

Interview de Lola Martin (LM) et de son conjoint Yoan A. (YA)
Rédacteurs et gestionnaires de la pétition
Propos recueillis par Romain D.-V. (RDV)
soutien@neko-montparnasse.org
Avant-propos:
Yoan, dirigeant dans une entreprise spécialisée dans la communication digitale, et son ami Romain, journaliste intervenant dans l'entreprise de Yoan, refusent toute récupération de l’affaire Neko à leur faveur, peu importe la manière. En conséquence, leurs noms de famille ne figurent donc pas en entier de manière à ce qu'ils ne bénéficient pas d'une publicité gratuite.
Résumé:
Dans cette interview, Lola et Yoan reviennent sur l’origine de la médiatisation de « l’affaire Neko ». Ils s'expliquent sur la création de la pétition, sur leur relation avec les animaux et sur la tournure ainsi que les suites de la pétition. Ils profitent de l'Interview afin d'appeler à un discernement sur le comportement des agents SNCF; la plupart condamnent l'attitude, les propos et l'inaction des chefs de bord du TGV 8551 du 2 janvier 2023, lesquels bénéficiant de la présomption d'innocence au même titre que la SNCF visée par des plaintes.
Merci à Yoan de s’être rendu disponible malgré un agenda chargé dans le cadre d'un déplacement professionnel avec un décalage horaire.
RDV : Présentez-vous-en quelques mots.
LM : Je m’appelle Lola Martin, j’ai 26 ans, je suis en couple avec Yoan depuis 2020 et je suis enceinte de cinq mois. Actuellement, je suis Community Manager et créatrice de contenus digitaux dans l’entreprise de mon conjoint. Je suis passionnée par le digital et par les nouvelles technologies. Et les animaux aussi, c’est évident (rires)
YA : Yoan, 28 ans, je suis co-dirigeant d’une entreprise moyenne en pleine croissance spécialisée dans la communication digitale. J’ai joué au Rugby pendant mes études, je fais encore quelques matchs entre amis. Nous vivons, Lola et moi, ensemble dans une grande maison à la campagne ! Et partageons notre passion commune pour le digital et… pour les animaux, naturellement.
RDV : Comment tout a commencé ?
YA : D’abord, je souhaite préciser que l’histoire de Neko n’appartient qu’à Georgia et sa fille Melaïna. Il est hors de question pour nous de la récupérer d’une manière ou d’une autre. Le 17 janvier dernier, l’un de mes associés, et ami dans la vie, est tombé sur le post de Georgia (mise à jour le11/06/2023: inaccessible depuis la suppression de la communauté SNCF Voyageurs) sur la page de SNCF Voyageurs. Il fut l’un des premiers à l’avoir commenté et à émettre un avis sur la situation. Je me permets de préciser qu’il était auparavant salarié à la SNCF, avant de travailler à mes côtés à temps plein. Il a suggéré à Georgia de déposer plainte et m’a alerté sur ce post. On a rapidement pris contact avec Georgia. Elle était totalement démunie, désemparée. Et j’étais pour ma part scandalisé par ce qui lui était arrivé. J’ai beau être un gaillard, j’ai versé quelques larmes de tristesse et de rage. Je ne pouvais rester sans rien faire. Nous avons proposé à Georgia de faire médiatiser l’affaire pour qu’elle obtienne au moins une réponse de la SNCF et que son histoire ne tombe pas dans l’oubli. Elle a accepté. Et tout le monde connait la suite !
LM : Yoan était vraiment triste et en colère. Il me disait qu’il aurait vraiment aimé être sur place, à Paris Montparnasse ce soir là pour donner une bonne leçon de morale aux contrôleurs, et pour s’opposer totalement au départ du TGV avant que l’irréparable ne se produise. Sur le post de Georgia, on a vu quelques commentaires abondant dans ce sens. Et des cheminots ont commenté en se disant scandalisés. On a compris que quelque chose de vraiment anormal s’était passé.
RDV : La pétition a été lancée le 20/01/2023 par Lola. Comment, et dans quel contexte ?
