Petition updateLes mutilations commencent au bureau de vote.Qu’est-ce que le salariatisme ?
SOS men bashing
Jan 24, 2021

Le salariatisme est une doctrine politique qui considère que le salariat, contrairement à l’esclavage, n’est pas un crime contre l’humanité. Autrement dit, le salariatisme fait une différence nette, tranchée, entre l’esclavage et le salariat. L’un est un crime contre l’humanité, l’autre n’en est pas un. L’esclavage est injuste, le salariat est juste.
Cette opposition tranchée se fonde sur l’idée que le salarié est libre alors que l’esclave ne l’est pas. Ainsi les idées de liberté, de contrat, d’égalité, de volonté individuelle sont au cœur de la pensée salariatiste.
« Dans les démocraties, les serviteurs ne sont pas seulement égaux entre eux ; on peut dire qu’ils sont en quelque sorte les égaux de leurs maîtres. À chaque instant, le serviteur peut devenir maître et aspire à le devenir ; le serviteur n’est donc pas un autre homme que le maître.
Pourquoi le premier a-t-il le droit de commander et qu’est-ce qui force le second à obéir ? L’accord momentané et libre de leurs volontés. Naturellement ils ne sont point inférieurs l’un à l’autre, ils ne le deviennent momentanément que par l’effet du contrat. Dans les limites de ce contrat, l’un est le serviteur et l’autre le maître ; en dehors, ce sont deux citoyens, deux hommes. » Tocquevlle, De la démocratie en Amérique.
Le moins que l’on puisse dire, c’est que Tocqueville ne manque pas de culot. Il faut un fameux culot pour oser parler d’accord momentané et libre de leurs volontés. Je pose une question : comment se fait-il que l’un choisisse « librement » d’être le serviteur et l’autre le maître ? Comment se fait-il qu’ils ne choisissent pas tous les deux d’être le maître ? Car finalement, c’est mieux d’être le maître plutôt que le serviteur, non ? D’autre part, l’accord momentané de leurs volontés à une certaine tendance à se prolonger. C’est un provisoire qui dure. Car l’ouvrier reste en général ouvrier toute sa vie, et le patron, le capitaliste, reste le patron, le maître toute sa vie. Et non seulement l’ouvrier reste ouvrier toute sa vie, mais les rapports sociaux se reproduisent. Le fils de l’ouvrier reste ouvrier et le fils du patron devient patron. Arnault Lagardère est le fils de Jean-Luc Lagardère, Martin Bouygues est le fils de Francis Bouygues, Serge Dassault le fils de Marcel Dassault, etc...
Cette reproduction des rapports sociaux s’opère par le moyen de la propriété héréditaire, c’est-à-dire de la succession. Sous le régime des ordres, le fils du noble était noble, le fils du roturier était roturier. Plus rien de tout cela n’existe depuis la glorieuse révolution qui a apporté à tous la liberté et l’égalité. À un détail près, la propriété capitaliste. C’est elle qui perpétue la société d’ordres par l’héritage.
L’imposture fondamentale de la pensée salariatiste est l’égalité. Les doctrinaires salariatistes créent une égalité qui n’existe qu’en imagination. Dans la société fictive que la pensée salariatiste crée en imagination, les hommes sont libres et égaux. Comme le dit Tocqueville, ils sont tous des citoyens, des hommes. Comme ils sont tous égaux, ils concluent des contrats libres parce qu’ils sont entre égaux. L’un choisit librement d’être le maître, l’autre choisit librement d’être le serviteur. La construction d’une égalité imaginaire puante permet ainsi d’évacuer le monde réel, le monde dans lequel existent des contraintes, le monde dans lequel le pauvre est contraint de se vendre au riche parce qu’il n’a aucun autre moyen de subsistance. L’égalité imaginaire est une blanchisseuse. On y met la contrainte, il en ressort une liberté toute propre.

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