Stop aux discriminations territoriales : demandons l’anonymat sur Parcoursup !


Stop aux discriminations territoriales : demandons l’anonymat sur Parcoursup !
Le problème
Madame la ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation Frédérique Vidal, Monsieur le ministre de l’Education nationale, de la Jeunesse et des Sports Jean-Michel Blanquer, Messieurs les présidents de l’Assemblée nationale et du Sénat Richard Ferrand et Gérard Larcher, Mesdames et Messieurs les parlementaires.
Qu’est-ce donc que l’école si ce n’est l’institution qui donne sa chance à toutes et tous de pouvoir sortir par le haut, indépendamment des origines sociales, culturelles et géographiques ? Qu’est-ce donc que l’école si ce n’est cette institution libre, gratuite, laïque et juste qui oppose aux ténèbres de l’ignorance et de la violence les lueurs salvatrices de la connaissance, de la tolérance, de la sagesse ? Qu’est-ce donc que l’école si ce n’est ces douze millions d’élèves et ces plus d’1 million de professeurs qui chaque jour participent à la réussite collective de la République ?
Depuis de nombreuses années maintenant, l’école publique souffre. Elle souffre de cette spirale d’inégalités qui fait que les privilégiés s’élèvent et les défavorisées s’effondrent : aujourd’hui, seulement 1% des élèves de l’ENA (devenue Institut national du service public) possèdent un parent ouvrier. Le constat est glaçant : l’ascenseur social est en panne au pays où la devise « Liberté, Egalité, Fraternité » trône sur les frontons de nos mairies et de nos établissements scolaires.
Cependant, le pire se cache ailleurs, dans les algorithmes désincarnés et binaires d’une certaine plateforme qui a remplacé APB : Parcoursup. Mais pourquoi donc Parcoursup, solution qui a justement été créée pour réparer l’hécatombe de la sinistre APB, qui laissait chaque année plusieurs centaines de jeunes sur le carreau, et de brillants élèves refusés par l’injustice du tirage au sort ? Et bien pour une raison prosaïque mais riche de conséquences : l’établissement d’origine est mentionné sur la plateforme. Et cet établissement d’origine est un critère de sélection pour 20% au moins des formations du supérieur indique un récent rapport de la Cour des Comptes.
Mesdames, Messieurs, nous ne vous apprendrons rien (du moins nous l’espérons) en vous disant que la mention du lycée d’origine des postulants sur Parcoursup accroît les inégalités géographiques lors de la sélection dans le supérieur. A moins de vivre sur Jupiter ou de n’avoir pas mis les pieds dans une école depuis plusieurs décennies, tout le monde sait qu’un 18 dans un Lycée de Province ou d’Outre-mer n’équivaut jamais à un 18 pour un élève étudiant dans un établissement dit d’ «excellence » (nous songeons notamment au Lycée Henri IV ou Louis-le-Grand à Paris, au Lycée du Parc à Lyon etc.), expression au demeurant fort inique vis-à-vis des professeurs de France rurale et périphérique qui se voient officieusement déprécier leur travail par rapport à ces-dits lycées. Nous ne pouvons croire que nos professeurs, dévoués à leurs tâches et animés par le sens du service public, enseignent dans des établissements médiocres. De même pour nous élèves, cette hiérarchie entre établissements d’excellence et autres lycées nous est insupportable.
L’abolition des privilèges en France date du 4 août 1789, force est de constater toutefois que ceux-ci perdurent, plus de 200 ans après la proclamation de l’égalité des citoyens devant la loi. En témoigne l’article alarmant du journal Europe 1 qui dévoilait en mai 2021 les scandales d’une sélection dans un contexte d’inégalités accrues par la pandémie de Covid-19 (dont ne sommes pas encore sortis, malgré des efforts de toute part). « On a l’impression que les lycées ont augmenté les notes de manière artificielle », a déclaré en toute arrogance un professeur en prépa HEC à Paris. Et cette impression a conduit l’enseignant à « laisser de côté un certain nombre de dossiers excellents, parce que nous n’avions pas confiance dans la manière dont les évaluations avaient eu lieu ».
Les élèves des lycées cossus ont donc pu profiter de leur place au chaud dans les formations d’excellence de la République, en véritable nouvelle noblesse pour qui cela était un simple dû.