LM : Je n’en suis pas vraiment à l’origine. Il se trouve que Yoan fréquente, grâce à son ami et associé qui a donc travaillé à la SNCF, quelques cheminots. Au départ, un cheminot fréquentant justement son associé voulait rédiger et publier la pétition. Mais il est soumis à un devoir de déontologie, et il aurait pu avoir de sacrés ennuis avec sa direction. Alors, en fin d’après-midi, l’idée est venue de me proposer la signature et la gestion de la pétition, Yoan a refusé de se mettre en avant par pudeur et pour ne pas bénéficier d’une pub gratuite à partir de son nom de famille. Et tout ça demande du temps. Le contexte ? Tout simplement la forte médiatisation de ce que l’on appelle pudiquement l’affaire Neko, sans plus de précisions car il est inutile de rajouter des détails.
YA : En fait, c’est ce cheminot qui a rédigé la pétition, enfin un brouillon pour commencer. Il a pu utiliser des termes aussi techniques qu’accessibles, en commençant par bien se renseigner sur le numéro du TGV, il y’en avait en fait deux, un pour Hendaye et Tarbes jusqu’à Dax. J’ai peaufiné les détails en usant d’une technique de communication appropriée pour alerter pudiquement, susciter la lecture et la signature de la pétition. Et je suis très agréablement surpris du résultat puisque la pétition atteint des records inattendus.
RDV : Vous avez dû mettre en place une organisation spécifique ?
LM : Oui, rapidement ! Les signatures et les commentaires affluaient de plus en plus. Durant le week-end, j’ai rajouté Yoan en cogestionnaire. Et puis toi Romain. Et puis nous avons constaté que des signataires laissaient des messages de soutien dans les commentaires. Impossible de tout lire et de tout suivre ! L’idée de créer une adresse mail au moins temporaire (mise à jour: soutien@neko-montparnasse.org) est arrivée lundi. Je n’ai pas réfléchi sur le long terme. Et puis on a reçu énormément de mails. Tellement que rapidement, Yoan, qui est en déplacement d’affaires (ndlr : Yoan s’exprime en visio depuis l’étranger) a accepté de mobiliser une de ses salariés, une de mes collègues donc, gracieusement pour trier, traiter et répartir les mails. Tu as été associé à ce travail, Romain, et je remercie ton petit frère de s’être joints à nous aussi, car on reçoit un volume de mails impressionnant. On fait un peu office de secrétariat bénévole.
YA : Je veux avouer que la salariée que j’ai sollicité le fait en partie sur son temps de travail, et je l’assume sans demander aucune contrepartie. On ne demandera jamais d’argent, si quelqu’un vous en demande en notre nom, refusez ! Je ne mérite rien, je ne demande rien, Lola non plus, et les autres non plus. On fait ça pour Neko et pour ses maitresses endeuillées. On a développé un vrai réseau, il faut en profiter pour changer les choses. On a cet outil, on a des compétences. Utilisons-les.
RDV : A quoi sert cette adresse mail ?
LM : A la gestion de la pétition et surtout à recevoir des mails de soutien pour Georgia et Melaïna. On ne reçoit quasiment que de ça !
YA : Oui, c’est impressionnant le nombre qui arrive sur la boite mail.
RDV : Vous êtes donc en contact avec elles ?
LM : Oui, totalement. Et on leur transfère seulement les mails chaleureux, bienveillants, réconfortants. Il y’a parfois de beaux mails qui sortent du lot. Cependant, nous ne donnerons jamais son adresse mail à n’importe qui, car elle pourrait être débordée par les mails, et recevoir des mails pas très sympathiques on va dire. On demande aussi des avis à Georgia pour les suites, on commence à lui donner les idées que l’on a pour que ça bouge. Mais chaque chose en son temps, comme le dit Yoan, on a un réseau, des outils et des compétences. On va les utiliser posément, de manière réfléchie.
RDV : Comment gérez-vous les mails ?
