Petition updateLes mutilations commencent au bureau de vote.Souveraineté du peuple et souveraineté de la nation
SOS men bashing
24 Mar 2020

La doctrine de la souveraineté du peuple de Rousseau et la doctrine de la souveraineté de la nation consacrée par l'assemblée constituante de 1791 ne sont pas identiques. Elles diffèrent profondément l'une de l'autre.

C'est par conséquent un mensonge d'affirmer que Jean-Jacques Rousseau est l'auteur de la doctrine de la souveraineté de la nation "consacrée" par l'assemblée constituante (Voir par exemple, Guillaume Bernard et Frédéric Monera, "L'instruction civique pour les Nuls" : « La doctrine de la souveraineté nationale, adoptée dès 1789, est théorisée par Jean-Jacques Rousseau dans Du contrat social).

Ce mensonge peut s'exprimer sous une autre forme : la souveraineté du peuple et la souveraineté de la nation sont deux expressions pour désigner une même théorie.

Une des raisons pour lesquelles la doctrine de la souveraineté du peuple et la doctrine de la souveraineté de la nation ne se confondent pas est que, dans la théorie de la souveraineté de la nation, la nation n'est pas l'ensemble des citoyens.

« D’après le principe de la souveraineté de la nation affirmé par Rousseau, la nation (c’est-à-dire l’ensemble des citoyens) est souveraine. » Cours d’histoire Malet-Isaac, De la révolution de 1789 à la révolution de 1848, p 66.

C'est à ce niveau que se situe l'une des impostures. Affirmer que la nation, « c’est l'ensemble des citoyens », revient à faire un amalgame entre la nation et le peuple. De la sorte, la souveraineté de la nation peut passer pour la souveraineté du peuple. Or, il est absolument faux que, selon la théorie de la souveraineté de la nation, la nation soit l'ensemble des citoyens. Elle n'est pas l'ensemble des citoyens, mais autres chose.

Ainsi, la doctrine de la souveraineté du peuple diffère profondément de la souveraineté de la nation parce que la nation, ce n'est pas le peuple (mais elle en diffère encore pour d'autres raisons).

Cependant, si la doctrine de Rousseau et la doctrine de la souveraineté de la nation se différencient profondément, elles ne sont pas aussi opposées l'une à l'autre que les idéologues dévoués aux intérêts capitalistes l'ont proclamé sous la troisième République. Pour ces idéologues, la souveraineté du peuple et la souveraineté de la nation sont comme l'eau et le feu. La souveraineté du peuple, c'est l'Empire du mal, la souveraineté de la nation c'est l'Empire du bien. Pour Raymond Carré de Malberg, la doctrine de Rousseau est inique.

« La loi telle que la définit Rousseau n'a pas besoin d'être conforme à la sagesse et à l'équité, elle devient purement arbitraire : tout ce que veut le peuple est légitime par cela seul qu'il le veut. Le système de Rousseau en arrive donc à conférer à la foule populaire [Notez que, pour désigner le peuple, Raymond Carré de Malberg emploie le mot péjoratif «foule", signe de son mépris pour le peuple] une puissance absolue, indéfinie, redoutable : il est inique en ce qu'il livre l'individu à la tyrannie des majorités. » Raymond Carré de Malberg, Contribution à la théorie générale de l'État, N°322

Si Raymond Carré de Malberg tire à boulets rouges sur la doctrine de Rousseau, c'est parce qu'il veut, par contraste, valoriser infiniment la doctrine de la souveraineté de la nation qui, selon, lui serait entièrement différente de la doctrine de Rousseau. Ce qui est faux. Elle est profondément différente, mais elle n'est pas entièrement différente.

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Le citoyen doit-il être éclairé ou manipulé ?

L'idée que, dans une démocratie, les citoyens doivent être éclairés, est considérée comme une évidence.

« Pour exercer pleinement ses droits et participer ainsi à la vie de la communauté, il faut être en possession des éléments nécessaires que sont l’éducation et l’instruction.» Sylvie Furois, Dictionnaire du citoyen.

« Si le citoyen est un homme de mémoire et d’action, il est aussi un homme de savoir, qui réfléchit et agit en connaissance de cause. Le grand philosophe Kant lui dit Saupere aude ! (Ose savoir !), signifiant par là son idéal d’acculturation pour tous les hommes. L’accès à la science, à la culture et à l’information est en effet à ses yeux le garant d’une société de progrès, plus humaine et plus juste, édifiés par des hommes enfin sortis de leur minorité. N’est-ce pas là la marque du siècle des Lumières, caractérisé par un formidable appétit de connaissance porteur d’espérance ? Dès lors peut naître et s’amplifier l’opinion publique, engagée dans la construction d’un monde meilleur.» Sophie Hasquenoph, Initiation à la citoyenneté de l’Antiquité à nos jours, p206.

« L’instruction, et en particulier l’instruction civique a acquis une très grande importance pour la République et les républicains qui y participent ! Ainsi, l’égalité dans l’instruction doit-elle permettre de parvenir à une égalité dans les lumières et dans l’intérêt de tous pour les intérêts politiques communs. Pour Condorcet, c’est cet intérêt suscité par les Lumières qui fonde la véritable égalité politique.» Guillaume Bernard et Frédéric Monera

« L’instruction civique, par la connaissance de l’histoire des hommes et de notre civilisation, nous permet de mieux comprendre les phénomènes de société et de ce que nous voulons comme avenir pour nous-mêmes et pour nos enfants.» Jean-Louis Debré.

« Le premier devoir de l’apprenti citoyen est de chercher à comprendre la société dans laquelle il vit, d’en connaître l’histoire et les institutions pour pouvoir exercer ce privilège si rare et si fragile dans notre monde, l’expression libre de ses idées. » Guillaume Bernard et Frédéric Monera.

« L’apprentissage de la citoyenneté passe par l’école qui a pour charge de répandre l’instruction, qui n’est autre que la liberté acquise par le savoir » Hippolyte Carnot, ministre de l’instruction de la IIe république.

« La condition première d'accès à la citoyenneté est l'instruction publique, laïque, universelle et obligatoire. » Guillaume Bernard et Frédéric Monera

« La fonction éminente de l’enseignement secondaire est la formation de l’esprit critique.» Albert Malet, Jules Isaac.

« Il n’y a pas de démocratie forte sans des citoyens éclairés sur la marche de leur Cité. » Laurent Mauduit, Main basse sur l’information.

Cette idée que les citoyens doivent être éclairés découle d'une autre idée : dans une démocratie, les citoyens exercent le pouvoir politique. Ils sont souverains. C'est la raison pour laquelle, pour exercer correctement leur souveraineté, pour ne pas mettre la démocratie "en danger", ils doivent être bien formés (l'instruction est obligatoire) et bien informés (la presse est le pilier de la démocratie).

Pensez-vous qu'il en est véritablement ainsi ? Pensez-vous vraiment que le système éducatif a pour finalité de former des individus éclairés et de développer leur esprit critique ? Les citoyens ne seraient-ils pas manipulés plutôt qu’éclairés ?

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