Manifeste de Bruxelles - En faveur de la liberté de l’art


Manifeste de Bruxelles - En faveur de la liberté de l’art
Le problème
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\\ MANIFESTE DE BRUXELLES //
\\ POUR LA LIBERTÉ DE L’ART !
#fürdiefreiheitderkunst
#forthefreedomofthearts
Le « Manifeste de Bruxelles – en faveur de la liberté de l’art ! » a été lancé début juillet 2018 à Bruxelles par des personnalités du monde politique et artistique. S’inscrivant en faux contre la position d’appropriation de l’art et de la culture par la droite nationaliste.
Le droit à la liberté d’expression, la diversité et la liberté de l’art sont menacés en Europe. Les gouvernements de droite nationaliste en Autriche, en Hongrie et en Pologne tentent d’ores et déjà de récupérer la scène de la création à leurs fins par une politique d’isolement national. L’Allemagne n’est pas épargnée elle non plus et les Nationalistes de droite parlent de « s’attaquer à l’épuration du monde de la culture »[i] ou de vouloir supprimer les subventions publiques accordées aux « idéologies de la diversité de la gauche libérale » au théâtre[ii]. La Hongrie, la Pologne et l’Autriche deviennent ainsi des modèles de politique culturelle nationaliste qui doivent nous alerter dès lors que cette politique représente en Allemagne aussi la restriction et le retour en arrière. La lutte idéologique qui remet en cause la liberté de l’art menace notre paysage culturel – et par-là même un fondement de notre société.
Nous nous y opposons.
// LE « KULTURKAMPF » DE DROITE
Etat des lieux en Autriche après six mois de pouvoir de la coalition ÖVP/FPÖ : Le Ministre de la culture et des médias de l’ÖVP a prescrit à son pays ce qu’il appelle une « promotion culturelle axée sur le résultat » qui n’a pas d’autre objectif que de détruire la scène indépendante. Aucun soutien n’est accordé à une réflexion critique sur l’histoire du pays, mais une connivence s’instaure bel et bien entre la politique, les médias et l’économie.[iii] Depuis son entrée en fonction, le Ministre refuse tout dialogue avec les représentants élus des acteurs du monde artistique, culturel et médiatique.[iv] Le Vice-chancelier Heinz-Christian Strache (FPÖ) a manifestement lancé une campagne d’extrême droite contre Armin Wolf, un journaliste indépendant, présentateur à la télévision autrichienne (ORF).[v][vi] Nicolaus Schafhausen, directeur de la Kunsthalle de Vienne, vient de donner sa démission anticipée : «L’impact de l’art est très limité en période de politique nationaliste.»[vii]
Etat des lieux en Hongrie après huit années de pouvoir de Viktor Orbán : Depuis son accession au pouvoir, la politique culturelle met l’accent sur le Nationalisme et la tendance est aux œuvres d’art commandées par le monde politique. Dans le cadre d’une révision du droit fondamental en 2012, l’Académie hongroise des beaux-arts a été dotée de prérogatives inédites, d’une infrastructure de contrôle exclusive et d’un budget gigantesque. Pour être membre de l’académie des beaux-arts, il faut toutefois être fidèle à une ligne idéologique et affirmer son engagement pour la nation, explique Anna Bálint, critique et conservatrice d’art. De cette façon, l’Etat ne soutient que ce qui est « plaisant ».[viii]
En littérature, des auteurs d’extrême droite comme Albert Wass ou József Nyirö – le premier est un criminel de guerre condamné hostile aux Roumains, l’autre un fervent admirateur de Goebbels, tous deux font notoirement partie des figures littéraires de l’entité ethnique hongroise – sont dorénavant plébiscités et font aujourd’hui partie des lectures obligatoires à l’école.[ix]
Etat des lieux en Pologne après deux années de pouvoir du parti national conservateur PiS : La scène culturelle fait actuellement l’objet d’une transformation visant à imposer des objectifs nationalistes conservateurs. En de multiples occasions depuis sa prise de fonction, le gouvernement a écarté des responsables indésirables des institutions culturelles publiques et essayé d’empêcher des expositions et des représentations. La critique n’est pas souhaitable. « La culture est destinée à divertir et à transmettre une identité nationale », précise le PiS.[x] Lors de son passage à la télévision, le film « Ida » – qui a été récompensé en 2013 par l’Oscar du meilleur film étranger et qui porte un regard critique sur l’antisémitisme polonais – a été diffusé avec un « commentaire historique » en sous-titre afin de thématiser ses « erreurs ». Depuis 2015, le gouvernement polonais mène une politique ciblée en matière de ressources humaines au sein de l’agence publique d’aide au cinéma PISF. Les responsabilités des instances ont été confiées à des fidèles du PiS qui défendent par ailleurs une vision de l’histoire nationaliste propagée par le chef du parti Jarosław Kaczyński[xi].
