Contre la répression des lycéennes et des lycéens


Contre la répression des lycéennes et des lycéens
Le problème
« Monsieur le ministre de l’Intérieur, Monsieur le ministre de l’Éducation nationale, faites cesser les interpellations abusives et violentes des lycéennes et lycéens en France. » - Paris, le 7 mars
Mardi 7 février, jour de manifestation et de grève contre la réforme des retraites, Justin, Clément et Olivier, 16 et 17 ans, lycéens scolarisés au lycée Racine, sont interpellés et placés en garde à vue. Justin et Clément sont menottés, Justin en place publique et Clément dans l’enceinte même du lycée, directement sous les yeux de la proviseure, qui ne proteste pas. Tous les deux passent 32 heures en garde à vue, dont 5 heures sans contrôle légal. De son côté, Olivier est convoqué au commissariat et, plus chanceux, écope "seulement” de 24 heures de garde à vue. Tous les trois endurent une fouille au corps en sous-vêtement, passent la nuit au trou et sont déférés au tribunal.
A ce jour, aucune mesure éducative n’a été prononcée envers Justin, Clément et Olivier.
Jeudi 16 février, autre jour de manifestation et de grève contre la réforme des retraites, Cécile, Anna, Hector, Prospéro, Valentin, Nicolas (liste non-exhaustive), respectivement élèves aux lycées Racine, Lamartine, Hélène Boucher et Voltaire, en classe de seconde, première, terminale, sont eux-aussi été interpellés par la police.
Anna, 15 ans, scolarisée en classe de seconde, subit presque 24 heures d’interpellation, dont une nuit passée en cellule dans le sous-sol d’un commissariat parisien. Elle est ensuite “rendue” à ses parents sans qu’aucun fait ne lui soit reproché. Pendant tout l’épisode d’incarcération, des blagues : « Aujourd’hui, c’est baby-sitting ». Anna n’a pas eu droit à un seul repas – excepté deux biscuits avec un jus d’orange au matin. Son père se déplace deux fois au commissariat pour que ses médicaments (avec ordonnance) lui parviennent : en vain. Déjà, le 7 février, Olivier n’avait pas non plus eu droit à ses médicaments. Enfin, Anna n’aura pas non plus accès à des protections périodiques.
Hier comme aujourd’hui, à Paris, en banlieue ou ailleurs (plus le lycée est modeste, plus les brutalités sont grandes), à Antony, à Nanterre, à Aubervilliers, à Mantes-la-Jolie, devant les lycées, la police interpelle les élèves, lance du gaz lacrymogène en pleine figure, assène des coups de pieds, manie la matraque, menace, profère régulièrement des insultes à caractères racistes, discriminatoires, dispense brimades et humiliations. Les empreintes digitales, leur ADN, sont collectés. On fouille aussi dans leurs téléphones, puisqu’envoyer un SMS pour donner rendez-vous à un camarade devant le lycée se transforme si facilement en preuve criminelle.
Tous ces faits sont documentés par des parents choqués, indignés, et consignés dans les motions publiées par les sections FCPE, dénoncés par les enseignantes et enseignants. Tous ces faits sont aussi visibles dans les films qui circulent sur les réseaux sociaux.
Les chefs d’accusation - quand ils existent - sont toujours les mêmes. Jamais ils ne conduisent à une condamnation. Très rarement, ils conduisent à une poursuite. Sous des étiquettes ronflantes, ces chefs d’accusation désignent tous la même réalité, une réalité banale : des lycéennes et des lycéens se sont rassemblées devant un lycée, devant une université, dans une rue, sur une place, ils ont manifesté leur colère, leur indignation, leur engagement pendant une lutte, en déplaçant trois poubelles ou en scandant des slogans politiques dans le cadre d’une manifestation spontanée. Parfois, ils ont défendu des blocus en s’accrochant à des barrières.
Ces lycéennes et ces lycéens sont soutenus par leurs représentants qui siègent dans les Conseils d’administration des lycées ; ils organisent des assemblées générales pour discuter et débattre en citoyens, et pourtant, ces interpellations et ces violences les transforment soudain en dangereux agitateurs.
Le 7 février, à l’Assemblée nationale, Monsieur le ministre de l’Intérieur, vous avez choisi d’accuser publiquement ces trois lycéens mineurs du lycée Racine d’avoir causé « des dégradations volontaires, des violences commises en réunion contre des policiers ». Ces trois lycéens avaient manifesté devant leur lycée le jour d’une mobilisation nationale contre une proposition de loi faite par votre gouvernement. Que craignez-vous pour les réprimer si violemment ? Pourquoi cette jeunesse vous semble-t-elle si dangereuse dans ce contexte de mobilisation ?
