Pétition fermée

Rassemblons-nous pour nos enfants : soutenez notre combat pour la protection de l'enfance

Cette pétition avait 585 signataires


Prise en charge trop tardive, réponse non-appropriée, placement précipité : la protection de l’enfance est en danger. Face au mal-être de la profession et aux dysfonctionnements en série du secteur, réagissez !

Ensemble, contribuons à alerter notre classe politique et le grand public à propos d’un secteur qui souffre. Comment souhaitez améliorer la société sans se soucier, avant tout, des enfants qui en ont le plus besoin ?

Nous avons décidé d’alerter, par courrier, le Président de la République, les candidats à la présidentielle, la Ministre des affaires sociales et de la Santé, les président des conseils départementaux, les députés et les sénateurs.

Vous aussi, soutenez notre démarche et aidez-nous, d’un clic, à alerter les pouvoirs publics !

Vous aussi, battez-vous pour une meilleure protection de l’enfance !

 

Voici notre lettre : 

 

            Monsieur le Président, Madame la Ministre, Mesdames, Messieurs les élus,

            Jeunes assistants de service social, nous travaillons tous les deux dans deux structures en lien direct avec la protection de l’enfance.

            Nous avons conscience de la quantité de courriers que vous et vos conseillers recevez chaque jour. Seulement, aujourd’hui, nous ne pouvons plus retenir notre plume. Nous souhaitons ainsi vous faire part de nos inquiétudes quant à la situation du travail social, et plus particulièrement celle de la protection de l’enfance. Notre démarche est apolitique,  sans aucune étiquette militante ou associative, notre unique objectif est d’ouvrir un débat qui nous préoccupe et qui concerne nombre de nos concitoyens.

En effet, le secteur social n’apparaît que très rarement dans l’actualité politique et médiatique. Ceci vient nous confirmer le fait que nos professions ne sont absolument pas reconnues et valorisées par vous, vos confrères et les médias. Nous ne voyons quasiment jamais d’homme politique en visite dans un service social de polyvalence ou à l’Aide Sociale à l’Enfance (ASE ; anciennement DDASS), ce qui nous semble refléter  un manque d’intérêt pour le social et  pour les besoins réels des français.

Ce manque d’intérêt engendre et légitime une non reconnaissance des besoins financiers, humains, matériels et de formation. Cette mise à l’écart, cette dévalorisation des compétences et de l’utilité des travailleurs sociaux, cette baisse constante des moyens, aboutissent trop souvent à un mal-être des professionnels, parfois même à une impossibilité d’agir. Ce qui a de graves répercussions vis-à-vis des personnes accueillies tant la tension des institutions peut aboutir à des dysfonctionnements pouvant aller jusqu’à de la maltraitance. L’accueil des personnes « à la chaîne » par des professionnels qui ne peuvent dépasser un nombre de minutes précis pour leurs entretiens, des réponses tardives voire inexistantes aux demandes, une impossibilité de joindre par téléphone les services sociaux et/ou leurs partenaires, sont autant d’exemples qui tendent à prouver que la situation du social s’aggrave très dangereusement.

 

Les professionnels victimes de cette tension n’ont parfois ni le recul, ni le temps nécessaire pour exercer leur métier dans de bonnes conditions. Ils peuvent ainsi avoir un discours, voire une posture maltraitante contre leur volonté première, parfois bousculant leurs valeurs. Ce type d’attitude professionnelle est induit par l’organisation interne de plus en plus déshumanisée de nombre d’organismes et d’institutions œuvrant dans le secteur social. Ceci est révélateur du climat politique national valorisant l’économie au détriment de toutes les valeurs républicaines humanistes, et plus particulièrement la solidarité.

 

La situation particulièrement dramatique de la protection de l’enfance aujourd’hui en France en est l’illustration parfaite. Il est très rarement possible, voire impossible, pour les professionnels de l’ASE de prendre le temps nécessaire à l’évaluation des informations préoccupantes (ou dans le langage courant : signalements) et au bon accompagnement des familles suivies par l’ASE. Et même lorsque les professionnels peuvent prendre le temps nécessaire, il est souvent extrêmement difficile de faire un travail de qualité faute de moyens institutionnels adaptés aux besoins des personnes accueillies, à leurs problématiques et aux besoins des professionnels les accompagnant (formation, supervision, instances de réflexions).