Wim Wenders (directeur de l’EFA, entre autres) a lui aussi trouvé des termes éloquents dans une lettre ouverte adressée au ministre de la culture polonais Piotr Gliński : « Nous croyons que c’est aux gouvernements qu’il incombe de servir la culture et non à la culture d’être au service des gouvernements. »[xii] Hormis les productions cinématographiques et la télévision, les théâtres sont désormais eux aussi dans la ligne de mire du gouvernement. Plusieurs directeurs ont déjà dû céder leur place à des personnes jusque-là méconnues sur le plan artistique.[xiii] Le PiS s’ingère massivement dans le travail des musées et y impose – à Varsovie par une direction de musée nommée par décision judiciaire – la servitude d’une narration nationaliste conservatrice.[xiv]
\\ POURQUOI IL EST PLUS QUE JAMAIS ESSENTIEL DE LUTTER
Petit à petit, les partis de la droite nationaliste, mais aussi de plus en plus les représentant/es des partis conservateurs, essaient d’anéantir les valeurs de notre liberté démocratique et les fondements de notre cohésion sociale en Allemagne et en Europe. Cela fait déjà longtemps qu’ils ont identifié la culture et l’art comme un instrument potentiel. Nous devons les en empêcher!
En s’engageant en faveur du non-conformisme, de la liberté de penser et du débat politique et en luttant contre l’esprit petit-bourgeois, le mouvement de 1968 en Europe – cible déclarée des attaques de la droite – a fait souffler un vent nouveau sous les toges, sur les scènes, dans les ateliers et les orchestres. Les soixante-huitards ont initié la mise à jour inconditionnelle des méfaits du nazisme et du passéisme de ses représentant/es institutionnel/les éternellement tourné/es vers le passé dans l’Allemagne de l’Après-guerre, cédant la place à la lutte pour le changement, le renouveau et la diversité. Dans l’ex-RDA on a pu constater jusqu’à 1989 et la Révolution pacifique ce que cela signifie lorsque la politique se sert de l’art à des fins abusives.
Le politique ne doit ni juger l’art ni tenter de l’instrumentaliser par un cadre normatif. Au contraire, la politique doit veiller sur l’art. Nous avons foi en la force de l’art et en la diversité culturelle en Europe. C’est par l’échange, et non par l’isolement, que naît la culture. Il faut la défendre, favoriser la participation culturelle et améliorer la protection sociale des artistes. L’art est libre, il n’a pas l’obligation de plaire et ne doit être mis au service de personne. Seule la liberté lui permet de développer sa force d’innovation et de nous ouvrir continuellement des perspectives nouvelles.
Nous luttons pour préserver la liberté de l’art !
\\ Initiatrice et initiateur :
Erhard Grundl, membre du Bundestag, porte-parole pour les questions de politique culturelle, groupe parlementaire Alliance 90/Les Verts
Claudia Roth, membre du Bundestag, porte-parole pour les questions de politique culturelle extérieure, groupe parlementaire Alliance 90/Les Verts
\\ Premiers signataires :
Hape Kerkeling, comique, artiste, acteur, chanteur
Olga et Wladimir Kaminer, écrivains
Inga Humpe, chanteuse, compositrice, productrice musicale
Alice Dwyer, actrice
Sasha Waltz, chorégraphe
Feo Aladag, réalisatrice
Frank Spilker, Die Sterne
Shermin Langhoff, directrice du théâtre Maxim Gorki, Berlin
Jens Hillje, co-directeur du théâtre Maxim Gorki
Tayfun Bademsoy, acteur
Dirk von Lowtzow, musicien, Berlin
Paul Frielinghaus, acteur
Pr Hermann Parzinger, président de la Fondation du patrimoine culturel prussien
Sona MacDonald, actrice, chanteuse et danseuse
Stefanie Könnecke, anthropologue culturelle, Hambourg
Olaf Zimmermann, directeur du Deutscher Kulturrat
Tommi Eckart, producteur de musique, compositeur
Igor Levit, pianiste
Lars Lewerenz & Team, Audiolith International GmbH
Bernd M. Scherer, directeur de la Maison des cultures du monde de Berlin
Annalena Baerbock, membre du Bundestag, présidente du parti Alliance 90/Les Verts
Robert Habeck, président du parti Alliance 90/Les Verts
Pr Frank Nonnenmacher, Université Goethe de Francfort-sur-le-Main
Simone Barrientos, membre du Bundestag, porte-parole pour les questions de politique culturelle, groupe parlementaire LA GAUCHE
