Il arrive fréquemment que l’on reproche aux journalistes de ne pas faire correctement leur travail. Ce reproche est injuste. La plupart du temps les journalistes font plutôt bien leur travail. Nous en avons eu un exemple récemment lorsqu’un reportage de la rubrique : « Le moment de vérité » a été diffusé dans Le quotidien pour rendre compte des manifestations qui ont eu lieu dernièrement en France pour réclamer justice pour Adama Traoré.
Dans une première partie du reportage, Le quotidien a montré que, dans l’esprit des manifestants, la situation était la même des deux côtés de l’Atlantique : les slogans étaient les mêmes, les gestes étaient les mêmes, les accusations étaient les mêmes.
Dans une deuxième partie de ce reportage, Le quotidien se demandé si la situation en France était comparable à la situation aux États-Unis. Sa réponse, bien sûr, a été qu’il n’y avait aucune comparaison entre les deux situations.
Pour le démontrer, Le quotidien a convoqué un historien de service, un expert, un oracle, un certain Fabrice Almeida et lui a posé la question : « Est-ce qu’on peut dire que ce qui se passe en France est comparable à ce qui se passe aux États-Unis ? ». Bien entendu, l’historien de service, dans la réponse était connue d’avance (c’est pour cela qu’il avait été sélectionné) répond : « Non je ne crois pas. »
Pour étayer son opinion il donne des arguments qui n’ont rien à voir avec la question. Il déclare par exemple que très tôt en France il y a eu des hommes politiques noirs. C’est possible, mais ils ne sont que l’exception qui confirme la règle. Et, de toute façon, ce n’est pas la question. La question est celle de l’impunité des crimes policiers.
La vérité, c’est que les manifestants qui comparent la mort de Georg Floyd à celle d’Adama Traoré ou d’autres comme Lamine Dieng ont entièrement raison. En dépit de différences de détails, la situation est la même, les problèmes sont les mêmes : les crimes policiers racistes, l’impunité policière, la complicité de la justice, de la médecine légale et de la presse. Ce que les journalistes du Quotidien ont voulu éviter, c’est que la sympathie pour Georg Floyd ne profite aux victimes françaises de crimes policiers. Ce les journalistes veulent éviter, ce sont des manifestations d’ampleur en France comme aux Etats-Unis en faveur des victimes de crimes policiers. C’est pourquoi ils s’efforcent de démontrer contre l’évidence et contre la plus élémentaire problité que la situation en France et la situation aux Etats-Unis ne sont pas les mêmes. La seule différence, c’est que la population française est plus soumise, plus respectueuse de l’ordre, moins sensible à l’injustice que la population américaine de sorte qu’il n’y a pas, en France, de manifestations massives. La population française est amorphe et apathique.
Nous voyons avec cet exemple que les journalistes font correctement leur travail, assurer le maintien de l’ordre intellectuel. Les journalistes sont en fait des auxiliaires de police. Ils remplissent une mission de police intellectuelle dont la finalité est de protéger l’État et sa police. C’est pourquoi vous ne devez jamais dire que les journalistes ne font pas correctement leur travail. Ils le font au contraire avec beaucoup de conscience.