LM : Régulièrement, on s’assure de ne pas avoir reçu de mails « officiels », car qui sait ? La SNCF peut nous contacter au sujet de la pétition, ou cherche peut-être à contacter Georgia. Mais les miracles sont rares (rires) Ensuite, on lit les mails et on écarte d’office les mails disons odieux. Et on en a reçu pas mal ! Des reproches sur leur attitude, des propos vraiment horribles qu’on ne peut lire jusqu’au bout… Ces mails sont détruits. Les autres mails sont lus et triés par pertinence. Je dois avouer que l’on ne pourra pas tous les envoyer à Georgia, à moins de saturer sa boite mail ! Alors on fait d’abord une sélection parmi les mails qui sortent du lot. On lui en a transféré quelques-uns, puis on transférera les autres par petits lots pour ne pas encombrer sa boite mail. Sinon, ce que l’on peut faire mais il faut en parler avec Yoan, c’est les imprimer et lui envoyer par La Poste, mais on verra.
YA : Je veux juste préciser une chose, on ne s’exprimera jamais à la place de Georgia, à moins qu’elle souhaite que l’on passe un message pour elle. Et on ne donnera aucune précision sur les poursuites judiciaires de sa part, si du moins elles existent. Inutile donc de nous demander des informations à ce sujet. Pour l’envoi par La Poste à nos frais, je suis partant, on en reparlera. On peut aussi monter une vidéo, on est équipés. Les idées me viennent petit à petit (rires)
RDV : Le rôle de Yoan est un peu de gérer la partie juridique si je comprends bien ?
YA : Oui, en quelques sortes. Les choses prennent une grosse ampleur, on touche plus de 64000 personnes maintenant. L’Interview va atterrir dans autant de boites mails. On a une audience énorme. Il faut faire attention à pas mal de choses. Surtout qu’une plainte a été déposée par une association, 30 millions d’amis. On ne voudrait pas causer de torts à la procédure.
RDV : Vous recevez des propositions d’actions ?
LM : Oui ! Il y’a des signataires (ndlr : les plus de 64000 signataires – à ce jour – reçoivent toutes les publications associées à la pétition par mail) qui nous proposent choses diverses et variées. Mais pour l’instant, on pense se concentrer sur le plus urgent. Et on parlera de la suite à Georgia. Là, elle n’attend qu’une chose : que la SNCF prenne contact avec elle. Notre priorité sera de réveiller la SNCF, son service communication et service clients. Ensuite, notre action, c’est de demander à la SNCF qu’une affaire Neko ne se reproduise pas. On va mener une campagne dans ce sens, et alerter les médias si il le faut pour que la SNCF daigne enfin de prendre attache avec-elle.
YA : Je veux juste donner un petit avis sur le comportement de la SNCF : indécent ! Leur service communication et leur service clients ne sont pas à la hauteur. Sont-ils débordés par l’ampleur de l’affaire ? C’est vrai, le retentissement est énorme. On voit encore des internautes mettre des commentaires sur Neko sur le moindre post de la SNCF, et sur leur page Facebook. Je crois qu’ils sont mal à l’aise. On va les faire réagir, d’une manière ou d’une autre. Pour Georgia, sa fille, et Neko. On dispose d’un véritable outil de communication massive maintenant pour que ça bouge. Et comme je l’ai dit, on a un vrai savoir faire en matière de communication. La cause animale est un sujet qui touche des gens à la fois sensibles et déterminés. Ils ne lâcheront rien, ils resteront toujours attentifs aux actualités de la pétition.
RDV : Vous êtes donc sensibles à la cause animale…
LM et YA : OUI !
LM : Je suis très sensible et très émue par les animaux. Et je suis vraiment très en colère contre les personnes qui leur font du mal. Un animal est un être vivant à part entière. Ils ont des droits. Ils nous apportent quelque chose, de l’amour, de la fidélité, de la tendresse. Je les respecte tous autant qu’ils sont.
YA : J’ai grandi en Lozère, en pleine campagne, entouré par des animaux divers et variés. Chez mes parents, y’en a encore plein. Des chats « domiciliés », des chats « errants » qui viennent quelques jours de temps en temps. Des chiens. Des poules. Deux poneys… Tous les animaux sont les bienvenus. Quand j’étais petit, j’aimais sauver les oiseaux blessés. Avec mes petits frères on allait soigner, ou faire semblant de soigner du moins (rires) les chèvres et les vaches de nos voisins. On faisait la traite.
RDV : Vous avez des animaux donc !
