Petition updateLes mutilations commencent au bureau de vote.Ne pas prendre position
SOS men bashing
Feb 25, 2020

Nous avons vu précédemment l'un des procédés utilisés par le corps enseignant pour rendre crédible l'idée que les révolutionnaires de 1789 avaient des principes rationnels qu'ils ont appliqués : limiter leurs commentaires à la constitution de 1791. Cette technique n'est pas la seule, loin de là. Il y en a beaucoup d'autres. Par exemple ne pas prendre position.


En application du principe de l'égalité des droits, les Constituants auraient dû instituer le suffrage universel. Mais ils ne l'ont pas fait. Au lieu du suffrage universel, ils ont institué un suffrage restreint qui réservait le droit de vote à une minorité de la population. Les manuels scolaires d'histoire expliquent aux élèves que, si les Constituants n'ont pas institué le suffrage universel, c'est parce qu'ils estimaient que le vote n'était pas un droit.


« Les Constituants repoussèrent le suffrage universel. À leurs yeux, le vote n'était pas un droit mais une fonction que pouvaient seuls remplir ceux qui avaient des loisirs et une certaine instruction. En fait ceux qui possédaient une certaine fortune. » Cours d'histoire Malet-Isaac, De la révolution de 1789 à la révolution de 1848, classe de seconde, page 69.
Le raisonnement est logique, effectivement. Si le vote est un droit, en application du principe de l'égalité des droits, il faudra l'accorder à tous et le suffrage sera universel. Mais s'il n'en est pas un, il ne sera pas nécessaire de l'accorder à tous. Et comme les Constituants ont opté pour la seconde hypothèse, rien ne les empêchait d'instituer un suffrage restreint qui réservait la fonction de vote à une petite minorité de la population.


Ce raisonnement est logique mais il soulève quand même une question : les Constituants avaient-ils raison de penser que le vote n'est pas un droit ? Ou bien avaient-ils tort de le penser ? Le point sur lequel je veux attirer votre attention, c'est que les quatre auteurs du manuel scolaire d'histoire de la classe de seconde (Jules Isaac, Inspecteur général honoraire de l'instruction publique, Jean Michaud, professeur agrégé au lycée Pasteur, André Alba, professeur agrégé au lycée Henri IV, Charles Henri Pouthas, professeur à la Sorbonne), en dépit de l'érudition réunie sous leurs crânes, n'écoutent que leur courage qui ne leur dit rien : ils refusent l'obstacle et s'abstiennent de nous dire ce qu'ils pensent de cette question. « À leurs yeux (celui des Constituants), le vote n'était pas un droit mais une fonction… ». Certes, certes, mais qu'en est-il aux yeux de Jules Isaac, de Jean Michaud, d'André Alba et de Charles Henri Pouthas ? Ils ne le disent pas, ils ne se prononcent pas. Ils se retranchent derrière l'opinion des Constituants : « À leurs yeux, le vote n'était pas un droit mais une fonction… ».


Les auteurs du manuel d'histoire ont de bonnes raisons de ne pas se mouiller. Il leur est évidemment impossible d'être d'accord avec l'opinion des Constituants que le vote n'est pas un droit. S'ils le faisaient, ils se couvriraient de ridicule parce que chacun sait très bien que ce n'est pas le cas. Inversement, il leur est impossible de souligner l'erreur des Constituants. Leur mission, en tant qu'historiens et en tant qu'enseignants, est de présenter la révolution française sous un jour flatteur, de la sacraliser même. Cela passe par la sacralisation des Constituants qui doivent apparaître comme des esprits infaillibles guidés par la raison. Si on enseignait aux élèves que, finalement, les Constituants racontaient des bêtises, cela ternirait leur prestige. C'est la raison pour laquelle il a été impossible aux auteurs du manuel d'écrire simplement : « Les Constituants pensaient à tort que le vote n'était pas un droit. »


Si, effectivement, les Constituants avaient tort d'affirmer que le vote n'est pas un droit, cela implique que la justification qu'ils ont donnée de leur refus d'instituer le suffrage universel n'était pas fondée. Et si elle n'était pas fondée, cela implique qu'ils ont violé l'article premier de la déclaration des droits de l'homme : “Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. ». Si leur opinion était sincère, ils ont violé les droits de l'homme de bonne foi. Mais, qu'ils les aient violés de bonne foi ou de mauvaise foi, le fait incontournable est qu'ils les ont violés. C'est ce fait que les historiens veulent à tout prix occulter.
Voilà donc une autre technique utilisée par le corps enseignant pour rouler les élèves dans la farine : rester dans le vague, dans le flou, en dire le moins possible, ne pas analyser les difficultés.

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