Cela devrait nous alerter quand l’article premier de notre Constitution stipule : « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion. » Il est grand temps de mettre un terme à cette situation qui n’est pas digne d’un pays qui se targue de n’avoir pas attendu pour proclamer des droits inaliénables aux individus avec la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen. Elle n’est pas digne également d’une France qui s’est reconnue dans la Déclaration Universelle des droits de l’Homme qui précise à l’article 26 : « ; l'accès aux études supérieures doit être ouvert en pleine égalité à tous en fonction de leur mérite. »
Si nous vous interpellons mesdames et messieurs, c’est parce que nous avons foi en le mérite. Parce que nous croyons qu’il peut permettre à tous d’accéder à l’excellence. Parce que nous croyons qu’il peut permettre à des individus de sortir la tête haute d’une situation difficile dont ils ont hérité à la naissance. Parce que nous croyons que le mérite doit être le principe fondateur pour être accepté dans toute formation sélective, nous vous demandons de l’instaurer par la mise en place de l’anonymat géographique sur la plateforme Parcoursup pour tous les postulants. Un anonymat qui pourrait permettre de combattre les tourments de l’autocensure qui poussent chaque année des élèves de Province à ne pas postuler dans des formations sélectives, par peur ou par dépit de se voir de toute façon refuser leur place au profit des élèves de Paris, de Lyon, de Strasbourg. Un anonymat qui mettrait un terme aux pratiques mesquines, à la limite de la légalité dont nous avons parlé plus haut. Un anonymat qui consacrerait le principe de justice cher à notre République.
Ne pas faire cela, c’est accepter à l’avenir de voir émerger avec force une rancœur qui sommeille dans plusieurs esprits, et une société qui se nourrit de rancœur ne peut pas s’apaiser. Notre pays a besoin plus que tout aujourd’hui, pour réparer ses fractures, de Justice.
Rappelons-nous ces paroles de Kant qui doivent nous guider : « Si la Justice disparaît, c’est chose sans valeur que le fait que des hommes vivent sur la terre ».
Le 15 janvier 2022,
Nils Dollfus-Donati, Vice-président du Conseil de la vie lycéenne au Lycée Jean Michel à Lons-le-Saunier (Jura).

Le problème
Madame la ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation Frédérique Vidal, Monsieur le ministre de l’Education nationale, de la Jeunesse et des Sports Jean-Michel Blanquer, Messieurs les présidents de l’Assemblée nationale et du Sénat Richard Ferrand et Gérard Larcher, Mesdames et Messieurs les parlementaires.
Qu’est-ce donc que l’école si ce n’est l’institution qui donne sa chance à toutes et tous de pouvoir sortir par le haut, indépendamment des origines sociales, culturelles et géographiques ? Qu’est-ce donc que l’école si ce n’est cette institution libre, gratuite, laïque et juste qui oppose aux ténèbres de l’ignorance et de la violence les lueurs salvatrices de la connaissance, de la tolérance, de la sagesse ? Qu’est-ce donc que l’école si ce n’est ces douze millions d’élèves et ces plus d’1 million de professeurs qui chaque jour participent à la réussite collective de la République ?
Depuis de nombreuses années maintenant, l’école publique souffre. Elle souffre de cette spirale d’inégalités qui fait que les privilégiés s’élèvent et les défavorisées s’effondrent : aujourd’hui, seulement 1% des élèves de l’ENA (devenue Institut national du service public) possèdent un parent ouvrier. Le constat est glaçant : l’ascenseur social est en panne au pays où la devise « Liberté, Egalité, Fraternité » trône sur les frontons de nos mairies et de nos établissements scolaires.
Cependant, le pire se cache ailleurs, dans les algorithmes désincarnés et binaires d’une certaine plateforme qui a remplacé APB : Parcoursup. Mais pourquoi donc Parcoursup, solution qui a justement été créée pour réparer l’hécatombe de la sinistre APB, qui laissait chaque année plusieurs centaines de jeunes sur le carreau, et de brillants élèves refusés par l’injustice du tirage au sort ? Et bien pour une raison prosaïque mais riche de conséquences : l’établissement d’origine est mentionné sur la plateforme. Et cet établissement d’origine est un critère de sélection pour 20% au moins des formations du supérieur indique un récent rapport de la Cour des Comptes.