LM : J’ai mon lapin Carotin et mon cochon d’Inde Harry. Ils ont un peu à Yoan aussi, puisqu’ils vivent chez-lui tout comme moi (rires) J’ai eu une chienne quand j’étais petite. Je m’étais attachée à elle, elle a grandi avec moi. C’était une Terre Neuve. Elle est partie quand j’avais 16 ans, elle en avait 15. J’étais triste et je n’ai jamais été aussi triste de ma vie que le jour où elle est partie.
YA : En 2019, en Lozère, j’ai sauvé une petite chatte de quelques mois chez des amis à ma grande-sœur. Elle était battue, méprisée, insultée et enfermée dans de petites pièces. Quand Mégane m’en a parlé, j’ai dit que j’allais intervenir, et j’ai pris la voiture pour m’y rendre. J’ai vu cette petite femelle terrorisée, et j’ai dit « puisque vous la maltraitez, je l’emmène avec moi ! » Et la fille m’a jeté les sacs de nourriture, la litière en me disant de « prendre cette chose inutile », j’ai failli devenir fou face à tant de mépris envers un animal. La petite chatte s’est ruée dans mes bras et me regardait comme si elle me suppliait de la prendre. Je l’ai prise avec moi, je l’ai faite examiner et je l’ai ramenée chez-moi. J’ai décidé de l’appeler Cannelle, car elle a la couleur de la Cannelle tout simplement, j’avoue que ce n’était pas l’année des C, mais elle n’avait pas de prénom. Et depuis, elle est heureuse, très heureuse avec moi. Je lui offre tout l’amour qu’elle mérite d’avoir, et qu’elle n’a pas eu avant. Et elle me le rend très bien, je l’aime même quand elle joue avec les draps la nuit (rires) ou quand elle me ramène de gros mulots dans la maison (rires, dégout sur le visage de Lola) En 2020, j’ai adopté un adorable labrador qui était dénutri, méprisé, triste ! J’ai pleuré. Il est encore très chétif, il s’appelle Nestor. C’est mon beau petit pépère adoré. Mon protégé. Mais il était vraiment triste tout seul en tant que chien, alors depuis une semaine, il a un nouveau compagnon prénommé Poncho. C’est un magnifique colley qui était battu comme pas possible ! Son histoire m’a révolté. Je suis capable de faire énormément de mal aux gens qui font du mal aux animaux. D’ailleurs, quand j’ai acheté la maison dans laquelle on est, mon voisin, très peu accueillant, lançait des pierres, cailloux ou déchets pour apeurer Cannelle et Nestor. J’étais hors de moi. A plusieurs reprises, Lola m’a retenu, et des amis sont venus pour apaiser les tensions. Mon beau Poncho, je l’ai récupéré dans un refuge. Il prend petit à petit ses marques, et s’entend très bien avec Cannelle et Nestor. Il a l’air rassuré d’être tombé dans une maison où on prend bien soin de lui. Mon but : donner tout l’amour que j’ai en moi à mes animaux, et à Lola aussi (rires) Les animaux sont des êtres vivants, ils ont une âme, un ressenti et sont de très bons compagnons. Ils ont des réactions inattendues mais toutes aussi merveilleuses les unes que les autres. Ils sont à aimer.
RDV : Qu’est-ce qui a particulièrement touché Yoan dans l’histoire de Georgia au point de proposer la médiatisation ?
YA : Comme vous l’aurez compris, j’adore les animaux. J’ai vraiment été mal, très mal face à ce récit. Tant d’inhumanité des contrôleurs face à Georgia et sa fille m’ont mis mal à l’aise. J’en ai eu les larmes aux yeux. Comment est-ce possible d’être aussi inhumain et cruel, et dire « ce n’est qu’un chat ? » Dans quel monde on vit (émotion dans la voix de Yoan) La loi a évolué en 2015. Pas la SNCF apparemment, si l’on s’en tient au récit de Georgia. Son histoire m’a rappelé un fait qui m’est arrivé avec Nestor fin 2021 dans un train express régional.
RDV : Que s’est-il passé ?
