TRIBUNE : Transition écologique et musique : atterrissons avant le crash !

Le problème

[ENGLISH VERSION BELOW]

C'est une première, un artiste en tête d'affiche d'un festival marseillais, contraint d'emprunter un jet privé pour assurer son concert dans les temps, a été déprogrammé pour des raisons environnementales.

Ce choix de transport de l’artiste n'était que la conséquence d'un "double-booking". À savoir, la programmation de deux prestations à seulement quelques heures d'intervalles, mais à plus de mille kilomètres. Une pratique malheureusement monnaie courante dans le secteur mais aberrante écologiquement et socialement.

Être plus rapides ne nous a jamais rendu plus sobres. Ce moyen de transport ultra polluant, qui émet 50 fois plus de CO2 qu'un train[1], est systématiquement refusé par Le Bon Air Festival (organisé à la Friche la Belle de Mai à Marseille) dont il est question ici. Ce dernier impose de manière contractuelle que la moindre réservation de transport soit validée en amont par les deux parties. 

Cet exemple illustre les tensions antinomiques qui traversent actuellement le secteur des musiques actuelles : sa transition est heurtée par l'accélération aliénante des profits.

Le rapport du projet Déclic, décarbonons le live collectivement, porté par le SMA et la FEDELIMA, publié en avril dernier est unanime : les mobilités (des publics et des artistes) représentent plus de la moitié des émissions carbone d'un festival. Les efforts à réaliser sont considérables pour réduire l'empreinte environnementale mais l'enjeu est bien plus grand si l'on regarde du côté symbolique et de la construction du récit global. Comment inciter les publics à privilégier des moyens de transports décarbonés si les artistes traversent la planète toutes les semaines en jet privé ? 

À l'heure où le Gouvernement français ambitionne d'atteindre la neutralité carbone en 2050, le secteur des musiques actuelles doit lui aussi se mobiliser pour prendre part face à ces enjeux. 

Le Centre National de la Musique affine ses programmes d'aides financières, des initiatives fleurissent, des voix s'élèvent : il est urgent d'accorder nos ambitions et de les mettre en action.

Ainsi, nous demandons :

  • Un engagement conjoint du ministère de la Transition écologique, de sa délégation aux Transports et du ministère de la Culture pour soutenir les entreprises culturelles dans leurs actions en termes de mobilités culturelles ;
  • Une accélération du dialogue entre l'Etat, les collectivités territoriales, les organisations culturelles et les publics pour renforcer les infrastructures et diversifier le panel d’offres de mobilités douces et décarbonées comme annoncé par le ministère de la Culture[2] ;
  • La conscientisation des enjeux environnementaux ainsi que l'encouragement des mobilités décarbonées et des bonnes pratiques dans les critères de recevabilité des financements publics ;
  • L'incitation à la transition écologique et sociale par le biais des conventions collectives, la régulation des contrats et la limitation des clauses d'exclusivités géographiques pour les représentations artistiques ;
  • Une modification des pratiques des partenaires, des organismes de gestion collective, des financeurs, des mécènes et des GAFAM vers plus de soutenabilité.

Que ce soit pour l’égalité des genres, la lutte contre les discriminations, les violences sexistes et sexuelles ou encore les questions environnementales, le secteur des musiques actuelles a toujours été ancré dans son époque et en première ligne des thématiques de société. Nos organisations fédèrent et inspirent toute une jeunesse.

La musique est la première pratique culturelle en France, aussi en tant que membres de ce secteur, nous avons une responsabilité collective à transformer nos habitudes en termes de mobilités pour répondre aux grands défis sociétaux.

Premiers signataires : 

AGORIA, Artiste
BARBIER Solweig, Déléguée générale et Co-fondatrice de ARVIVA
BEAUVOIS Alice, Co-directrice de Aremacs
CHAO Antoine, Journaliste à Radio France
COPPOLA Jean-Marc, Adjoint Culture à la Ville de Marseille
CORBIER-LABASSE Alban, Directeur de la Friche la Belle de Mai
DECÈS Laurent, Président du SMA - Syndicat des Musiques Actuelles
DENIAUD Jean-Paul, Directeur de Pioche! Magazine
DONADIEU Juliette, Directrice générale de la Gaîté Lyrique
IRLE David, éco-conseiller au Bureau des Acclimatations
JOHNNY HOSTILE, Artiste
JOUCLARD Alexandra, Avocate au Barreau de Paris
KRASNIEWSKI Stéphane, directeur du festival Suds, à Arles
PAYEN Magali, fondatrice d'On est Prêt
PUPAJIM, Artiste
RENIER Jérémie, Collectif CUT! - Cinéma Uni pour la Transition
SIMO CELL, Artiste 
TOMAS-CIMMINO Cyril, Direction du Festival Le Bon Air 
VALENSI Samuel, La Poursuite du Bleu / The Shift Project
WEBER Anita, Présidente de l'Observatoire des Politiques Culturelles


Contact presse :
Aurélie Hannedouche - 06 99 10 75 75 - dg@sma-syndicat.org
Cyril Tomas-Cimmino - 04 95 04 95 62 - cyril@bi-pole.org

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ENGLISH VERSION :

Ecological transition and music : Let’s land before the crash !