Hartmut Ebbing, membre du Bundestag, porte-parole pour les questions de politique culturelle, groupe parlementaire FDP
Moritz Rinke, auteur
Beathoavenz, équipe de DJ et de producteurs
Matthias Lilienthal, dramaturge et directeur des Münchner Kammerspiele
Sabin Tambrea, acteur
Dominik et Benjamin Reding, réalisateurs et scénaristes, producteurs
Udo Samel, acteur
Pr Christian Höppner, président du Deutscher Kulturrat
Ingo Schulze, écrivain
Petra Pau, membre du Bundestag, groupe parlementaire LA GAUCHE
Banda Internationale und Comunale, groupe
Katrin Göring-Eckardt, membre du Bundestag, présidente du groupe parlementaire Alliance 90/Les Verts
Anton Hofreiter, membre du Bundestag, président du groupe parlementaire Alliance 90/Les Verts
Hans-Jochen Wagner, acteur
Eva Leipprand, auteure, ancienne maire d’Augsbourg
Clemens Schick, acteur
Annemie Vanackere, direction et gérance de HAU Hebbel am Ufer, en commun avec l’équipe
Helga Trüpel, membre du Parlement européen, porte-parole pour les questions de politique culturelle extérieure, groupe parlementaire les Verts/Alliance libre européenne au Parlement européen
Dörte Franke, auteure et lauréate du prix Grimme
Cem Özdemir, membre du Bundestag, président de la commission des transports et des infrastructures numériques, président du groupe parlementaire Alliance 90/Les Verts
Stefan Vogelmann, BROKEN SILENCE Independent Distribution
Josef Brustmann, artiste de cabaret
Marc Bauder, réalisateur et lauréat du prix Grimme
Katja Dörner, membre du Bundestag, vice-présidente du groupe parlementaire Alliance 90/Les Verts
Peter Henze, direction artistique de l’association Land & Kunst e.V.
Kirsten Kappert-Gonther, membre du Bundestag, membre suppléant de la commission de la culture, porte-parole pour les questions de promotion de la santé et de politique des stupéfiants, Alliance 90/Les Verts
Andrea Rothaug, présidente de la Confédération Popularmusik e.V
Hans-Werner Meyer, acteur, présidence de la Confédération allemande du spectacle
Uta Röpcke, porte-parole de la communauté de travail fédérale sur la culture d’Alliance 90/Les Verts, titulaire d’un master en anthropologie culturelle
Oliver Keymis, membre du Landtag, porte-parole pour les questions de politique culturelle et des médias, groupe parlementaire Alliance 90/Les Verts de Rhénanie-du-Nord-Westphalie
Rainer Bode, gérant de LAG Soziokultureller Zentren Rhénanie-du-Nord-Westphalie
Karsten Schölermann, président de l’association LiveMusikKomission e.V.
Tabea Rößner, membre du Bundestag, porte-parole pour les questions de politique des réseaux et de protection des consommateurs, Alliance 90/Les Verts
Andreas Bomheuer, anciennement au service culturel de la ville d’Essen
Notker Schweikhardt, membre du parlement de la ville de Berlin, porte-parole pour les questions d’économie culturelle et créatrice, membre du parlement de la ville de Berlin pour Alliance 90/Les Verts
Etta Scollo, chanteuse, compositrice
Henrike Hahn, membre du comité directeur d’Alliance 90/Les Verts du Land de Bavière
Olaf Kretschmar, gérant et directeur général, Berlin Music Commission
Henry Arnold, acteur et réalisateur, porte-parole de la communauté de travail Culture du Land pour Alliance 90/Les Verts Berlin
Eva Viehoff, membre du Landtag, porte-parole pour les questions de science et de culture, de formation des adultes et du marché du travail, groupe parlementaire Alliance 90/Les Verts de Basse-Saxe
Christoph Nagel, auteur, membre du conseil d’administration de l’association 1910 – Museum für den FC St. Pauli e.V., Hambourg
Sönke Goldbeck, membre du conseil d’administration de l’association 1910 – Museum für den FC St. Pauli e.V., Hambourg
Dirk Scheelje, président de la Fondation Heinrich Böll Schleswig-Holstein
Uli Plessmann, acteur et chanteur
Nima Pirooznia, membre du parlement de la ville de Brême, porte-parole pour les questions de politique culturelle, économie créatrice, politique de la santé, groupe parlementaire Alliance 90/Les Verts Brême
Günter Schiemann, gérant de l’association LAG Soziokultur Schleswig-Holstein e.V.