YA : Ce jour-là, j’ai décidé d’aller voir un ami à une heure de TER de chez-moi. Il voulait voir mon fidèle Nestor, mon chien tout chétif, tout inoffensif et adorable comme tout. J’adore marcher avec lui. Alors, nous sommes allés à la gare à pied, il y’a une vingtaine de minutes de marche. Et j’adore filmer les balades avec mon chien à l’aide de ma GoPro discrètement mise sur mon manteau, un peu en mode caméra cachée. Nestor avait son billet à 50%, et sa muselière. Quand je suis monté dans le train régional, j’ai emprunté la porte où se trouvaient les quatre contrôleurs, on m’a dit plus tard que c’était une brigade de contrôle. Je leur ai dit bonjour en souriant, et j’ai vite vu qu’ils étaient dérangés par la présence de mon chien. Comme Nestor a un problème de santé, il a besoin de boire après avoir marché. Je suis tout de suite allé dans les grandes toilettes du train régional, j’ai retiré mon sac à dos et j’ai sorti son écuelle. J’ai versé de l’eau et retiré sa muselière. Hélas, je n’avais pas fermé la porte.
RDV : Pourquoi hélas ?
YA : J’ai eu la confirmation qu’ils n’aimaient pas les chiens. Mes contacts SNCF ou ex-SNCF m’ont plutôt parlé d’une envie de se défouler sur un jeune à la bouille toute gentille et sur son chien inoffensif. Les quatre m’ont bloqué la sortie des toilettes, car le chef de la bande a hurlé « il a retiré la muselière à son clébard ! Il va nous mordre ? » pendant que l’autre me criait de remettre la muselière à mon « clébard » Je ne comprenais pas leur comportement, ils bloquaient la porte mais avaient peur de mon chien ? Etant très paisible, je leur ai dit qu’il buvait juste. J’ai proposé de fermer la porte, et ils se sont totalement énervés. J’ai beau avoir une tête de gentil, mais je sais m’imposer. Alors, face à ma réaction, deux des quatre se sont lâchement éloignés. J’avais encore mon manteau et ma GoPro tournait encore. Des passagers à proximité ont commencé à prendre ma défense, mais ils (les contrôleurs) criaient qu’ils étaient agressés ! Nestor commençait à pleurer à gorge déployée, il avait très peur, il aboyait comme il n’avait jamais aboyé. « Il va nous mordre son clébard, fous lui un PV, on appelle la police » a dit l’un. J’ai apaisé le conflit moi-même, un comble ! Mais j’étais ferme et immobile sur mon mécontentement, ma colère. Nestor pleurait et me montait à moitié dessus. Parfois, il allait au fond des toilettes. J’ai dit « OK, voilà ma pièce d’identité, mais on n’en restera pas là » Les deux sont devenus agressifs et m’ont menacé de garde à vue, ont recommencé à dire qu’ils étaient agressés. Une dame et son fils criaient « c’est pas vrai, il est gentil le jeune avec son chien » et un homme filmait, ce qui a déplu aux contrôleurs qui ont commencé à s’en prendre à lui. J’ai dit à l’homme de ne pas filmer, et une dame a dit qu’il y’avait des caméras dans le train. Mais ça, je savais que la SNCF ne les utiliserait jamais contre des salariés qu’elle protège. Et je savais surtout que ma GoPro filmait encore, et enregistrait tout. Le plus agressif m’a mis un PV et m’a dit que la police ferroviaire allait venir me faire descendre. J’ai dit « pas de problèmes, je les attend, je suis clean » Il m’a menacé de garde à vue, j’ai affirmé ma position en disant que ça n’en resterait pas là. Ils sont descendus dans la gare principale suivante, et plus rien. J’étais désormais seul avec mon Nestor qui pleurait, qui était terrorisé. Des gens sont venus me réconforter, j’ai sauvegardé l’enregistrement et j’ai rassuré les gens en disant qu’ils étaient mal tombés ces quatre contrôleurs, enfin les deux puisqu’il y’avait deux lâches en voyant ma réaction défensive mais calme. Nestor était très angoissé dans le train. Et il n’a même pas pu remonter dans le train au retour. Mon ami m’a reconduit en voiture, 1h15 de route quand même. Et depuis, Nestor n’est plus jamais remonté dans un train. Il a très peur quand on prend le chemin allant vers la gare ou quand il entend un train. Je suis encore en droit de mener des poursuites, j’ai évidemment précieusement gardé la vidéo.