Ces lycéen.e.s vous semblent dangereux parce que trublions, insubordonnés, vifs – sans aucun doute outranciers, c’est vrai, et après ? Dangereux surtout parce que jeunes, tout simplement jeunes, vivant leur jeunesse en se réunissant, préférant marcher main dans la main dans la rue que marcher au pas. Ils exercent aussi leurs droits de citoyennes et de citoyens à la suite d’un épisode très long de confinement. Cette génération a été exemplaire, elle a obéi aux consignes et aux contraintes sanitaires. Et pourtant, quand elle ose exprimer son inquiétude face à un présent anxiogène et à un avenir alarmant, c’est tout de suite inadmissible pour notre police, pour certains proviseurs de lycées aussi, qui appellent trop vite la police pour les chasser.
« Les lycéennes et les lycéens ont des devoirs », leur répète-t-on sur tous les tons. « Nous avons aussi des droits », rétorquent-ils. Ce sont ces droits qu’on veut leur interdire en leur faisant peur.
Monsieur le ministre de l’Intérieur, Monsieur le ministre de l’Éducation nationale, en cette journée de manifestation, mardi 7 mars, nous, parents, enseignants, éducateurs, lycéens, lycéennes, étudiantes, étudiants, proches des interpellées et interpellés, simples citoyennes et citoyens, nous tous et toutes, nous vous adressons une protestation et une demande solennelles.
Nous vous demandons que ces violences et ses interpellations abusives des lycéennes et lycéens cessent en France.
Nous vous demandons que cesse aussi l’instrumentalisation politique des lycéens et lycéennes menée à coup d’interpellations et de gardes à vue.
Nous vous demandons d’avoir enfin le courage, Messieurs les ministres, de prendre les mesures nécessaires pour qu’une certaine culture de la violence et de la peur cesse à jamais de régner entre les forces de l’ordre et la jeunesse.
Collectif Anti-répression Lycée Paris - Île de France
Cette tribune a été publiée dans "Libération Idées et débats" le 7 mars 2023 : www.liberation.fr/idees-et-debats/tribunes/retraites-stop-a-la-repression-des-lyceens-qui-exercent-leurs-droits-de-citoyens-20230307_5UXDXCCCXZHVJDM4ARWMJ5ALAE/
Pour consulter la liste des premiers signataires : https://vu.fr/FzaY
Le problème
« Monsieur le ministre de l’Intérieur, Monsieur le ministre de l’Éducation nationale, faites cesser les interpellations abusives et violentes des lycéennes et lycéens en France. » - Paris, le 7 mars
Mardi 7 février, jour de manifestation et de grève contre la réforme des retraites, Justin, Clément et Olivier, 16 et 17 ans, lycéens scolarisés au lycée Racine, sont interpellés et placés en garde à vue. Justin et Clément sont menottés, Justin en place publique et Clément dans l’enceinte même du lycée, directement sous les yeux de la proviseure, qui ne proteste pas. Tous les deux passent 32 heures en garde à vue, dont 5 heures sans contrôle légal. De son côté, Olivier est convoqué au commissariat et, plus chanceux, écope "seulement” de 24 heures de garde à vue. Tous les trois endurent une fouille au corps en sous-vêtement, passent la nuit au trou et sont déférés au tribunal.
A ce jour, aucune mesure éducative n’a été prononcée envers Justin, Clément et Olivier.
Jeudi 16 février, autre jour de manifestation et de grève contre la réforme des retraites, Cécile, Anna, Hector, Prospéro, Valentin, Nicolas (liste non-exhaustive), respectivement élèves aux lycées Racine, Lamartine, Hélène Boucher et Voltaire, en classe de seconde, première, terminale, sont eux-aussi été interpellés par la police.
Anna, 15 ans, scolarisée en classe de seconde, subit presque 24 heures d’interpellation, dont une nuit passée en cellule dans le sous-sol d’un commissariat parisien. Elle est ensuite “rendue” à ses parents sans qu’aucun fait ne lui soit reproché. Pendant tout l’épisode d’incarcération, des blagues : « Aujourd’hui, c’est baby-sitting ». Anna n’a pas eu droit à un seul repas – excepté deux biscuits avec un jus d’orange au matin. Son père se déplace deux fois au commissariat pour que ses médicaments (avec ordonnance) lui parviennent : en vain. Déjà, le 7 février, Olivier n’avait pas non plus eu droit à ses médicaments. Enfin, Anna n’aura pas non plus accès à des protections périodiques.
