Un habitant de la Poterie nous écrit : « Comme beaucoup d'autres, je ne souhaite pas que notre quartier devienne du Beauregard, du Alma, de la Courrouze ou Plaine de Baud... qui est une politique de densification intense de population. Rennes refait les mêmes erreurs que dans les années 60 /70 ». Il a raison. Malheureusement, notre ville a une ambition qui tourne à l’obsession : grossir, grossir, et pour cela construire, en poursuivant sans relâche une logique de l’entassement. La valse des grues donne parfois le tournis, et certains chiffres provoquent une légère sensation de vertige. Voyons un peu.
73 « ZAC » sont aujourd’hui à l’œuvre dans Rennes Métropole. On les appelle « Zones d’Aménagement Concerté » en langue institutionnelle ou « Zones A Construire » en langage familier. Fruits d’une initiative municipale, elles produisent du logement neuf assorti, ou non, d’immobilier de bureau. Certaines sont très grandes (La Courrouze, Baud-Chardonnet), d’autres plus petites mais promises à une extrême densité (Haut-Sancé). Outre ces 73 zones en cours de réalisation, 17 ZAC supplémentaires sont en « phase d’étude » selon la base de données de Rennes Métropole. Vous en voulez encore un peu ? Alors, sachez que ces ZAC constituent seulement la partie émergée de l’iceberg. Depuis plusieurs années, 60% de la promotion immobilière est édifiée hors de leur périmètre, en « secteur diffus » comme l’indique le cabinet Audiar. Par secteur diffus, il faut visualiser le scénario que nous connaissons bien : rachat par les promoteurs de terrains individuels/destruction des maisons et jardins/construction d’immeubles…
Est-ce bien raisonnable ?
Depuis 2014 au moins, le rythme de construction à Rennes Métropole excède l’accroissement de la population. En moyenne annuelle : + 4500 logements/ +5000 habitants, sachant qu’un logement accueille environ deux personnes. Voilà qui aurait dû fluidifier le marché immobilier… Certes, il fallait anticiper l’éventuel choc démographique lié à l’arrivée de la LGV en 2017. On sait qu’un exode massif de parisiens a été pronostiqué à cette occasion : il fut d’ailleurs encouragé par d’actives campagnes publicitaires de notre région dans le métro de la capitale. Qu’en est-il ? La LGV a sans doute tiré les prix de l’immobilier à la hausse, mais elle n’a pas provoqué d’afflux massif de franciliens à Rennes si l’on en croit les échos des notaires.
Pendant ce temps, le Covid est passé par là. Avec l’épreuve sanitaire, les professionnels de l’immobilier ont constaté des changements notables dans les requêtes de logements : peu d’appétence pour les grands ensembles de béton, recherche « d’oxygène », intérêt pour la campagne et les communes moins denses que les métropoles. Un phénomène enregistré en Ille et Vilaine, comme dans d’autres départements. La crise du Covid est aussi venue questionner l’avenir de l’immobilier de bureau. Là encore, Rennes a vu très grand - La Courrouze, EuroRennes, Atalante, Champs-Blancs, et bientôt Via Silva- imaginant que les sociétés parisiennes s’empresseraient de la rejoindre avec la LGV. Lors de son bilan 2019, la FNAIM Entreprises 35 constatait pourtant : « la demande exogène (hors département) est encore trop faible ». Et en 2020, confinement et télétravail obligent, c’est la douche froide. Deux fois moins de surfaces vendues ou louées aux entreprises. 133 000 m2 de locaux disponibles.
Dans la période actuelle, la bétonisation à marche forcée de la ville se révèle plus que jamais un pari dangereux. Elle serait justifiée par « l’attractivité de Rennes » ? Elle risque surtout d’en sonner le glas. Il suffit de consulter les échos recueillis par un site comme ville-ideale.fr (il y a à boire et à manger, vous saurez faire le tri) pour constater que le règne du béton est, avec l’insécurité et la circulation, le point noir le plus fréquemment souligné de notre cité.
Nos élus municipaux se disent « fascinés » par les cohortes de grues. Tant mieux pour eux. Dommage pour nous. Entre l’ambition et la démesure, il y a un fossé que nous aurions préféré ne jamais voir franchi.
Collectif Vern-Poterie
Contact : vern-poterie@orange.fr