RDV : Il y’a eu des suites ?
YA : Oui ! Mon associé m’a donné une combine pour prouver que les agents SNCF ne montrent pas le bon exemple avec le port de la muselière chez les chiens dans les trains. Et puis un contact journaliste a écrit à la direction de la communication locale de la SNCF, ou je ne sais plus. Il leur a envoyé le film en disant qu’il préparait un article sur ce qui m’était arrivé et qu’il allait diffuser des extraits en floutant le visage. Bingo ! Effrayée par la polémique, la direction SNCF m’a appelé même pas 24h après, j’ai eu des excuses à la pelle. On m’a effacé le PV et offert un bon d’achat SNCF. Et j’ai appris plus tard qu’il y’avait eu des sanctions.
RDV : Que penser du comportement des agents SNCF vis-à-vis des animaux ?
LM : Je pense que la SNCF a tellement d’agents, de salariés qu’il n’est pas vraiment possible d’éviter les écarts de comportement. Il y’a autant de salariés que de personnalités. En plus, le management semble hésitant si l’on se fie à ce que nos fréquentations de la SNCF nous disent. Il faudrait quand même que les mentalités évoluent toutes.
YA : Oui, ils ne sont pas loin de 130000 je crois, dont 8000 à travailler dans les trains. J’ai l’occasion de discuter avec des cheminots, avec qui j’échange surtout par Facebook sur les posts de mon associé qui était donc à la SNCF avant. D’abord, ils se disent tous choqués par l’attitude des contrôleurs qui s’en sont pris à mon chien et à moi en 2021. Ils sont aussi tous ulcérés par cette histoire survenue à Montparnasse. D’autres situations navrantes ont été évoquées. Globalement, c’est comme pour tout : ils se comportent bien. Ils n’attendent pas une initiative, une procédure dictée par leur direction pour agir en cas de besoin, ni même pour se montrer bienveillants avec les animaux. On retient facilement le négatif, j’ai quand même envie de dire que dans la majorité des cas, les agents SNCF se comportent bien avec les animaux, ils sont plutôt bienveillants. Ne les oublions pas. Et je répète que cette majorité condamne fermement l’attitude des agents SNCF inactifs dans le cas de Neko, ou de tout agent SNCF qui fait tache avec leur comportement, que ce soit animaux, attitude envers les clients, etc… Ne les mettons pas tous dans le même panier. Et j’en profite pour demander à chaque signataire de modérer ses propos dans les commentaires, et de ne pas incriminer l’ensemble du personnel de la SNCF qui condamne, je le redis pour que ce soit clair, majoritairement le comportement de leurs collègues abjects avec les animaux.
RDV : Et les réactions déplacées des agents SNCF ?
LM : Par rapport à l’affaire Neko, nous sommes témoins de commentaires totalement abjects de la part d’agents SNCF. Et comme je le disais lors de la précédente publication, il y’en a même qui envoient, avec leur adresse mail professionnelle (ndlr : ce n’est pas malin) des mails odieux avec des détails horribles qui ne se pensent même pas, à moins d’avoir un problème dans la tête. Mais ça s’est calmé depuis la précédente publication.
YA : Il y’a, sur les réseaux sociaux, des posts et des commentaires de cheminots qui sont vraiment désolants, plutôt niais. Fermés d’esprit aussi j’ai envie de dire. Par exemple on nous montre ou on nous envoie des posts qui circulent dans un groupe « Je bosse à la SNCF et j’assume » où la majorité des intervenants se moquent stupidement de la médiatisation de l’affaire Neko. Ils donnent aussi des détails abjects. Ils ne comprennent pas ce qu’il y’a de grave en réalité. Seulement, sont-ils ancrés dans la réalité ? Sont-ils vraiment niais ? Ou sont-ils tout simplement fermés d’esprit, étouffés par le fonctionnement rétrograde de leur entreprise ? Sur Twitter, une véritable brigade d’agents SNCF s’emploie à répondre méchamment à toute personne qui prend part en faveur de Georgia. D’autres agents SNCF rejettent constamment la faute sur Georgia et sa fille. L’attitude et les propos de ces agents SNCF ne donne pas une bonne image du tout de leur entreprise (ndlr : e-réputation) et de leur corporation, et est contraire à la déontologie, à l’éthique imposée par leur entreprise. Néanmoins, là encore, il s’agit d’une minorité d’agents SNCF, condamnés par l’autre majorité d’agents SNCF, bien plus ouverts d’esprit. Et je préfère personnellement retenir ceux-là, ceux qui évoluent, qui sont matures, qui sont conscients de la gravité des faits survenus à Montparnasse le 2 janvier 2023.
