La question de la légitimité des institutions politiques est au cœur de la réflexion politique. Nous faisons la différence entre des institutions politiques légitimes et les institutions politiques illégitimes. Dans quels cas pouvons-nous dire que des institutions politiques sont légitimes et dans quels cas pouvons-nous dire qu'elles ne le sont pas ?
La question de la légitimité des institutions politiques est au cœur de la réflexion de Jean-Jacques Rousseau dans Du contrat social. La question fondamentale qu'il se pose est celle de la légitimité des institutions politiques.
"L’homme est né libre, et partout il est dans les fers, Tel se croit le maître des autres, qui ne laisse pas d’être plus esclave qu’eux. Comment ce changement s’est-il fait ? Je l’ignore. Qu’est-ce qui peut le rendre LEGITIME ? Je crois pouvoir résoudre cette question."
Cependant, avant de se poser la question de la légitimité des institutions politiques, il faut se poser la question de la légitimité elle-même. Qu'est-ce que la légitimité ?
La légitimité, c'est la légitimité de la violence. Il existe schématiquement trois sortes de violences. La violence des particuliers entre eux, la violence des particuliers contre l'État, la violence de l'État contre les particuliers. Les deux premières sortes de violences, la violence des particuliers entre eux et la violence des particuliers contre l'État, sont criminelles. La troisième ne l'est pas. Elle est légitime. Si elle est légitime, c'est parce la légitimité de l'État a une conséquence et une seule : rendre la violence de l'État contre les particuliers légitime. L'unique effet de la légitimité, c'est le fait que la violence de l'État sur les particuliers n'est pas une violence criminelle. Légitime est l'antonyme, c'est-à-dire le contraire, de criminel. Ce qui est criminel n'est pas légitime, ce qui est légitime n'est pas criminel.
Dans son Contrat social Rousseau considère que le critère de la légitimité est la morale. L'autorité est légitime selon Rousseau si les individus lui obéissent par obligation morale et non par la contrainte.
"La force est une puissance physique ; je ne vois point quelle moralité peut résulter de ses effets. Céder à la force est un acte de nécessité, non de volonté ; c’est tout au plus un acte de prudence. En quel sens pourra-ce être un devoir ? S’il faut obéir par force, on n’a pas besoin d’obéir par devoir ; et si l’on n’est plus forcé d’obéir, on n’y est plus obligé. On voit donc que ce mot de droit n’ajoute rien à la force ; il ne signifie ici rien du tout."
Ainsi, selon Rousseau, lorsque l'État est légitime, il n'a pas besoin de recourir à la force parce que les individus lui obéissent par devoir. Cette manière de comprendre la légitimité est fausse. Ce qui fait la légitimité, ce n'est pas le fait que les individus obéissent à l'État par devoir, mais le fait que la violence de l'État contre les particuliers pour les contraindre à obéir n'est pas criminelle.
Rousseau d'ailleurs se contredit lorsqu'il reconnaît que l'État devra nécessairement recourir à la violence pour se faire obéir :
"Afin que ce pacte social ne soit pas un vain formulaire, il renferme tacitement cet engagement, qui seul peut donner de la force aux autres, que quiconque refusera d’obéir à la volonté générale, y sera contraint par tout le corps."