Statement of solidarity with uOttawa BIPOC students and colleagues

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English version follows

"Toute déclaration significative d'engagement ou de solidarité doit définir précisément comment une organisation va répondre aux critiques des universitaires et étudiant.e.s noir.e.s et de tout autre personne de couleur dont les vécus sont façonnés par le racisme. Ces discussions doivent refléter la manière dont les membres de l'organisation participent activement à la lutte contre les Noir.e.s en réduisant au silence, en détournant cognitivement et en poussant les Noir.e.s, les Autochtones et les personnes de couleur à dénoncer leurs expériences [de déshumanisation]. Elles devraient également inclure des plans spécifiques pour confronter les normes anti-noires profondément ancrées dans les processus de “professionalisation” et d’adaptation, et ce tout en renforçant l'imputabilité et la transparence dans la culture institutionnelle" (Sangaramoorthy et Richardson, 2020, consulté le 19 octobre 2020, https://www.insidehighered.com notre traduction).

Cher.ère.s membres de l’APUO, cher.ère.s collègues, et nos étudiant.e.s :

Nous, soussigné.e.s, sommes solidaires de nos étudiant.e.s et de nos collègues BIPOC. Nous vous écrivons pour vous exprimer notre indignation face à l'utilisation par nos collègues de leur pouvoir et de leur privilège de contribuer aux structures du racisme systémique. Cette lettre sera largement diffusée mais est ici adressée spécifiquement à nos collègues de l’Association des Professeur(e)s de l’Université d’Ottawa (APUO). Nous tenons à préciser que l'APUO n'a PAS consulté ses membres et qu'elle ne représente ni le travail ni l'intégrité de celles et ceux d'entre nous qui sommes activement antiracistes et engagé.e.s dans une diversité d'initiatives antiracistes sur le campus et au-delà. Nous avons été indigné.e.s lorsque l'APUO a abusé de son pouvoir en tant que représentante d'un collectif de professeur.e.s d'université, dans un contexte marqué par l'absence d’information sur les faits, nous entraînant dès lors tou.te.s dans une position qui n’a servi qu’à faire taire et à discréditer les étudiant.e.s qui se sont exprimé.e.s contre l'ignorance et le racisme dans leur classe.

Re : L'état de la liberté académique

Il est en effet important d’examiner l'état de la liberté académique. En tant que spécialistes de sujets divers et souvent controversés, nous prenons la notion de la liberté académique au sérieux et partageons la conviction de nos collègues quant à sa centralité par rapport à la finalité de l'université en tant qu'institution sociale et culturelle. Mais qu'est-ce que nos estimé.e.s collègues, et les journalistes à qui il.elle.s se sont confié.e.s, n'ont pas abordé dans les médias québécois et dans la lettre que l'APUO nous a adressée ?

La liberté académique ne nous protège pas de notre propre ignorance, mais plutôt de celle de ceux et celles qui sont plus ignorant.e.s que nous. Le but de la liberté académique est de s'assurer que nous, en tant qu'universitaires, pouvons être libres de poursuivre des recherches sur des sujets qui pourraient autrement être l'anathème de l'influence étatique, économique ou autre. La liberté académique est la récompense ultime du monde universitaire : nous pouvons étudier, faire des recherches et enseigner sur des sujets qui nous passionnent ou simplement nous intéressent, même si nos employeurs ne voient pas l'utilité de notre travail. La plupart d'entre nous essaient de mener des travaux qui contribueront à la vie sociale et intellectuelle, mais nous garderons notre emploi même si cela n'est pas le cas.

La liberté académique n'est pas la même chose que la liberté d'expression (ou, comme le diraient les Américains, la liberté de parole). La liberté d'expression est le droit fondamental des citoyen.ne.s dans notre démocratie de s'exprimer publiquement sur tout ce que nous voulons et de ne pas subir de répercussions politiques ou juridiques pour avoir dit telle ou telle chose (et ce tant que nos paroles ne peuvent être raisonnablement considérées comme une incitation à des actions illégales). La liberté d'expression ne garantit à personne un emploi ou le droit d'exiger que les gens approuvent ce que nous exprimons.

Indépendamment de la préoccupation concernant “ la culture de l’annulation”, les “espaces sécuritaires” ou la “rectitude politique”, la prononciation du “mot-clé” n'a pas été rendue illégale. Toute personne qui souhaite utiliser ce mot peut le faire librement. Allez-y . Cependant, étant donné la nature dialectique du racisme et de la suprématie blanche, il continuera d'y avoir des personnes qui s'opposeront à l'utilisation de ce mot et confronteront ceux et celles qui insisteront sur leur droit de l'utiliser. Si quelqu’un utilise le mot “n”, nous considérerons cette personne comme étant raciste pour l'avoir utilisé, compte tenu l'histoire de ce vocable. Tout comme nous ne pouvons légalement empêcher quiconque d'utiliser ce mot, les individus ne peuvent légalement nous empêcher de penser qu'ils sont racistes, qu'il.elle.s veuillent être considéré.e.s comme racistes ou non. On ne peut tout simplement pas se permettre d'utiliser le “mot n” sans être critique, peu importe qu'on ait lu Fanon, ou que l'on veuille rendre hommage à Senghor ou à Césaire. 