For the first time, a headline artist at a festival in Marseille (FR), forced to take a private jet to ensure his concert on time, has been deprogrammed for environmental reasons.

This choice of transport by the artist was merely the consequence of a “double-booking” — which is, scheduling two performances only a few hours apart but over a thousand kilometers away. This practice, unfortunately common in the music industry, is ecologically and socially aberrant.

Being faster has never made us more sustainable. This ultra-polluting means of transport, which emits 50 times more CO2 than a train [1], is systematically refused by Le Bon Air Festival (organized annually at Friche la Belle de Mai in Marseille), on which this event occurred. The festival contractually requires that any transportation booking must be pre-approved by both parties.

This example illustrates the antionomic tensions currently running through the live music sector: its transition is hindered by the alienating acceleration of profits.

The report from the Déclic project, Décarbonnons le Live Collectivement (english translation : Decarbonize Live Collectively), carried out by the french syndicat specialized in the music industry Syndicat des Musiques Actuelles, as well as FEDELIMA which was published last April, is unanimous: mobility (of audiences and artists) accounts for more than half of a festival’s carbon emissions. The efforts needed to reduce the environmental footprint are considerable, but the stakes are even higher when looking at the symbolic aspect and the construction of the overall narrative. How can we encourage the public to choose decarbonized means of transport if artists are crossing the planet every week in private jets?

At a time when the French government aims to achieve carbon neutrality by 2050, the live music sector must also take action to address these challenges.
The Centre National de la Musique is refining its financial aid programs, initiatives are flourishing, voices are rising: it is urgent to align our ambitions and put them into action.

Therefore, we demand:

  • A common commitment from the Ministry of Ecological Transition, its Transport Delegation, and the Ministry of Culture to support cultural structures in their actions regarding cultural mobility[2];
  • An acceleration of dialogue between the State, local authorities, cultural organizations, and the public to strengthen infrastructure and diversify the rangeof soft and decarbonized mobility options as announced by the Ministry of Culture;
  • Raising awareness of environmental issues and encouraging decarbonized mobility as well as good practices in the criteria for eligibility for public funding;
  • Encouraging ecological and social transition through collective agreements, regulation of contracts, and limiting geographical exclusivity clauses for artistic performances;
  • A change in the practices of partners, collective management organizations, funders, patrons, and GAFA towards greater sustainability.

Whether for gender equality, combating discrimination, sexism and sexual violence, or environmental issues, the live music sector has always been in tune with its time and at the forefront of societal themes. Our organizations unite and inspire young generations.

Music is the leading cultural practice in France, and as members of this sector, we have a collective responsibility to transform our mobility habits to meet the great societal challenges.

First signatories:

AGORIA, Artist
BARBIER Solweig, Delegate General et Co-founder of ARVIVA
BEAUVOIS Alice, General Manager of Aremacs
CHAO Antoine, Journalist at Radio France
COPPOLA Jean-Marc, Deputy Mayor for Culture for the City of Marseille
CORBIER-LABASSE Alban, Head of la Friche la Belle de Mai
DECÈS Laurent, President of Syndicat des Musiques Actuelles
DENIAUD Jean-Paul, Head of Pioche! Magazine
IRLE David, Eco-adviser at Bureau des Acclimatations
JOHNNY HOSTILE, Artist
JOUCLARD Alexandra, Lawyer at the Paris bar
KRASNIEWSKI Stéphane, Head of the festival Suds, in Arles (FR)
PAYEN Magali, Founder of On est Prêt
PUPAJIM, Artiste
RENIER Jérémie, President of CUT! collective
SIMO CELL, Artist
TOMAS-CIMMINO Cyril, Head of Festival Le Bon Air
VALENSI Samuel, La Poursuite du Bleu / The Shift Project
WEBER Anita, President of Observatoire des Politiques Culturelles

Press contact : 
Aurélie Hannedouche - 0033 6 99 10 75 75 - dg@sma-syndicat.org
Cyril Tomas-Cimmino - 0033 4 950 495 62 - cyril@bi-pole.org

______________________________________________________ 
[1] Libération, “Quelle est l’empreinte carbone d’un vol en jet privé ?”, 2022.
[2] French Ministry of Culture, “Guidance and inspiration for the ecological transition of culture”, December 2023.