LM : Il faut de tout pour faire un monde, et la SNCF n’y échappe pas. Il serait quand même bien que leur direction agisse un peu plus fermement pour les sanctionner, les ramener à la réalité et ouvrir leur esprit sur des sujets d’actualité modernes. Ce n’est pas normal de s’exprimer d’une manière aussi navrante et niaise sur cette affaire.
RDV : Où en est la pétition ?
LM : Actuellement, la pétition est la seconde pétition la plus populaire de change.org (en France) ! Elle est également l’une des plus signées. Elle a un impact très fort et inattendu. Les signataires vivent dans le monde entier. N’hésitez pas, une nouvelle fois, à la partager et à en parler autour de vous (réseaux sociaux, mails, etc…)
YA : L’ampleur qu’elle prend est inattendu. Et cela donne des idées pour la suite. Vu le nombre de signataires, nous avons désormais un véritable impact pour faire bouger les choses. Et on ne va pas s’en priver. Ils ne savent vraiment pas sur qui ils sont tombés. En termes de communication on a largement ce qu’il faut.
RDV : Quels sont les objectifs de la pétition finalement ?
LM : D’abord, nous souhaitons, et ce souhait est partagé par Georgia, que ce qui est arrivé à Neko ne se reproduise plus jamais. Je pense qu’il est important de replacer le contexte. Elles étaient dans l’une des plus grandes gares Parisiennes, avec énormément de personnel de la SNCF. Leur chat s’est accidentellement échappé, et ce sont des choses qui arrivent, n’en déplaise aux agents SNCF médisants tant ils s’estiment parfaits. Ce n’est pas leur faute, mais quand bien-même ! La vie d’un chat, d’un être vivant était en jeu. Elles ont prévenu des contrôleurs, selon Georgia, l’un était plus borné que les autres et aurait plus ou moins influé la suite. Et rien de concret n’a été fait. Et pourtant, même l’associé de Yoan nous a dit que, lorsqu’il était agent SNCF, il a agi pour des lapins ou autres animaux, et même des peluches sous des trains dans des grandes gares. Les explications sur la sécurité sont entendables dans une certaine limite, car c’est au personnel de la SNCF d’agir pour que le sauvetage se fasse en toute sécurité. Quand on se remémore les propos de Laurent Brun, secrétaire de la CGT Cheminots sur BFMTV, ou les propos tenus par Iman Kalfallah (ndlr : présidente revendiquée d’une association nommée les anges du rail) dans Sud-Ouest, on croit rêver !
YA : Il faut que les choses bougent et que la SNCF sorte de sa position rétrograde sur ce genre de sujets. La vie d’un animal a la même valeur que la vie d’un être humain. Ils étaient je ne sais combien à être là, sur ce quai, et aucun n’a pris d’initiative. Et qu’on ne me dise pas que cela aurait retardé le train. Je vois là aussi des commentaires bêtes et méchants de cheminots qui prennent les extérieurs pour des imbéciles (regard exaspéré) Mes amis, contacts cheminots ou anciens cheminots sont du même avis. Les faits se sont déroulés à 20 minutes du départ du TGV, il y’avait largement le temps de trouver une solution pour que Neko sorte de sous la rame, car il était visible. Il suffisait, comme m’a dit mon associé, d’évacuer le quai quelques minutes pour que Georgia et sa fille Melaïna appellent Neko, qui est un chat d’appartement. Il aurait eu moins de craintes à remonter une fois la foule partie. Mais c’était trop leur demander, ou ce n’est pas ce que leur chef attendait d’eux peut-être ? Je suis sidéré. Qu’auraient-ils fait pour un être humain ? La même chose ?
