autres klaxons, à l’ouverture du dernier conseil municipal. Le collectif Vern-Poterie y était. Vous trouverez en bas de page quelques échos médiatiques de cette manifestation riche en décibels : ils permettent aussi, bien sûr, de ré-entendre les couplets préférés de nos édiles…
Il n’est de pire sourd que celui qui ne veut pas entendre. Gardienne de « l’intérêt général », la ville n’a évidemment pas de temps à perdre à écouter des citoyens aux problématiques « égoïstes », et affligés d’une déplorable étroitesse de vue ! Il est intéressant de noter qu’elle n’a pas davantage su écouter l’alerte d’un fin spécialiste auquel elle a pourtant confié l’étude de son tissu urbain pendant de longues années. L’homme en question s’appelle Henri-Noël Ruiz. De 2011 à début 2020, il dirigea l’agence d’’urbanisme de Rennes (Audiar) qui réalise moult études sur le logement et la démographie locale. M. Ruiz estime qu’à partir de 2015, l’urbanisme rennais s’est emballé de façon excessive et il dresse un bilan très critique de la frénésie immobilière qui s’est emparé de la ville. Avant les dernières élections municipales, il en fit part à Nathalie Appéré, qui n’en eut cure ; il décida alors de faire entendre sa voix en rejoignant une liste concurrente… Les choix politiques de M. Ruiz ne sont pas le sujet qui nous intéresse. Par contre, son regard d’urbaniste sur l’évolution de la ville nous semble du plus grand intérêt. Dans une interview au Télégramme, datée de janvier 2020, il livre ses constats relatifs à la commune de Rennes. Nous en retenons quelques extraits choisis.
1-On construit trop : « La ville a été l’objet d’un volume de constructions très important ces dernières années. Qui va bien au-delà des objectifs du programme de l’habitat. Ce dernier prévoyait : 1 200 logements par an entre 2015 et 2017. Et 1 500 entre 2018 et 2020. C’est 1 700 logements qui ont été réalisés en 2016, 2 500 en 2017 et 2019, 2 800 logements en 2018 ! Le niveau de construction a explosé. D’où le sentiment légitime d’un certain nombre d’habitants : on en fait trop. On a même fait le double des objectifs. Malgré la très importante production de logements, les prix ont considérablement monté. Aujourd’hui, ils augmentent aussi vite qu’à Bordeaux ou Nantes. Rennes est en train d’exclure les couches moyennes. Or elles représentent 50 % de la population rennaise ! »
2-Pourquoi tant d’immeubles ? : « L’équipe en place a sans doute considéré que c’était le signe de la vitalité de la ville. Elle a laissé la main aux promoteurs. Ces derniers ont répondu à une forte demande en produits de défiscalisation (Pinel). Sur les dernières années du mandat, 70 % de la production de logements s’est faite en diffus et non dans les Zones d’aménagements concertés comme c’était prévu (…) Le problème du diffus c’est que la construction de logements n’est pas accompagnée par la création de services. Au Haut-Sancé, quand les habitants émettent des critiques sur la construction de 500 nouveaux logements, ils s’inquiètent aussi de l’absence de renforcement des services à la population. Ils ont raison ! »
3- Sur la concertation : « Je trouve légitime que les Rennais demandent davantage de dialogue. Aujourd’hui, la concertation démarre avec un projet en grande partie arrêté et la discussion peut s’engager sur des détails… Il faut faire la ville différemment. »
4- Disparition du patrimoine : « Un autre sujet qui pourrait être amélioré dans l’urbanisme rennais, c’est le patrimoine ! Il faut porter plus d’attention au patrimoine de proximité. Les belles maisons disparaissent les unes après les autres. À la place des immeubles sans charme poussent comme des champignons. »
5 – La nature dans la ville : « Ce qui a été fait sur le dernier mandat n’est pas satisfaisant. Certes, les grands parcs comme ceux des prairies Saint-Martin ou Plaine de Baud sont une respiration. Mais il faut davantage travailler les espaces verts de proximité : les places, les rues, les bords d’immeubles, etc. C’est ce qui confère une vraie qualité de vie aux riverains. »
Bonne semaine à tous!
Collectif-Vern-Poterie, contact : vern-poterie@orange.fr