#SortirHeidegger, penseur nazi, de la liste des philosophes recommandés en Terminale

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Je m'appelle Vincent Cespedes, j'ai 46 ans, et je suis l'heureux papa de trois enfants encore bien loin de la classe de Terminale (6 ans ½, 5 ans, 8 mois). J'ai été professeur de philosophie durant cinq ans ; je me consacre désormais à l'écriture de livres de philosophie et d'articles, à mes conférences et master classes. La vie d'un intellectuel sans chapelle, mais avec des convictions. Notamment celle-ci : le racisme, la haine de l'autre, a fortiori le nazisme (antisémitisme génocidaire) n'ont rien à voir avec la philosophie – recherche de la sagesse, du dialogue constructif et de l'harmonie entre les êtres humains.

Durant ma formation en philosophie à la Sorbonne, certains professeurs évoquaient Martin Heidegger avec passion. Il faut dire que ce penseur a influencé des philosophes français de renom, juifs et non-juifs : Jean-Paul Sartre, Emmanuel Lévinas, Jacques Derrida – pour ne citer qu'eux. J'ai toujours eu une répulsion pour ses thèses et son style alambiqué, et surtout pour son passé nazi, mais il fait partie du « bagage » qu'on se doit de connaitre, ne serait-ce que pour répondre à certaines interrogations d'un public averti. À de rares occasions, il m'arrivait donc de mentionner des points de doctrines sur l'art ou la vérité...

Trois électrochocs ont fini par me convaincre que cet auteur ne doit plus recevoir le plébiscite de l'État français pour l'enseignement de la philosophie, et notamment au lycée.

1. La parution en 2005 du livre d'Emmanuel Faye, Heidegger, l'introduction du nazisme dans la philosophie : un livre qui fait date et référence, et montre que Heidegger a volontairement introduit la vision du monde national-socialiste dans sa pensée, centrée sur la grandeur de la « Patrie » allemande (mot qu'il cryptait par le mot « Être », avec le succès que l'on sait...).

2. Le début de la publication des « Cahiers noirs » de Heidegger, en 2014 (publication post-mortem voulue par celui-ci), où le caractère foncièrement nazi de sa pensée est enfin parfaitement avéré. Les ennemis sont explicitement désignés : les juifs. L'œuvre antérieure peut enfin être décryptée. Et elle se révèle monstrueuse : un antisémitisme d'extermination. Depuis ce deuxième électrochoc, j'ai sorti Heidegger du rayon « philosophie » pour le ranger au rayon « théoricien nazi » dans ma bibliothèque intérieure...

3. Ce qui réactiva en moi le dégout pour la pensée nazie de Heidegger fut anecdotique. La révélation des écrits et des dessins antisémites et négationnistes de l'écrivain et animateur Yann Moix, fin août 2019, alors qu'il surjouait un philosémitisme sans faille. Une amie me fit parvenir une vidéo : un colloque en 2015, « Heidegger et "les juifs" », où le Tartuffe ose identifier la pensée du nazi Heidegger et la pensée juive ! En explorant les interventions de ce colloque chapeauté par Bernard-Henri Lévy, je suis sidéré par la volonté des intervenants de sauver le penseur nazi, « malgré tout ». Je m'empare alors du « dossier » sérieusement, et je découvre l'ampleur de l'ancrage institutionnel de l'heideggérianisme en France...

Les étudiants de philosophie ont tout le temps d'étudier Heidegger, puisque des professeurs continuent de le fétichiser, que Luc Ferry en 2003 (alors ministre de l'Éducation nationale) l'a maintenu au programme de l'agrégation, et que l'École Normale consacre aujourd'hui encore des journées d'études à sa dévotion.

Mais au lycée ?! Pour le premier contact des élèves avec la philosophie ?! Recommander officiellement cet auteur nazi, à la pensée nazie, dans la liste des héros de la philosophie, aux côtés de Montaigne et de Descartes ?! C'est symboliquement honteux, contre-productif et dangereux, à l'heure où le confusionnisme d'extrême droite se diffuse intensément sur les réseaux, où l'antisémitisme tue, et où les jeunes ont plus que jamais besoin d'être formés à pouvoir lutter contre les obscurantismes !

C'est pourquoi monsieur Jean-Michel Blanquer, mesdames Frédérique Vidal et Souâd Ayada, en vos qualités de Ministre de l'Éducation nationale, de Ministre de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation, et de Présidente du Conseil supérieur des programmes, je vous demande de sortir Heidegger de la liste des auteurs recommandés au programme de philosophie pour le lycée.

Parents d'élèves, professeurs et acteurs du monde éducatif, amoureux de la philosophie et de la culture : signez cette pétition et partagez-la massivement ! En ces temps déboussolés, il en va de notre avenir intellectuel !

Vincent Cespedes