De notre point de vue, le mot “n” est peut-être l'insulte raciale la plus connue et la plus violente. Selon l'historienne afro-américaine Dr. Elizabeth Stordeur Pryor, l'histoire du mot “n” remonte au développement de l'esclavage il y a des centaines d’années. Cependant, le mot n'a pas commencé à connaître un usage répandu avant le 19e siècle, alors que les peuples noirs asservis des États-Unis ont “osés” se libérer de l'esclavage. Comme l’historienne le souligne, le mot a été créé comme un moyen de dés-autonomiser et de nier la libération émergente des personnes Noir.e.s. Prononcer ou écrire ce mot, c'est perpétuer la circulation d'un vocable dont le seul but a été, et continue d’être de déshumaniser les personnes Noir.e.s. Faut-il ici rappeler la violence de son utilisation dans un incident récent et très près de nous, à Russell, Ontario?

Re : Débat respectueux et fructueux

De même, ce n'est pas parce qu'un.e collègue souhaite s'engager dans des débats intellectuels sur un mot en l’utilisant qu’il.elle peut contrôler la façon dont les étudiant.e.s l'entendront. Encore une fois, ce ou cette collègue est libre de les blâmer, de suggérer que leurs sentiments sont ceux de délicats “flocons de neige”, ou emblématiques d'une culture clientéliste dans laquelle “les étudiants.e. ont toujours raison”, pour paraphraser le titre d’une chronique d’Isabelle Hachey dans La Presse, mais il.elle ne peut pas changer que ces propos ont blessé.e.s ces étudiant.e.s.

Nous avons entendu des témoignages individuels d’étudiant.e.s , de même que suivi sur Twitter de nombreux fils de discussion d'étudiant.e.s Noir.e.s, Autochtones et de couleur, ainsi que de membres de notre communauté élargie qui se sont dits être choqué.e.s que des professeur.e.s de l'Université d'Ottawa tentent d'éluder la question de la blessure et de l'offense et prétendent qu'il n'y a pas encore eu de débat suffisant.

Or c'est faux.

C'est un chemin très fréquenté. Des milliers et des milliers d'heures de travail ont été consacrées à nous apprendre que la langue est importante, et qu'elle l'est pour des raisons qui vont au-delà de la blessure. Nous croyons nos étudiant.e.s du BIPOC lorsqu’ils nous rapportent des expériences constantes et généralisées de déshumanisation vécues au sein de notre société, notre université et notre département. Cette lettre n'a rien à voir avec un désir d'apparaître progressiste ou de signaler nos vertus morales ; une incapacité à distinguer les émotions des étudiant.e.s de la recherche académique ; ou un rejet de la liberté académique. Nous choisissons plutôt de privilégier le bien-être de nos étudiant.e.s par rapport à la tentation titillante de prononcer un mot rendu indésirable, et ce à juste titre.

Re : Événements avec les étudiant.e.s pour “réfléchir respectueusement et échanger librement des idées”.

L'APUO appelle au débat, aux événements et au dialogue. Les étudiant.e.s, les collègues et les membres de notre communauté sont déjà activement engagé.e.s dans ce domaine sur les médias sociaux. Les médias sociaux sont, en fait, le moyen par lequel nous avons tou.te.s été informé.e.s au sujet des événements qui ont lancé cette discussion. Les étudiant.e.s ont réfléchi et échangé respectueusement des idées, mais l'APUO les a ignorer comme s’il.elle.s n’existaient pas.

***

"Any meaningful engagement or solidarity statement must specifically delineate how an organization will take direct action by engaging with critiques from Black scholars and students and other people of color whose experiences from within are shaped by racism. These discussions need to be reflective of how organizational members actively participate in anti-Blackness by silencing, gaslighting and pushing Black, Indigenous and people of color out for naming their experiences. They should also include specific plans for confronting deeply embedded anti-Black norms of “professionalization” and fit, while building accountability and transparency into institutional culture". (Sangaramoorthy and Richardson, 2020, accessed on Oct 19, 2020 https://www.insidehighered.com

 

Dear APUO, esteemed colleagues, and our students:

We, the undersigned, stand in solidarity with our BIPOC students and colleagues. We are writing to express our outrage over our colleagues’ use of their power and privilege to contribute to structures of systemic racism. This letter will be shared widely and addressed specifically to our colleagues at the Association of Professors of the University of Ottawa (APUO). We want to make it clear that the APUO did NOT consult with its membership nor did it represent the work nor integrity of those of us who are actively anti-racist, and actively engaged in a diversity of anti-racism initiatives on campus and beyond. We were outraged when the APUO abused its power as the representatives of a collective of university professors, with limited context and the absence of facts, drawing all of us into a position that served to silence and discredit the students who spoke out against ignorance and racism in their classroom.

