Petition updateHalte au béton dans le secteur Vern/Poterie !Urbanisme et démocratie
Collectif VERN POTERIEFrance
Apr 20, 2021

Pas de nouvelles fraîches de la mairie concernant les projets d’immeubles qui ont motivé notre pétition… En attendant, nous continuons d’échanger avec vous doutes et constats sur l’évolution de l’urbanisme rennais. Aujourd’hui, sous l’angle de l’enjeu démocratique.

Lorsqu’une ville décide de créer une ZAC pour y faire construire des logements, elle doit instaurer une procédure de concertation, la loi l’y oblige. Il lui faut au minimum annoncer l’opération et permettre à la population d’émettre des avis… qu’elle n’est nullement tenue de suivre ! A Rennes, les collectifs de riverains confrontés aux projets de ZAC font tous remonter le même constat : le processus de consultation est de pure forme ; sur le fond, les habitants ne sont pas entendus. Bref, on est très loin de l’idéal démocratique. Mais lorsque les promoteurs interviennent hors des ZAC, en secteur « diffus » selon l’adjectif consacré, rachetant ici et là trois maisons voisines pour les abattre et construire un plantureux édifice, c’est encore pire. Tant qu’ils respectent le Plan Local d’Urbanisme (PLU) qui leur offre un vaste terrain de jeu, ils ont carte blanche. Ils n’ont à solliciter l’avis de personne, sauf celui de la mairie pour obtenir le permis de construire. Ils rachètent les terrains en toute discrétion, et à moins que la rumeur n’ébruite l’opération, nul n’est au courant. Lorsque surgit l’affiche du permis de construire annonçant les volumes de l’immeuble à naître, les jeux sont quasiment faits. Seuls les proches voisins peuvent encore légalement agir et contester. Le quartier, lui, n’a rien à dire. Mis au pied du « mur », il est censé se taire en attendant les grues.

Si les promoteurs réalisaient une partie marginale de leur activité en secteur diffus, ce problème de carence démocratique semblerait peut-être moins criant. Mais ce n’est plus le cas depuis longtemps. A Rennes, le « fort dynamisme du marché de la promotion s’accompagne d’une évolution marquante de la production localisée en diffus » qui a représenté 62% des logements neufs en 2019, explique l’agence Audiar.

Les promoteurs ont clairement pris les rênes de l’urbanisme rennais. Or le souci de l’intérêt général n’entre pas dans leurs attributions. Ce sont des groupes privés nationaux (Bouygues, Nexity…) ou régionaux, mus par la logique du profit, qu’ils aient ou non à respecter un quota de logements « régulés ». Rennes veut grossir, elle révise son PLU en 2019 pour multiplier les possibilités de construire en empilant les étages de béton : les promoteurs applaudissent bien sûr. Que leur importent la disparition des îlots de verdure, les problèmes de circulation et de stationnement, la mise en danger du « vivre ensemble » naissant de la sur-densification ? Ce n’est pas leur affaire. Ils font leur métier : racheter quelques maisons pour les démolir là où il est permis de construire en hauteur (la hauteur, c’est rentable), ériger des bâtiments préformatés au ras des trottoirs, puis vendre à prix fort, sachant que 70% des appartements commercialisés iront aux mains de propriétaires-investisseurs attirés par la défiscalisation Pinel (1) et qui n’occuperont pas les lieux. Formidable ! Condamnés à l’impuissance, les habitants voient pousser comme champignons des constructions démesurées et irréversibles. Dans notre petit quartier, trois immeubles font émerger 200 logements sur moins de deux hectares, sans qu’il ait été besoin de sacrifier à la procédure d’une ZAC, mais pour une densité comparable à celle d’une ZAC. Et on veut nous en imposer d’autres !!!

En ce début d’année, des citadins d’une agglomération de Nouvelle-Aquitaine ont manifesté sous le slogan : « On n’en peut PLU ! », joli jeu de mots. Leurs élus leur ont promis d’élaborer une charte de bonne conduite avec les promoteurs. A Rennes aussi, on n’en peut PLU. La mairie le sait. Elle a initié un « jury citoyen » autorisé à donner son avis sur une charte « construction et citoyenneté », selon un processus que nous vous laissons apprécier ici. Ce projet, qualifié comme il se doit de « solidaire et collaboratif », sera-t-il autre chose qu’un accessoire de théâtre pour parodie de démocratie ? Accordons à la ville le bénéfice du doute. Mais une chose est sûre : les Rennais sont déjà consternés de voir leur cité livrée aux promoteurs, et profondément choqués de n’être entendus ni dans leurs protestations, ni dans leurs aspirations, la moindre des politesses serait de ne pas, en plus, les prendre pour des imbéciles.

Une petite note d’espoir pour terminer : En 2019, le Grand Prix de l’Urbanisme fut décerné à un architecte, Patrick Bouchain, qui déclare : « Il faut revenir à un urbanisme démocratique ». Au journaliste du quotidien Le Monde qui lui demande : « Ne l’est-il pas aujourd’hui ? », il répond : « Non, il est technocratique ! », avant de livrer sa définition : « L’urbanisme démocratique, c’est celui qui permet à des individus ou des collectifs d’agir. Construire, c’est positif !».

Collectif Vern-Poterie, contact : vern-poterie@orange.fr

(1) Voir à ce sujet ce document de l’agence Audiar (p 6) et notre précédente « mise à jour » : Pourquoi construit-on autant et si moche à Rennes ?

A lire par ailleurs : un article du Télégramme sur la fédération R’MATH qui regroupe des collectifs ou associations en proie aux déboires de l’urbanisme rennais.

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