Ute Fürstenberg, infographiste et administratrice artistique
Christoph Fisser, membre du conseil de direction de Studio Babelsberg AG
Robert Forster, musicien
Anja Witt, Atelier Witt
Ina Keßler, gérante de la société Initiative Musik
Heinrich Schafmeister, acteur, trésorier de la Confédération allemande du spectacle
Theresia Bauer, Ministre des Sciences, de la Recherche et des Arts, Baden-Württemberg
Petra Olschowski, Secrétaire culture, Baden-Württemberg
Wolfgang Zumdick, conseiller en recherche, Département des arts de l’Université Oxford Brookes
Anders Petersen, président de la confédération des artistes plasticiens Schleswig-Holstein
Désiree J. Vach, directeur général de la fédération des entreprises musicales indépendantes, Snowhite Records
Daniel Wesener membre du parlement de la ville de Berlin, porte-parole pour les questions culturelles, membre du parlement de la ville de Berlin pour Alliance 90/Les Verts
Uwe Kosubek, acteur, présentateur, réalisateur
Harald Schmid, politologue et historien, fondation civile Ahrensburg-mémoriaux de Schleswig-Holstein
Michael Kellner, secrétaire général d’Alliance 90/Les Verts
Susanne Degener, conseil culturel
Hanneke Heinemann, historienne de l’art
Renate Lefeldt, photographe
Gernot Zeitlinger, pédagogue, président de la fédération Montessori du Land de Rhénanie
Christian Walda, historien de l’art et conservateur de musée
Ulrike Suhk, graphiste, agence idee-fix
Eduardo Fernández-Tenllado Ramminger, rédacteur, photographe
Tobias Bacherle, présidence du festival « dit is schade e.V. »
Daniela Weiß et Annekatrin Grimm, librairie Montag, Berlin
Lutz Herrmann, ingénieur diplômé en techniques théâtrales et évènementielles
Jessica Kordouni, cinéaste, porte-parole pour les questions de politique culturelle, Alliance 90/Les Verts Brême conseil d’arrondissement de Kiel
Manfred Kern MdL, porte-parole pour les questions de politique culturelle, groupe parlementaire Alliance 90/Les Verts, Baden-Württemberg
Aram Lintzel, conseiller pour les questions de politique culturelle, groupe parlementaire Alliance 90/Les Verts au Bundestag, auteur indépendant
Contact :
Erhard Grundl, membre du Bundestag, erhard.grundl@bundestag.de, www.facebook.com/erhard.grundl
Claudia Roth, membre du Bundestag, claudia.roth@bundestag.de, www.facebook.com/Roth
Sources:
[i] cf. https://www.zeit.de/2018/08/marc-jongen-afd-kulturbetrieb-entsiffung-aussage
[ii] cf. https://www.deutschlandfunk.de/reihe-die-parteien-und-ihre-kulturprogramme-die-afd.2016.de.html?dram:article_id=393904
[iii] cf. http://www.deutschlandfunk.de/protest-gegen-politisches-klima-in-oesterreich-es-faellt.691.de.html?dram:article_id=418645
[iv] cf. https://www.derstandard.de/story/2000070514831/regierungsprogramm-oevp-fpoe-kurz-strache-kultur
[v] cf. https://derstandard.at/2000081099341/Wenn-Medien-Neutralitaet-zum-Kampfwort-wird
[vi] cf. http://www.faz.net/aktuell/feuilleton/medien/fpoe-angriff-auf-orf-sorgt-fuer-protest-in-deutschland-15473907.html
[vii] cf. http://www.deutschlandfunk.de/protest-gegen-politisches-klima-in-oesterreich-es-faellt.691.de.html?dram:article_id=418645
[viii] cf. http://www.deutschlandfunk.de/serie-rechte-parteien-und-die-kultur-ungarn-und-die.691.de.html?dram:article_id=377593
[ix] cf. http://www.deutschlandfunk.de/serie-rechte-parteien-und-die-kultur-ungarn-und-seine.2016.de.html?dram:article_id=373730
[x] cf. https://www1.wdr.de/radio/wdr5/sendungen/neugier-genuegt/ng-fea-pis-100.html
[xi] cf. https://www.zeit.de/politik/ausland/2018-02/polen-jaroslaw-kaczynski-verteidigt-holocaust-gesetz
[xii] cf. https://www.mdr.de/heute-im-osten/filmfoerderung-in-polen-100.html
[xiii] cf. https://www.mdr.de/kultur/kulturkampf-am-theater-in-polen-100.html
[xiv] cf. https://www.mdr.de/heute-im-osten/warschau-museum-100.html

Le problème
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\\ MANIFESTE DE BRUXELLES //
\\ POUR LA LIBERTÉ DE L’ART !