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Le problème

[ENGLISH VERSION BELOW]

C'est une première, un artiste en tête d'affiche d'un festival marseillais, contraint d'emprunter un jet privé pour assurer son concert dans les temps, a été déprogrammé pour des raisons environnementales.

Ce choix de transport de l’artiste n'était que la conséquence d'un "double-booking". À savoir, la programmation de deux prestations à seulement quelques heures d'intervalles, mais à plus de mille kilomètres. Une pratique malheureusement monnaie courante dans le secteur mais aberrante écologiquement et socialement.

Être plus rapides ne nous a jamais rendu plus sobres. Ce moyen de transport ultra polluant, qui émet 50 fois plus de CO2 qu'un train[1], est systématiquement refusé par Le Bon Air Festival (organisé à la Friche la Belle de Mai à Marseille) dont il est question ici. Ce dernier impose de manière contractuelle que la moindre réservation de transport soit validée en amont par les deux parties. 

Cet exemple illustre les tensions antinomiques qui traversent actuellement le secteur des musiques actuelles : sa transition est heurtée par l'accélération aliénante des profits.

Le rapport du projet Déclic, décarbonons le live collectivement, porté par le SMA et la FEDELIMA, publié en avril dernier est unanime : les mobilités (des publics et des artistes) représentent plus de la moitié des émissions carbone d'un festival. Les efforts à réaliser sont considérables pour réduire l'empreinte environnementale mais l'enjeu est bien plus grand si l'on regarde du côté symbolique et de la construction du récit global. Comment inciter les publics à privilégier des moyens de transports décarbonés si les artistes traversent la planète toutes les semaines en jet privé ? 

À l'heure où le Gouvernement français ambitionne d'atteindre la neutralité carbone en 2050, le secteur des musiques actuelles doit lui aussi se mobiliser pour prendre part face à ces enjeux. 

Le Centre National de la Musique affine ses programmes d'aides financières, des initiatives fleurissent, des voix s'élèvent : il est urgent d'accorder nos ambitions et de les mettre en action.

Ainsi, nous demandons :

  • Un engagement conjoint du ministère de la Transition écologique, de sa délégation aux Transports et du ministère de la Culture pour soutenir les entreprises culturelles dans leurs actions en termes de mobilités culturelles ;
  • Une accélération du dialogue entre l'Etat, les collectivités territoriales, les organisations culturelles et les publics pour renforcer les infrastructures et diversifier le panel d’offres de mobilités douces et décarbonées comme annoncé par le ministère de la Culture[2] ;
  • La conscientisation des enjeux environnementaux ainsi que l'encouragement des mobilités décarbonées et des bonnes pratiques dans les critères de recevabilité des financements publics ;
  • L'incitation à la transition écologique et sociale par le biais des conventions collectives, la régulation des contrats et la limitation des clauses d'exclusivités géographiques pour les représentations artistiques ;
  • Une modification des pratiques des partenaires, des organismes de gestion collective, des financeurs, des mécènes et des GAFAM vers plus de soutenabilité.

Que ce soit pour l’égalité des genres, la lutte contre les discriminations, les violences sexistes et sexuelles ou encore les questions environnementales, le secteur des musiques actuelles a toujours été ancré dans son époque et en première ligne des thématiques de société. Nos organisations fédèrent et inspirent toute une jeunesse.

La musique est la première pratique culturelle en France, aussi en tant que membres de ce secteur, nous avons une responsabilité collective à transformer nos habitudes en termes de mobilités pour répondre aux grands défis sociétaux.

Premiers signataires : 

AGORIA, Artiste
BARBIER Solweig, Déléguée générale et Co-fondatrice de ARVIVA
BEAUVOIS Alice, Co-directrice de Aremacs
CHAO Antoine, Journaliste à Radio France
COPPOLA Jean-Marc, Adjoint Culture à la Ville de Marseille
CORBIER-LABASSE Alban, Directeur de la Friche la Belle de Mai
DECÈS Laurent, Président du SMA - Syndicat des Musiques Actuelles
DENIAUD Jean-Paul, Directeur de Pioche! Magazine
DONADIEU Juliette, Directrice générale de la Gaîté Lyrique
IRLE David, éco-conseiller au Bureau des Acclimatations
JOHNNY HOSTILE, Artiste
JOUCLARD Alexandra, Avocate au Barreau de Paris
KRASNIEWSKI Stéphane, directeur du festival Suds, à Arles
PAYEN Magali, fondatrice d'On est Prêt
PUPAJIM, Artiste
RENIER Jérémie, Collectif CUT! - Cinéma Uni pour la Transition
SIMO CELL, Artiste 
TOMAS-CIMMINO Cyril, Direction du Festival Le Bon Air 
VALENSI Samuel, La Poursuite du Bleu / The Shift Project
WEBER Anita, Présidente de l'Observatoire des Politiques Culturelles


Contact presse :
Aurélie Hannedouche - 06 99 10 75 75 - dg@sma-syndicat.org
Cyril Tomas-Cimmino - 04 95 04 95 62 - cyril@bi-pole.org

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ENGLISH VERSION :

Ecological transition and music : Let’s land before the crash !

