

Un art comptanpourien...
La presse locale s'est fait l'écho (Petite République, 10 juin 2024) d'un épisode cocasse du conseil municipal de Montréjeau tenu le 6 juin 2024. La séance a débuté par le rejet unanime du Plan Local d’Urbanisme intercommunal (PLUi) « Cœur et Plaine de Garonne ».
Forte de son expertise en gestion des espaces et des mobilités — et malgré l'affront fait à l'instance supérieure par ce vote de rejet — l'assemblée s'est livrée à une critique décomplexée du service public rendu par un géant national dans l'exercice de son cœur de métier : la SNCF.
Bien que le résumé journalistique évoque des raisons économiques liées à la valorisation de parcelles agricoles comme motif principal du rejet, il est surprenant de constater, sur les documents graphiques du PLUi, la mention « 8-mon » liée à un projet d’aménagement à 600 mètres de la gare. La légende est explicite : « Élargissement de la voie existante (3 m) ».
Serions-nous bien ici dans une Zone A Défendre colorée en rouge « AC1 » au titre des servitudes des Monuments Historiques? La légende l’assure, en pleine entrée de ville, au cœur d'un périmètre défini comme « centre ancien remarquable au tissu dense ». En effet, nous nous situons à quelques centaines de mètres du pont sur la Garonne et de la halle aux bestiaux (références classées à la base Mérimée : PA00094346, PA31000065).
L'urgence de l'absurde ?
Ici, entre deux murs, là où les piétons se faufilent déjà difficilement sur 15 cm de trottoir pour accéder à la gare et aux deux centres-villes situés de part et d'autre de la Garonne, un aménagement est programmé. Après le tragique accident survenu place de l'Orme, cet aménagement relèverait-il de l'urgence ?
Gageons que les élus ne sont pas uniquement préoccupés par des questions économiques, mais qu'ils sachent s’élever également contre des aberrations contraires à l'intérêt public, à celui des riverains et des personnes vulnérables, dans un esprit de bienveillance républicaine.
Destruction du patrimoine :
Faute de pouvoir « pousser les murs », faut-il présager que suite aux premières interventions d’autres façades en pierres de taille et des corniches de marbre caractéristiques du pays sont condamnées à la destruction ?
Cani-parc vs Réhabilitation :
Ces parcelles libérées vont-elles devenir, au mépris de l'article 4 du 19 mars 2025 réaffirmant que la réhabilitation est un acte architectural d’intérêt public, de spacieux « cani-parcs » en bord de Garonne ?
Logistique contre Histoire :
L’urbanisme doit-il s’effacer devant la logistique, tel ce vieux lavoir de quartier transformé en places de stationnement ?
L’illustration ci-jointe (représentant l’avancée du délabrement au cœur de la zone de protection depuis 2008) croise les données du PLUi avec les parcelles faisant l’objet d’arrêtés de péril. Un projet d’élargissement, au vu des accidents mortels déjà survenus sur la D825 et de la place déjà exclusivement affectée aux véhicules motorisés, semble relever d'un mépris scandaleux pour un environnement équilibré.
Quel projet d’envergure justifierait de détruire à grands frais dans ce secteur ? Quel plan stratégique pour l’économie locale nécessite d'élargir la voie ici, alors que les axes alternatifs et autoroutiers (A645, D8A) permettant le contournement de la ville restent inaccessibles ou entravés ?
Il est naturel qu’une ville ambitionnant de devenir « Ville-Porte de Parc Naturel », située sur le passage du GR et de la Via Garona, s’inquiète du sort réservé aux mobilités douces. Mais plutôt que de créer sa première piste cyclable ou d'offrir plus de 15 cm de trottoir aux randonneurs grâce à un feu tricolore, la municipalité choisit de s'attaquer à la SNCF.
Le « Carton Rouge » à la SNCF
La bastide adresse un carton rouge au transporteur national : « Le service de transport ferroviaire Pau-Toulouse n’est pas à la hauteur du besoin de la population... »
Profitons de ce dossier pour rappeler à l’administration municipale qu’elle pourrait s’inspirer du bon sens de l’organisation ferroviaire : on y trouve des feux de signalisation permettant d'assurer un service sécurisé et respectueux du public.
En attendant une prise de conscience du conseil municipal ou l’aide providentielle de collectivités compétentes, espérons que les futurs aménagements respecteront enfin les cadres légaux d'accessibilité.
Dans peu de temps, nous aurons la possibilité de féliciter un nouveau Maire. Espérons qu’il accompagne une ère de progrès au service de l’humain et que les finances municipales soient mises au bénéfice de la valorisation du patrimoine plutôt qu’à son anéantissement.
Ce contraste interroge.
Car avant de donner des leçons à un opérateur national, ne faudrait-il pas commencer par examiner l’état réel des mobilités locales ?
Les habitants sont en droit d’attendre :
un urbanisme cohérent,
une accessibilité réelle de l’espace public,
des choix respectueux du patrimoine et des finances municipales.
Continuez à signer et à partager cette pétition pour que ces enjeux restent visibles et que les décisions à venir placent enfin l’intérêt général au cœur des priorités.
F.LASSERE pour le Bien des riverains et le retour du commerce de proximité.
Rappel de la documentation légale :
Loi Handicap (2005) : Toute retouche de la voie implique une mise aux normes des trottoirs (1,40 m de largeur libre d'obstacle).
Décret n°2006-1658 & Arrêté du 15 janvier 2007 : Fixent les prescriptions techniques d'accessibilité de la voirie.
Code de la voirie routière : Oblige le gestionnaire à garantir la sécurité des usagers. La jurisprudence peut engager la responsabilité de la mairie en cas de trottoir dangereux.
Loi LOM (2019) : Impose la prise en compte des mobilités actives (vélo, marche) lors des réaménagements, particulièrement à proximité d'un pôle multimodal (gare).