#fürdiefreiheitderkunst
#forthefreedomofthearts
Le « Manifeste de Bruxelles – en faveur de la liberté de l’art ! » a été lancé début juillet 2018 à Bruxelles par des personnalités du monde politique et artistique. S’inscrivant en faux contre la position d’appropriation de l’art et de la culture par la droite nationaliste.
Le droit à la liberté d’expression, la diversité et la liberté de l’art sont menacés en Europe. Les gouvernements de droite nationaliste en Autriche, en Hongrie et en Pologne tentent d’ores et déjà de récupérer la scène de la création à leurs fins par une politique d’isolement national. L’Allemagne n’est pas épargnée elle non plus et les Nationalistes de droite parlent de « s’attaquer à l’épuration du monde de la culture »[i] ou de vouloir supprimer les subventions publiques accordées aux « idéologies de la diversité de la gauche libérale » au théâtre[ii]. La Hongrie, la Pologne et l’Autriche deviennent ainsi des modèles de politique culturelle nationaliste qui doivent nous alerter dès lors que cette politique représente en Allemagne aussi la restriction et le retour en arrière. La lutte idéologique qui remet en cause la liberté de l’art menace notre paysage culturel – et par-là même un fondement de notre société.
Nous nous y opposons.
// LE « KULTURKAMPF » DE DROITE
Etat des lieux en Autriche après six mois de pouvoir de la coalition ÖVP/FPÖ : Le Ministre de la culture et des médias de l’ÖVP a prescrit à son pays ce qu’il appelle une « promotion culturelle axée sur le résultat » qui n’a pas d’autre objectif que de détruire la scène indépendante. Aucun soutien n’est accordé à une réflexion critique sur l’histoire du pays, mais une connivence s’instaure bel et bien entre la politique, les médias et l’économie.[iii] Depuis son entrée en fonction, le Ministre refuse tout dialogue avec les représentants élus des acteurs du monde artistique, culturel et médiatique.[iv] Le Vice-chancelier Heinz-Christian Strache (FPÖ) a manifestement lancé une campagne d’extrême droite contre Armin Wolf, un journaliste indépendant, présentateur à la télévision autrichienne (ORF).[v][vi] Nicolaus Schafhausen, directeur de la Kunsthalle de Vienne, vient de donner sa démission anticipée : «L’impact de l’art est très limité en période de politique nationaliste.»[vii]
Etat des lieux en Hongrie après huit années de pouvoir de Viktor Orbán : Depuis son accession au pouvoir, la politique culturelle met l’accent sur le Nationalisme et la tendance est aux œuvres d’art commandées par le monde politique. Dans le cadre d’une révision du droit fondamental en 2012, l’Académie hongroise des beaux-arts a été dotée de prérogatives inédites, d’une infrastructure de contrôle exclusive et d’un budget gigantesque. Pour être membre de l’académie des beaux-arts, il faut toutefois être fidèle à une ligne idéologique et affirmer son engagement pour la nation, explique Anna Bálint, critique et conservatrice d’art. De cette façon, l’Etat ne soutient que ce qui est « plaisant ».[viii]
En littérature, des auteurs d’extrême droite comme Albert Wass ou József Nyirö – le premier est un criminel de guerre condamné hostile aux Roumains, l’autre un fervent admirateur de Goebbels, tous deux font notoirement partie des figures littéraires de l’entité ethnique hongroise – sont dorénavant plébiscités et font aujourd’hui partie des lectures obligatoires à l’école.[ix]
Etat des lieux en Pologne après deux années de pouvoir du parti national conservateur PiS : La scène culturelle fait actuellement l’objet d’une transformation visant à imposer des objectifs nationalistes conservateurs. En de multiples occasions depuis sa prise de fonction, le gouvernement a écarté des responsables indésirables des institutions culturelles publiques et essayé d’empêcher des expositions et des représentations. La critique n’est pas souhaitable. « La culture est destinée à divertir et à transmettre une identité nationale », précise le PiS.[x] Lors de son passage à la télévision, le film « Ida » – qui a été récompensé en 2013 par l’Oscar du meilleur film étranger et qui porte un regard critique sur l’antisémitisme polonais – a été diffusé avec un « commentaire historique » en sous-titre afin de thématiser ses « erreurs ». Depuis 2015, le gouvernement polonais mène une politique ciblée en matière de ressources humaines au sein de l’agence publique d’aide au cinéma PISF. Les responsabilités des instances ont été confiées à des fidèles du PiS qui défendent par ailleurs une vision de l’histoire nationaliste propagée par le chef du parti Jarosław Kaczyński[xi].