Re: The State of Academic Freedom

The ‘state’ of academic freedom, indeed. Let’s look at that. As scholars of diverse and often controversial subjects, we take the notion of academic freedom seriously and share our colleagues’ belief in its centrality to the purpose of the university as a social and cultural institution. But what did our esteemed colleagues fail to address in the Quebec media and in the APUO letter to us?

Academic Freedom protects us not from our own ignorance, but rather protects us from those more ignorant than us. The purpose of academic freedom is to ensure that we, as scholars, can be free to pursue topics and subjects that might otherwise be anathema to state, economic, or other influence. Academic freedom is the ultimate reward of academia: we get to study, research, and teach topics that we are passionate or simply curious about, even if there is no obvious use for our work by our employers. Most of us try to do work that will make a contribution to social and intellectual life, but we get to keep our jobs even if it doesn’t.

Academic Freedom is not the same thing as freedom of expression (or, as Americans would say, free speech). Freedom of expression is the fundamental right of citizens in our democracy to speak out publicly about whatever we want and not face political or legal repercussions (so long as this speech cannot be reasonably seen to incite illegal actions). Freedom of expression does not guarantee anyone a job or the right to demand that people approve of what we express.

Regardless of the concern about “cancel culture,” “safe spaces,” or “political correctness” the n-word has not actually been made illegal. Anyone who wants to use the word can feel free to use the word. Go ahead. However, given the dialectical nature of racism and white supremacy, there will continue to be those who oppose the use of the word and confront those who insist on the right to use it. If one uses the n-word, given its history, one should be aware that, we, among others, will consider them a racist for using it. Just as we cannot legally prevent anyone from using the word, individuals cannot legally prevent us from thinking that they are racist, whether they want to be considered a racist or not. One cannot simply grant oneself license to use the n-word without critique, no matter how much one has read Fanon, or wants to pay homage to Senghor or Césaire.

From our perspective, the "n" word is perhaps the best known and most violent racial slur with great historical specificity. According to historian Dr. Elizabeth Stordeur Pryor, the history of the n-word dates back hundreds of years to the development of slavery. However, the word did not take on widespread usage until the 19th century when enslaved Black peoples of the United States were emancipated from slavery. As she points out, the word was created as a means to disempower and deny the emergent liberation of American Black people. To use the word is to perpetuate the circulation of a word who’s only purpose is to dehumanize Black people. Need we recall the violence of its use in a recent incident very close to us in Russell, Ontario?  

Re: Respectful and Fruitful Debate

Similarly, just because a colleague is interested in engaging in intellectual debates about a word by using the word, does not mean that they can control how students receive the word. Again, that colleague is free to blame them, suggest that their feelings are that of delicate snowflakes, or emblematic of a clientelist culture in which students are ever right, to paraphrase the title of an article by Isabelle Hachey in La Presse, but they cannot change the fact that they have hurt them.

We have heard from students individually and followed numerous threads on Twitter from BIPOC students and members of our wider community expressing shock that #UOttawa professors are trying to side-step the issue of hurt and offence and make a claim that there has not yet been sufficient debate.

No. Incorrect.

The treads on this track are well-worn. Thousands and thousands of hours of work have gone into teaching us that language does matter, and matters for reasons that go beyond hurt feelings. We believe the words of our BIPOC students who report consistent and pervasive experiences of dehumanization in our culture, in our university, and in our department. This letter is not about a desire to appear “woke” or signal our moral virtues; an inability to distinguish student emotion from academic inquiry; or a rejection of academic freedom. Rather, we choose to prioritize the well-being of our students over the titillating temptation to utter a word rightly made taboo.

Re: Events with students to “respectfully reflect and freely exchange ideas”

The APUO calls for debate, events, and dialogue. Students, colleagues, and members of our community are already actively engaged in this very thing on social media. Social media is, in fact, how we all learned about the events that set this specific discussion in motion. Students have reflected and respectfully exchanged ideas, but the APUO sidesteps this as though it doesn’t exist.

Sincerely,

Phyllis L. F. Rippey, Ph.D., School of Sociological and Anthropological Studies
Willow Scobie, Ph.D., School of Sociological and Anthropological Studies
Karine Vanthuyne, Ph.D., School of Sociological and Anthropological Studies
Mireille McLaughlin, Ph.D., School of Sociological and Anthropological Studies