Hier comme aujourd’hui, à Paris, en banlieue ou ailleurs (plus le lycée est modeste, plus les brutalités sont grandes), à Antony, à Nanterre, à Aubervilliers, à Mantes-la-Jolie, devant les lycées, la police interpelle les élèves, lance du gaz lacrymogène en pleine figure, assène des coups de pieds, manie la matraque, menace, profère régulièrement des insultes à caractères racistes, discriminatoires, dispense brimades et humiliations. Les empreintes digitales, leur ADN, sont collectés. On fouille aussi dans leurs téléphones, puisqu’envoyer un SMS pour donner rendez-vous à un camarade devant le lycée se transforme si facilement en preuve criminelle.
Tous ces faits sont documentés par des parents choqués, indignés, et consignés dans les motions publiées par les sections FCPE, dénoncés par les enseignantes et enseignants. Tous ces faits sont aussi visibles dans les films qui circulent sur les réseaux sociaux.
Les chefs d’accusation - quand ils existent - sont toujours les mêmes. Jamais ils ne conduisent à une condamnation. Très rarement, ils conduisent à une poursuite. Sous des étiquettes ronflantes, ces chefs d’accusation désignent tous la même réalité, une réalité banale : des lycéennes et des lycéens se sont rassemblées devant un lycée, devant une université, dans une rue, sur une place, ils ont manifesté leur colère, leur indignation, leur engagement pendant une lutte, en déplaçant trois poubelles ou en scandant des slogans politiques dans le cadre d’une manifestation spontanée. Parfois, ils ont défendu des blocus en s’accrochant à des barrières.
Ces lycéennes et ces lycéens sont soutenus par leurs représentants qui siègent dans les Conseils d’administration des lycées ; ils organisent des assemblées générales pour discuter et débattre en citoyens, et pourtant, ces interpellations et ces violences les transforment soudain en dangereux agitateurs.
Le 7 février, à l’Assemblée nationale, Monsieur le ministre de l’Intérieur, vous avez choisi d’accuser publiquement ces trois lycéens mineurs du lycée Racine d’avoir causé « des dégradations volontaires, des violences commises en réunion contre des policiers ». Ces trois lycéens avaient manifesté devant leur lycée le jour d’une mobilisation nationale contre une proposition de loi faite par votre gouvernement. Que craignez-vous pour les réprimer si violemment ? Pourquoi cette jeunesse vous semble-t-elle si dangereuse dans ce contexte de mobilisation ?
Ces lycéen.e.s vous semblent dangereux parce que trublions, insubordonnés, vifs – sans aucun doute outranciers, c’est vrai, et après ? Dangereux surtout parce que jeunes, tout simplement jeunes, vivant leur jeunesse en se réunissant, préférant marcher main dans la main dans la rue que marcher au pas. Ils exercent aussi leurs droits de citoyennes et de citoyens à la suite d’un épisode très long de confinement. Cette génération a été exemplaire, elle a obéi aux consignes et aux contraintes sanitaires. Et pourtant, quand elle ose exprimer son inquiétude face à un présent anxiogène et à un avenir alarmant, c’est tout de suite inadmissible pour notre police, pour certains proviseurs de lycées aussi, qui appellent trop vite la police pour les chasser.
« Les lycéennes et les lycéens ont des devoirs », leur répète-t-on sur tous les tons. « Nous avons aussi des droits », rétorquent-ils. Ce sont ces droits qu’on veut leur interdire en leur faisant peur.
Monsieur le ministre de l’Intérieur, Monsieur le ministre de l’Éducation nationale, en cette journée de manifestation, mardi 7 mars, nous, parents, enseignants, éducateurs, lycéens, lycéennes, étudiantes, étudiants, proches des interpellées et interpellés, simples citoyennes et citoyens, nous tous et toutes, nous vous adressons une protestation et une demande solennelles.
Nous vous demandons que ces violences et ses interpellations abusives des lycéennes et lycéens cessent en France.
Nous vous demandons que cesse aussi l’instrumentalisation politique des lycéens et lycéennes menée à coup d’interpellations et de gardes à vue.
Nous vous demandons d’avoir enfin le courage, Messieurs les ministres, de prendre les mesures nécessaires pour qu’une certaine culture de la violence et de la peur cesse à jamais de régner entre les forces de l’ordre et la jeunesse.
Collectif Anti-répression Lycée Paris - Île de France
Cette tribune a été publiée dans "Libération Idées et débats" le 7 mars 2023 : www.liberation.fr/idees-et-debats/tribunes/retraites-stop-a-la-repression-des-lyceens-qui-exercent-leurs-droits-de-citoyens-20230307_5UXDXCCCXZHVJDM4ARWMJ5ALAE/
Pour consulter la liste des premiers signataires : https://vu.fr/FzaY
Pétition fermée
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Les décisionnaires
Pétition lancée le 12 mars 2023