Wim Wenders (directeur de l’EFA, entre autres) a lui aussi trouvé des termes éloquents dans une lettre ouverte adressée au ministre de la culture polonais Piotr Gliński : « Nous croyons que c’est aux gouvernements qu’il incombe de servir la culture et non à la culture d’être au service des gouvernements. »[xii] Hormis les productions cinématographiques et la télévision, les théâtres sont désormais eux aussi dans la ligne de mire du gouvernement. Plusieurs directeurs ont déjà dû céder leur place à des personnes jusque-là méconnues sur le plan artistique.[xiii] Le PiS s’ingère massivement dans le travail des musées et y impose – à Varsovie par une direction de musée nommée par décision judiciaire – la servitude d’une narration nationaliste conservatrice.[xiv]
\\ POURQUOI IL EST PLUS QUE JAMAIS ESSENTIEL DE LUTTER
Petit à petit, les partis de la droite nationaliste, mais aussi de plus en plus les représentant/es des partis conservateurs, essaient d’anéantir les valeurs de notre liberté démocratique et les fondements de notre cohésion sociale en Allemagne et en Europe. Cela fait déjà longtemps qu’ils ont identifié la culture et l’art comme un instrument potentiel. Nous devons les en empêcher!
En s’engageant en faveur du non-conformisme, de la liberté de penser et du débat politique et en luttant contre l’esprit petit-bourgeois, le mouvement de 1968 en Europe – cible déclarée des attaques de la droite – a fait souffler un vent nouveau sous les toges, sur les scènes, dans les ateliers et les orchestres. Les soixante-huitards ont initié la mise à jour inconditionnelle des méfaits du nazisme et du passéisme de ses représentant/es institutionnel/les éternellement tourné/es vers le passé dans l’Allemagne de l’Après-guerre, cédant la place à la lutte pour le changement, le renouveau et la diversité. Dans l’ex-RDA on a pu constater jusqu’à 1989 et la Révolution pacifique ce que cela signifie lorsque la politique se sert de l’art à des fins abusives.
Le politique ne doit ni juger l’art ni tenter de l’instrumentaliser par un cadre normatif. Au contraire, la politique doit veiller sur l’art. Nous avons foi en la force de l’art et en la diversité culturelle en Europe. C’est par l’échange, et non par l’isolement, que naît la culture. Il faut la défendre, favoriser la participation culturelle et améliorer la protection sociale des artistes. L’art est libre, il n’a pas l’obligation de plaire et ne doit être mis au service de personne. Seule la liberté lui permet de développer sa force d’innovation et de nous ouvrir continuellement des perspectives nouvelles.
Nous luttons pour préserver la liberté de l’art !
\\ Initiatrice et initiateur :
Erhard Grundl, membre du Bundestag, porte-parole pour les questions de politique culturelle, groupe parlementaire Alliance 90/Les Verts
Claudia Roth, membre du Bundestag, porte-parole pour les questions de politique culturelle extérieure, groupe parlementaire Alliance 90/Les Verts
\\ Premiers signataires :
Hape Kerkeling, comique, artiste, acteur, chanteur
Olga et Wladimir Kaminer, écrivains
Inga Humpe, chanteuse, compositrice, productrice musicale
Alice Dwyer, actrice
Sasha Waltz, chorégraphe
Feo Aladag, réalisatrice
Frank Spilker, Die Sterne
Shermin Langhoff, directrice du théâtre Maxim Gorki, Berlin
Jens Hillje, co-directeur du théâtre Maxim Gorki
Tayfun Bademsoy, acteur
Dirk von Lowtzow, musicien, Berlin
Paul Frielinghaus, acteur
Pr Hermann Parzinger, président de la Fondation du patrimoine culturel prussien
Sona MacDonald, actrice, chanteuse et danseuse
Stefanie Könnecke, anthropologue culturelle, Hambourg
Olaf Zimmermann, directeur du Deutscher Kulturrat
Tommi Eckart, producteur de musique, compositeur
Igor Levit, pianiste
Lars Lewerenz & Team, Audiolith International GmbH
Bernd M. Scherer, directeur de la Maison des cultures du monde de Berlin
Annalena Baerbock, membre du Bundestag, présidente du parti Alliance 90/Les Verts
Robert Habeck, président du parti Alliance 90/Les Verts
Pr Frank Nonnenmacher, Université Goethe de Francfort-sur-le-Main
Simone Barrientos, membre du Bundestag, porte-parole pour les questions de politique culturelle, groupe parlementaire LA GAUCHE
