Petition updateLes mutilations commencent au bureau de vote.Deux faits occultés
SOS men bashing
Mar 21, 2020

Dans la démocratie antique, notamment la démocratie athénienne, les droits des citoyens étaient beaucoup plus étendus que ceux des citoyens des démocraties modernes telles que la nôtre. Ce fait s'explique, nous dit-on, par les petites dimensions des cités États de l'Antiquité. L'État athénien se réduisait à la ville d'Athènes. En outre, cette ville était petite par rapport à des mégalopoles modernes comme Mexico, Los Angeles ou Tokyo. C'est donc la faible importance de la population qui permettait d'octroyer aux citoyens des droits plus importants :
« Les droits des citoyens athéniens étaient beaucoup plus étendus que ceux des citoyens modernes. Les petites dimensions de la cité-État permettait ce que l’ampleur de nos Etats modernes rend impossible » Jacqueline de Romilly. Problèmes de la démocratie grecque, page 23.
Cette explication paraît logique. Il est évident qu'il est possible de réunir tous les citoyens en une assemblée dans laquelle ils peuvent délibérer si la ville est petite et si le nombre des citoyens est peu important. Cette explication qui paraît logique est en même temps parfaitement juste. Comment imaginer que en dans un grand pays comme la France il serait possible de réunir en une assemblée trente ou quarante millions de citoyens ?
Comme cette explication est logique, comme elle est exacte, elle endort admirablement la méfiance. Ce qu'elle occulte c'est le fait que ce qui permettait à Athènes aux citoyens d'avoir des droits beaucoup plus étendus que ceux des citoyens modernes, ce n'est pas seulement les petites dimensions des cités État, mais deux autres raisons également.
Sans doute, Athènes n'était qu'une petite bourgade comparée à des mégalopoles modernes comme Mexico, Los Angeles ou Tokyo. Cependant, Athènes n'était pas non plus un village. Sa population atteignait presque deux cent mille habitants. Or, il est impossible de réunir une assemblée de deux cent mille habitants. Ce qui permettait en réalité aux citoyens d'exercer directement la souveraineté c'est le fait qu'ils ne représentaient qu'une toute petite partie de la population totale d'Athènes. Environ 5 %. De la sorte, l’effectif de l'assemblée des citoyens, la Pnyx, était d'environ cinq mille individus, ce qui est déjà beaucoup pour qu'une assemblée puisse délibérer. Mais si au lieu de cinq mille individus, l'assemblée des citoyens en avait compté deux cent mille, ce qui était limite serait devenu impossible. Nous voyons donc que ce n'est pas seulement la faible population d'Athènes qui permettait aux citoyens d’exercer directement la souveraineté, mais la faible population de la cité associée au fait que les citoyens ne représentaient qu'une petite minorité de la population.
Un autre fait encore rendait possible la démocratie à Athènes : l'esclavage. Lorsque les citoyens étaient réunis en assemblée, lorsqu'ils délibéraient, lorsqu'ils votaient les lois, lorsqu'ils rendaient la justice, ils n'effectuaient aucune tâche productive. Ce qui leur permettait de vivre sans effectuer de tâches productives et de se consacrer aux tâches nobles de la souveraineté, c'était l'esclavage. Étant donné que les citoyens avaient des esclaves, ils pouvaient consacrer tout leur temps aux tâches nobles de la politique. Rousseau d'ailleurs le dit assez clairement dans du contrat social.
"Chez les Grecs, tout ce que le peuple avait à faire, il le faisait par lui-même : il était sans cesse assemblé sur la place. Des esclaves faisaient ses travaux ; sa grande affaire était sa liberté. " Du contrat social, Livre III, chapitre 15.
Nous voyons bien la répartition des tâches entre le peuple et les esclaves. Tout ce que le peuple avait à faire, c'était d'exercer sa souveraineté. Les travaux productifs n'entrent pas dans ses attributions. Ce sont les esclaves qui s'en chargent. Ces faits sont liés. Si le peuple peut exercer lui-même sa souveraineté c'est parce qu'il n'exerce pas lui-même les tâches productives.
Les obscurantistes, pour nous empêcher de comprendre la véritable nature de la démocratie athénienne, mettent systématiquement et uniquement en avant les petites dimensions des cités antiques pour expliquer la démocratie antique. Même si cette explication est juste, elle n'est pas toute l'explication. Deux autres facteurs encore expliquent la démocratie athénienne : 1°) le peuple ne représentait qu'une toute petite minorité de la population ; 2°) cette minorité était dégagée de l’obligation de subvenir à ses besoins matériels par l'esclavage.
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Question (N°2)
Je vous ai demandé précédemment (19 mars 2020) ce que vous pensiez de l'affirmation qui figure dans le manuel scolaire d’histoire destiné aux lycéens (« La formation du monde moderne, 1715-1870 », par Jean Michaud) : « L’idéal de Rousseau était la démocratie. »
Cette question ne signifiait pas, à vrai dire : « L'affirmation est-elle exacte ? Est-il vrai que  l'idéal de Rousseau était la démocratie ? » mais simplement : « Qu’ en pensez-vous ? ».
En effet, il n'y a pas qu'une démocratie, mais plusieurs : la démocratie de l'antiquité, la démocratie libérale, la démocratie populaire, etc. Dans ces conditisons, ne pensez-vous pas que la phrase du manuel aurait été plus correcte si l'auteur avait écrit : « L'idéal de Rousseau était UNE démocratie » au lieu de : « L'idéal de Rousseau était LA démocratie » ?

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