 

Quelques exemples de nos jeunes carrières viennent malheureusement démontrer toutes ces dérives. En effet, concernant les évaluations de situations où des enfants sont potentiellement en danger, les professionnels de l’ASE et d’autres services mandatés pour ces évaluations ne peuvent élaborer un vrai travail et peuvent ainsi se montrer maltraitant, bien malgré eux. La situation de Lili[1], petite fille de 3 ans, et de sa sœur de quelques mois, signalées à l’ASE comme étant potentiellement sujettes à des violences physiques, en est un parmi tant d’autres. La professionnelle en charge de l’évaluation n’a pas pu réaliser un diagnostic abouti de cette situation suite au signalement et n’a pas eu d’autre choix que de prioriser en « attendant la prochaine alerte », nous a-t-elle dit. La petite fille s’est donc retrouvée placée quelques semaines plus tard avec sa sœur, l’école ayant découvert de nouvelles traces de coups et des cicatrices de cigarettes éteintes sur ses bras. 

Concernant la prise en charge des enfants reconnus en danger, la situation d’Enzo, 14 ans en est un autre exemple. Cet adolescent souffrant de problèmes psychiatriques a commis des agressions sexuelles sur ses jeunes frères et sœurs. Malgré le fait que la mère ait informée l’ASE et le CMP (Centre Médico-Psychologique) qui suivaient Enzo, le danger pour l’ensemble de la fratrie n’a pas été géré correctement : Enzo est resté à la maison pendant plusieurs mois, risquant ainsi de réitérer ses actes. Ceci faute d’un travail approfondi pour lui trouver un lieu de placement adapté.

Harry, 3 ans ½ a été victime lui aussi d’une mauvaise prise en charge par les services de protection de l’enfance. Il a été placé en urgence suite à un accident domestique mal pris en charge par la famille. Pendant plusieurs mois, ce jeune enfant n’a eu aucun lien avec sa famille (même téléphonique) sans aucune raison. Il finira par revenir au domicile, 1 an plus tard, avec des troubles encore plus importants qu’avant le placement.

Outre ces dérives particulièrement dramatiques, et malheureusement assez répandues aujourd’hui, nous dénonçons aussi le climat global qui règne dans notre pays. Celui-ci nous semble de plus en plus intolérant, discriminant et violent dans toutes les sphères publiques et privées de notre société. La méfiance de l’autre s’insinue elle aussi dans le secteur socio-éducatif. Ce qui vient impacter les orientations données au travail social, et amenant un déclin du travail de prévention pourtant nécessaire à notre avenir.

En effet, si le travail de prévention a des vertus bénéfiques à l’instant présent pour les personnes rencontrant des difficultés, il a bien évidemment aussi des répercussions sur leur futur, ainsi que de leurs quartiers, leurs villes, et donc toutes les sphères de la société. Il est vrai qu’il est parfois difficile de démontrer les effets positifs de la prévention, mais toutes les études prouvent son bienfait tant sur le plan social qu’économique sur le long terme. Un jeune qui se détourne de la délinquance grâce à l’accompagnement d’un éducateur de rue coûtera moins cher à la société que celui qui n’a pas pu bénéficier de cette prise en charge et qui est aujourd’hui en détention.

Face à de tels constats, aussi dramatiques et malheureux soient-ils, nous demandons que les autorités compétentes ouvrent un vrai débat avec les acteurs et les professionnels du travail social. Nous réclamons donc que des propositions fortes et constructives émanent de ce dialogue, qui devra être entrepris le plus rapidement possible. Ceci afin de limiter les dégâts qui proviennent d’un discours et d’une politique délétère.

Nous comptons donc sur vous, Mesdames et Messieurs les politiques, pour réagir avant qu’il ne soit trop tard. Le travail social doit s'améliorer mais nous ne pourrons rien faire si les politiques ne sont pas porteurs de valeurs humanistes.

Vous ne pourrez pas dire que vous ne saviez pas... !

 

 

Benoît GILLOUARD, Katell FONTAINE


[1] Par soucis de confidentialité, tous les prénoms ont été modifiés.

 



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