Hartmut Ebbing, membre du Bundestag, porte-parole pour les questions de politique culturelle, groupe parlementaire FDP
Moritz Rinke, auteur
Beathoavenz, équipe de DJ et de producteurs
Matthias Lilienthal, dramaturge et directeur des Münchner Kammerspiele
Sabin Tambrea, acteur
Dominik et Benjamin Reding, réalisateurs et scénaristes, producteurs
Udo Samel, acteur
Pr Christian Höppner, président du Deutscher Kulturrat
Ingo Schulze, écrivain
Petra Pau, membre du Bundestag, groupe parlementaire LA GAUCHE
Banda Internationale und Comunale, groupe
Katrin Göring-Eckardt, membre du Bundestag, présidente du groupe parlementaire Alliance 90/Les Verts
Anton Hofreiter, membre du Bundestag, président du groupe parlementaire Alliance 90/Les Verts
Hans-Jochen Wagner, acteur
Eva Leipprand, auteure, ancienne maire d’Augsbourg
Clemens Schick, acteur
Annemie Vanackere, direction et gérance de HAU Hebbel am Ufer, en commun avec l’équipe
Helga Trüpel, membre du Parlement européen, porte-parole pour les questions de politique culturelle extérieure, groupe parlementaire les Verts/Alliance libre européenne au Parlement européen
Dörte Franke, auteure et lauréate du prix Grimme
Cem Özdemir, membre du Bundestag, président de la commission des transports et des infrastructures numériques, président du groupe parlementaire Alliance 90/Les Verts
Stefan Vogelmann, BROKEN SILENCE Independent Distribution
Josef Brustmann, artiste de cabaret
Marc Bauder, réalisateur et lauréat du prix Grimme
Katja Dörner, membre du Bundestag, vice-présidente du groupe parlementaire Alliance 90/Les Verts
Peter Henze, direction artistique de l’association Land & Kunst e.V.
Kirsten Kappert-Gonther, membre du Bundestag, membre suppléant de la commission de la culture, porte-parole pour les questions de promotion de la santé et de politique des stupéfiants, Alliance 90/Les Verts
Andrea Rothaug, présidente de la Confédération Popularmusik e.V
Hans-Werner Meyer, acteur, présidence de la Confédération allemande du spectacle
Uta Röpcke, porte-parole de la communauté de travail fédérale sur la culture d’Alliance 90/Les Verts, titulaire d’un master en anthropologie culturelle
Oliver Keymis, membre du Landtag, porte-parole pour les questions de politique culturelle et des médias, groupe parlementaire Alliance 90/Les Verts de Rhénanie-du-Nord-Westphalie
Rainer Bode, gérant de LAG Soziokultureller Zentren Rhénanie-du-Nord-Westphalie
Karsten Schölermann, président de l’association LiveMusikKomission e.V.
Tabea Rößner, membre du Bundestag, porte-parole pour les questions de politique des réseaux et de protection des consommateurs, Alliance 90/Les Verts
Andreas Bomheuer, anciennement au service culturel de la ville d’Essen
Notker Schweikhardt, membre du parlement de la ville de Berlin, porte-parole pour les questions d’économie culturelle et créatrice, membre du parlement de la ville de Berlin pour Alliance 90/Les Verts
Etta Scollo, chanteuse, compositrice
Henrike Hahn, membre du comité directeur d’Alliance 90/Les Verts du Land de Bavière
Olaf Kretschmar, gérant et directeur général, Berlin Music Commission
Henry Arnold, acteur et réalisateur, porte-parole de la communauté de travail Culture du Land pour Alliance 90/Les Verts Berlin
Eva Viehoff, membre du Landtag, porte-parole pour les questions de science et de culture, de formation des adultes et du marché du travail, groupe parlementaire Alliance 90/Les Verts de Basse-Saxe
Christoph Nagel, auteur, membre du conseil d’administration de l’association 1910 – Museum für den FC St. Pauli e.V., Hambourg
Sönke Goldbeck, membre du conseil d’administration de l’association 1910 – Museum für den FC St. Pauli e.V., Hambourg
Dirk Scheelje, président de la Fondation Heinrich Böll Schleswig-Holstein
Uli Plessmann, acteur et chanteur
Nima Pirooznia, membre du parlement de la ville de Brême, porte-parole pour les questions de politique culturelle, économie créatrice, politique de la santé, groupe parlementaire Alliance 90/Les Verts Brême
Günter Schiemann, gérant de l’association LAG Soziokultur Schleswig-Holstein e.V.