For the first time, a headline artist at a festival in Marseille (FR), forced to take a private jet to ensure his concert on time, has been deprogrammed for environmental reasons.

This choice of transport by the artist was merely the consequence of a “double-booking” — which is, scheduling two performances only a few hours apart but over a thousand kilometers away. This practice, unfortunately common in the music industry, is ecologically and socially aberrant.

Being faster has never made us more sustainable. This ultra-polluting means of transport, which emits 50 times more CO2 than a train [1], is systematically refused by Le Bon Air Festival (organized annually at Friche la Belle de Mai in Marseille), on which this event occurred. The festival contractually requires that any transportation booking must be pre-approved by both parties.

This example illustrates the antionomic tensions currently running through the live music sector: its transition is hindered by the alienating acceleration of profits.

The report from the Déclic project, Décarbonnons le Live Collectivement (english translation : Decarbonize Live Collectively), carried out by the french syndicat specialized in the music industry Syndicat des Musiques Actuelles, as well as FEDELIMA which was published last April, is unanimous: mobility (of audiences and artists) accounts for more than half of a festival’s carbon emissions. The efforts needed to reduce the environmental footprint are considerable, but the stakes are even higher when looking at the symbolic aspect and the construction of the overall narrative. How can we encourage the public to choose decarbonized means of transport if artists are crossing the planet every week in private jets?

At a time when the French government aims to achieve carbon neutrality by 2050, the live music sector must also take action to address these challenges.
The Centre National de la Musique is refining its financial aid programs, initiatives are flourishing, voices are rising: it is urgent to align our ambitions and put them into action.

Therefore, we demand:

  • A common commitment from the Ministry of Ecological Transition, its Transport Delegation, and the Ministry of Culture to support cultural structures in their actions regarding cultural mobility[2];
  • An acceleration of dialogue between the State, local authorities, cultural organizations, and the public to strengthen infrastructure and diversify the rangeof soft and decarbonized mobility options as announced by the Ministry of Culture;
  • Raising awareness of environmental issues and encouraging decarbonized mobility as well as good practices in the criteria for eligibility for public funding;
  • Encouraging ecological and social transition through collective agreements, regulation of contracts, and limiting geographical exclusivity clauses for artistic performances;
  • A change in the practices of partners, collective management organizations, funders, patrons, and GAFA towards greater sustainability.

Whether for gender equality, combating discrimination, sexism and sexual violence, or environmental issues, the live music sector has always been in tune with its time and at the forefront of societal themes. Our organizations unite and inspire young generations.

Music is the leading cultural practice in France, and as members of this sector, we have a collective responsibility to transform our mobility habits to meet the great societal challenges.

First signatories:

AGORIA, Artist
BARBIER Solweig, Delegate General et Co-founder of ARVIVA
BEAUVOIS Alice, General Manager of Aremacs
CHAO Antoine, Journalist at Radio France
COPPOLA Jean-Marc, Deputy Mayor for Culture for the City of Marseille
CORBIER-LABASSE Alban, Head of la Friche la Belle de Mai
DECÈS Laurent, President of Syndicat des Musiques Actuelles
DENIAUD Jean-Paul, Head of Pioche! Magazine
IRLE David, Eco-adviser at Bureau des Acclimatations
JOHNNY HOSTILE, Artist
JOUCLARD Alexandra, Lawyer at the Paris bar
KRASNIEWSKI Stéphane, Head of the festival Suds, in Arles (FR)
PAYEN Magali, Founder of On est Prêt
PUPAJIM, Artiste
RENIER Jérémie, President of CUT! collective
SIMO CELL, Artist
TOMAS-CIMMINO Cyril, Head of Festival Le Bon Air
VALENSI Samuel, La Poursuite du Bleu / The Shift Project
WEBER Anita, President of Observatoire des Politiques Culturelles

Press contact : 
Aurélie Hannedouche - 0033 6 99 10 75 75 - dg@sma-syndicat.org
Cyril Tomas-Cimmino - 0033 4 950 495 62 - cyril@bi-pole.org

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[1] Libération, “Quelle est l’empreinte carbone d’un vol en jet privé ?”, 2022.
[2] French Ministry of Culture, “Guidance and inspiration for the ecological transition of culture”, December 2023.

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