Mesdames, Messieurs, nous ne vous apprendrons rien (du moins nous l’espérons) en vous disant que la mention du lycée d’origine des postulants sur Parcoursup accroît les inégalités géographiques lors de la sélection dans le supérieur. A moins de vivre sur Jupiter ou de n’avoir pas mis les pieds dans une école depuis plusieurs décennies, tout le monde sait qu’un 18 dans un Lycée de Province ou d’Outre-mer n’équivaut jamais à un 18 pour un élève étudiant dans un établissement dit d’ «excellence » (nous songeons notamment au Lycée Henri IV ou Louis-le-Grand à Paris, au Lycée du Parc à Lyon etc.), expression au demeurant fort inique vis-à-vis des professeurs de France rurale et périphérique qui se voient officieusement déprécier leur travail par rapport à ces-dits lycées. Nous ne pouvons croire que nos professeurs, dévoués à leurs tâches et animés par le sens du service public, enseignent dans des établissements médiocres. De même pour nous élèves, cette hiérarchie entre établissements d’excellence et autres lycées nous est insupportable.
L’abolition des privilèges en France date du 4 août 1789, force est de constater toutefois que ceux-ci perdurent, plus de 200 ans après la proclamation de l’égalité des citoyens devant la loi. En témoigne l’article alarmant du journal Europe 1 qui dévoilait en mai 2021 les scandales d’une sélection dans un contexte d’inégalités accrues par la pandémie de Covid-19 (dont ne sommes pas encore sortis, malgré des efforts de toute part). « On a l’impression que les lycées ont augmenté les notes de manière artificielle », a déclaré en toute arrogance un professeur en prépa HEC à Paris. Et cette impression a conduit l’enseignant à « laisser de côté un certain nombre de dossiers excellents, parce que nous n’avions pas confiance dans la manière dont les évaluations avaient eu lieu ».
Les élèves des lycées cossus ont donc pu profiter de leur place au chaud dans les formations d’excellence de la République, en véritable nouvelle noblesse pour qui cela était un simple dû.
Cela devrait nous alerter quand l’article premier de notre Constitution stipule : « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion. » Il est grand temps de mettre un terme à cette situation qui n’est pas digne d’un pays qui se targue de n’avoir pas attendu pour proclamer des droits inaliénables aux individus avec la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen. Elle n’est pas digne également d’une France qui s’est reconnue dans la Déclaration Universelle des droits de l’Homme qui précise à l’article 26 : « ; l'accès aux études supérieures doit être ouvert en pleine égalité à tous en fonction de leur mérite. »
Si nous vous interpellons mesdames et messieurs, c’est parce que nous avons foi en le mérite. Parce que nous croyons qu’il peut permettre à tous d’accéder à l’excellence. Parce que nous croyons qu’il peut permettre à des individus de sortir la tête haute d’une situation difficile dont ils ont hérité à la naissance. Parce que nous croyons que le mérite doit être le principe fondateur pour être accepté dans toute formation sélective, nous vous demandons de l’instaurer par la mise en place de l’anonymat géographique sur la plateforme Parcoursup pour tous les postulants. Un anonymat qui pourrait permettre de combattre les tourments de l’autocensure qui poussent chaque année des élèves de Province à ne pas postuler dans des formations sélectives, par peur ou par dépit de se voir de toute façon refuser leur place au profit des élèves de Paris, de Lyon, de Strasbourg. Un anonymat qui mettrait un terme aux pratiques mesquines, à la limite de la légalité dont nous avons parlé plus haut. Un anonymat qui consacrerait le principe de justice cher à notre République.
Ne pas faire cela, c’est accepter à l’avenir de voir émerger avec force une rancœur qui sommeille dans plusieurs esprits, et une société qui se nourrit de rancœur ne peut pas s’apaiser. Notre pays a besoin plus que tout aujourd’hui, pour réparer ses fractures, de Justice.
Rappelons-nous ces paroles de Kant qui doivent nous guider : « Si la Justice disparaît, c’est chose sans valeur que le fait que des hommes vivent sur la terre ».
Le 15 janvier 2022,
Nils Dollfus-Donati, Vice-président du Conseil de la vie lycéenne au Lycée Jean Michel à Lons-le-Saunier (Jura).

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Pétition lancée le 27 novembre 2021