Ute Fürstenberg, infographiste et administratrice artistique
Christoph Fisser, membre du conseil de direction de Studio Babelsberg AG
Robert Forster, musicien
Anja Witt, Atelier Witt
Ina Keßler, gérante de la société Initiative Musik
Heinrich Schafmeister, acteur, trésorier de la Confédération allemande du spectacle
Theresia Bauer, Ministre des Sciences, de la Recherche et des Arts, Baden-Württemberg
Petra Olschowski, Secrétaire culture, Baden-Württemberg
Wolfgang Zumdick, conseiller en recherche, Département des arts de l’Université Oxford Brookes
Anders Petersen, président de la confédération des artistes plasticiens Schleswig-Holstein
Désiree J. Vach, directeur général de la fédération des entreprises musicales indépendantes, Snowhite Records
Daniel Wesener membre du parlement de la ville de Berlin, porte-parole pour les questions culturelles, membre du parlement de la ville de Berlin pour Alliance 90/Les Verts
Uwe Kosubek, acteur, présentateur, réalisateur
Harald Schmid, politologue et historien, fondation civile Ahrensburg-mémoriaux de Schleswig-Holstein
Michael Kellner, secrétaire général d’Alliance 90/Les Verts
Susanne Degener, conseil culturel
Hanneke Heinemann, historienne de l’art
Renate Lefeldt, photographe
Gernot Zeitlinger, pédagogue, président de la fédération Montessori du Land de Rhénanie
Christian Walda, historien de l’art et conservateur de musée
Ulrike Suhk, graphiste, agence idee-fix
Eduardo Fernández-Tenllado Ramminger, rédacteur, photographe
Tobias Bacherle, présidence du festival « dit is schade e.V. »
Daniela Weiß et Annekatrin Grimm, librairie Montag, Berlin
Lutz Herrmann, ingénieur diplômé en techniques théâtrales et évènementielles
Jessica Kordouni, cinéaste, porte-parole pour les questions de politique culturelle, Alliance 90/Les Verts Brême conseil d’arrondissement de Kiel
Manfred Kern MdL, porte-parole pour les questions de politique culturelle, groupe parlementaire Alliance 90/Les Verts, Baden-Württemberg
Aram Lintzel, conseiller pour les questions de politique culturelle, groupe parlementaire Alliance 90/Les Verts au Bundestag, auteur indépendant
Contact :
Erhard Grundl, membre du Bundestag, erhard.grundl@bundestag.de, www.facebook.com/erhard.grundl
Claudia Roth, membre du Bundestag, claudia.roth@bundestag.de, www.facebook.com/Roth
Sources:
[i] cf. https://www.zeit.de/2018/08/marc-jongen-afd-kulturbetrieb-entsiffung-aussage
[ii] cf. https://www.deutschlandfunk.de/reihe-die-parteien-und-ihre-kulturprogramme-die-afd.2016.de.html?dram:article_id=393904
[iii] cf. http://www.deutschlandfunk.de/protest-gegen-politisches-klima-in-oesterreich-es-faellt.691.de.html?dram:article_id=418645
[iv] cf. https://www.derstandard.de/story/2000070514831/regierungsprogramm-oevp-fpoe-kurz-strache-kultur
[v] cf. https://derstandard.at/2000081099341/Wenn-Medien-Neutralitaet-zum-Kampfwort-wird
[vi] cf. http://www.faz.net/aktuell/feuilleton/medien/fpoe-angriff-auf-orf-sorgt-fuer-protest-in-deutschland-15473907.html
[vii] cf. http://www.deutschlandfunk.de/protest-gegen-politisches-klima-in-oesterreich-es-faellt.691.de.html?dram:article_id=418645
[viii] cf. http://www.deutschlandfunk.de/serie-rechte-parteien-und-die-kultur-ungarn-und-die.691.de.html?dram:article_id=377593
[ix] cf. http://www.deutschlandfunk.de/serie-rechte-parteien-und-die-kultur-ungarn-und-seine.2016.de.html?dram:article_id=373730
[x] cf. https://www1.wdr.de/radio/wdr5/sendungen/neugier-genuegt/ng-fea-pis-100.html
[xi] cf. https://www.zeit.de/politik/ausland/2018-02/polen-jaroslaw-kaczynski-verteidigt-holocaust-gesetz
[xii] cf. https://www.mdr.de/heute-im-osten/filmfoerderung-in-polen-100.html
[xiii] cf. https://www.mdr.de/kultur/kulturkampf-am-theater-in-polen-100.html
[xiv] cf. https://www.mdr.de/heute-im-osten/warschau-museum-100.html

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Pétition lancée le 24 juillet 2018