On trouve systématiquement dans les livres de vulgarisation politique destinés aussi bien aux adolescents qu'aux adultes l'affirmation que la révolution française de 1789 a appliqué les idées que Rousseau a exposées dans son œuvre politique la plus célèbre, Du contrat social. C'est ainsi que nous pouvons lire ceci dans "L'instruction civique pour les nuls" :
"La doctrine de la souveraineté nationale, adoptée dès 1789, est théorisée par Jean-Jacques Rousseau dans Du contrat social." L’instruction civique pour les nuls, Guillaume Bernard et Frédéric Monera.
Pourtant, si nous lisons l'œuvre de Rousseau dans le texte, nous apprendrons que pour lui « Toute loi que le peuple en personne n’a pas ratifiée est nulle ; ce n’est point une loi. » Du contrat social, livre III, chap. 15.
Or, dans le système institué par l'Assemblée constituante (la constitution du 3 septembre 1791) aucune loi, pas même la constitution, n'est ratifiée par le peuple en personne. Comment comprenez-vous cela ? Si Rousseau a théorisé la doctrine de la souveraineté de la nation dans Du contrat social, si selon cette doctrine toute loi doit être ratifiée par le peuple en personne, comment expliquez-vous que les auteurs de "L'instruction civique pour les nuls", Guillaume Bernard et Frédéric Monera, affirment que la révolution française a adopté les idées de Rousseau si elle a institué un régime politique dans lequel aucune loi, pas même la constitution, n'est ratifiée par le peuple en personne ? Ne pensez-vous pas qu'il y a un problème quelque part ?