RDV : Et donc, les objectifs ? Que cela ne se reproduise plus ?
LM : Oui, le titre de la pétition est assez clair. Pour que Neko ne soit pas mort pour rien, exigeons une procédure. Les mentalités au sein de la SNCF doivent évoluer de manière unifiée. Il doit exister une procédure à suivre dans cette situation. Sans aller jusque-là, le personnel SNCF doit savoir faire preuve d’empathie et se plier aux règles de bonne conduite en matière de relation client. « Ce n’est qu’un chat » est très choquant, l’auteur supposé des propos n’a vraiment pas de cœur.
YA : Je confirme que les mentalités doivent évoluer à la SNCF. Bon nombre de cheminots le souhaitent, ils nuancent avec la minorité d’agents SNCF rétrogrades. Aussi rétrogrades que la SNCF. J’ai espoir que les choses bougent. On fera tout pour. On a des idées, une stratégie et, encore une fois, avec le nombre de signataires, on a un impact pour que ça change. On restera dans un état d’esprit de paix, mais déterminés. Pour Neko, Georgia et sa fille Melaïna. Il ne faut pas oublier que la SNCF est totalement financée par nos impôts, à hauteur de 18 milliards d’euros par an, puisqu’elle bénéficie de fonds publics. En tant qu’entreprise publique, peu importe les arguments selon lesquels il s’agit de 5 SA divisées elle reste publique, elle doit montrer l’exemple. Elle appartient à la nation, elle doit rendre fière cette même nation. C’est important, surtout à un an et demi des JO. Elle doit donc évoluer, je le redis.
RDV : Quelque chose à rajouter ?
YA : D’un aspect légal, Lola et moi ne représentons pas officiellement Georgia ou sa fille. Nous sommes indépendants des poursuites judicaires annoncées par des associations de protection des animaux, et on ne s’exprimera jamais à ce sujet. Ce sont deux choses bien distinctes. Ensuite, je veux redire qu’il est important de savoir faire la part des choses au sujet du personnel de la SNCF. Oui, il y’a des odieux, des malpropres, des mal éduqués, des impolis, des inhumains. Mais ils sont une minorité, même si évidemment l’humain ne retient que le négatif. Je vois des cheminots se plaindre d’un cheminot bashing avec cette histoire. Qui est visé ? Qui est cité ? C’est la SNCF. Alors, si les cheminots ont la conscience professionnelle tranquille, ils n’ont pas à se sentir mal à l’aise au regard de la médiatisation des faits. Et ils n’ont pas à parler de « bashing » Et c’est valable pour tous les faits. Je souhaite souligner le courage et la volonté des agents SNCF qui veulent eux-aussi que leur entreprise évolue, que ce soit pour la cause animale ou pour d’autres sujets. Au fil du temps, depuis que je fréquente celui qui est l’un de mes associés qui fut donc salarié de la SNCF, j’entame des dialogues constructifs avec des cheminots qui sont mal à l’aise face à tant de choses qui ne tournent pas rond ou n’évoluent pas dans leur entreprise. Et pour en revenir au sujet qui nous intéresse ici, ils souhaitent eux-aussi que les choses bougent, pour qu’il n’y ait plus de cas comme Neko. Parce qu’il était possible de faire quelque chose, ils le disent contrairement à ce que d’autres prétendent hautainement. Ils sont privés d’expression car évidemment, ils ont un devoir de loyauté envers leur entreprise. Mais ils existent, ils veulent que les choses bougent. En parlant de loyauté, je rebondis sur la déontologie et le respect du client. Il y’a des agents SNCF, comme on le souligne plus haut, qui se défoulent à propos de l’affaire Neko, mais pas que. Il serait opportun qu’ils respectent un peu les opinions des autres, et qu’ils respectent la déontologie et la loyauté qui s’imposent. Je dirige une entreprise, et si j’ai un salarié qui comment de tels écarts de conduite néfastes pour la e-réputation, il aura des suites très rapidement.
RDV : Merci à vous deux.
Nous écrire : nekomontparnasse@gmail.com