Saint-Denis Ilot8 en grand danger Patrimoine Habitat social Architecture Renée Gailhoustet

Signataires récents:
Kevin Dröscher et 13 autres ont signé récemment.

Le problème

 

 

 

                                 Ilot 8 à Saint-Denis en grand danger 

                                      Architecture d'habitat social

                                         signée Renée Gailhoustet

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 « L'Ilot 8 » est en danger. Nous, habitant.e.s de Saint-Denis, locataires ou non de la ZAC Basilique, citoyen.nes ou toutes personnes architectes, urbanistes, universitaires, attaché.es à la belle architecture contemporaine d'habitat social, appelons à défendre cet ensemble d'habitat social signé Renée Gailhoustet dans le centre-ville de Saint-Denis, qui est en danger imminent d'être défiguré et trahi.

 Un projet de rénovation urbaine (NPNRU) vise la résidentialisation de l’îlot pour permettre un changement de population. Cela signifie la privatisation de la dalle, la destruction des escaliers y conduisant et des passerelles menant aux îlots voisins, la fermeture des espaces sociaux et des services, le retournement des halls, la dépose des verrières, la privatisation de certains passages publics au profit d'espaces commerciaux supplémentaires. C’est le saccage d’une œuvre en voie d’être labellisée Architecture Contemporaine Remarquable avec toute la ZAC Basilique de Saint Denis.

 Ce projet qui devrait répondre au besoin réel de rénovation des appartements, terrasses et dalle, a été élaboré sans concertation des habitants et au mépris de leurs usages, avec l'objectif avoué de renoncer au 100% logement social pour un 50/50 public-privé au nom de la mixité sociale. Seule réalisation de Renée Gailhoustet implantée en centre historique ancien et conçue entièrement en habitat social, l'Ilot 8 serait-il trop beau, trop généreux, pour rester consacré aux logements sociaux ?


 Renée Gailhoustet y propose une organisation étonnante, singulière et généreuse, évoquant «une architecture de niveaux » dans laquelle les 2 premiers niveaux sont accessibles au public. Un maillage piétonnier savamment étudié faisant référence au tracé des centres-villes anciens distribue la galerie commerciale en rez-de-chaussée et mêle les flux piétonniers d’un niveau à l’autre.
Au niveau 2 sur la dalle plus intime, publique et plantée, un chemin piéton dessert les logements et les équipements. Six escaliers relient le rez-de-chaussée à la promenade haute. Immédiatement reconnaissables sont ses géométries innovantes, ses terrasses-jardins échelonnées qui permettent à la nature de pénétrer dans les espaces domestiques malgré la haute densité des logements. L'architecte mélange les usages privés et publics, brouille les frontières entre intérieur et extérieur, entre collectif et individuel. C'est précisément ce qui lui a valu d'être primée en France, à Berlin et à Londres. C'est ce qui a valu à ses autres réalisations d'habitat social à Ivry et à Aubervilliers d'être classées et labélisées.  

 L'Ilot 8 est en lui-même une portion de ville, faite d’espaces variés et multiples conviant à l’échange. Urbanisme de rencontres et de liens, en avance d'une révolution écologique, propice aux projets artistiques qui y ont été menés, l'Ilot 8 est partie intégrante de la ZAC Basilique qui propose aussi bien aux habitant.es qu'aux promeneur.ses urbain.es un cheminement public alternatif haut entre les différents îlots architecturés du centre-ville, en dialoguant de part et d’autre avec l'îlot 4 de Francis Gaussel et l'îlot 9 de Jean et Maria Deroche. Cet espace refondant la ville aux abords de la Basilique à la fin du XXème siècle est devenu emblématique du paysage architectural du Saint-Denis contemporain.


 Reconstruire la flèche de la Basilique, c'est bien. Encore plus vital est de reconnaître, classer, sauvegarder, rénover respectueusement à l'identique ce patrimoine contemporain qui est aussi une des chances de Saint-Denis, tout en préservant son habitat populaire. La tutelle du Ministère de la Culture devrait être associée à cette protection de l’Ilot 8.

 Il y a urgence, car l'enquête publique sur le déclassement des passages publics vient d'être lancée, le temps pour y répondre est très court, du 7 au 23 avril 2025. Les permis de construire et de démolition des escaliers risquent d’être déposés rapidement.


Pour une analyse approfondie et illustrée de cette réalisation de Renée Gailhoustet, sa cohérence et ses fortes caractéristiques avant-gardistes, et pour mesurer la dénaturation qui la menace du fait de ce projet de l'ANRU, voici le lien avec la notice critique de Katherine Fiumani et Gilles Jacquemot du 6 avril 2025:

https://acrobat.adobe.com/id/urn:aaid:sc:eu:8809f357-4dae-47e9-b45b-ce10116003ef

 

Premiers signataires :

Le Collectif Ilot8 ( collectif des habitants de l'Ilot 8). 

Les auteurs de la ZAC Basilique à Saint-Denis : Guy Naizot, architecte DPLG, Professeur des Ecoles d'architecture, coordonnateur de la ZACRU Basilique à Saint-Denis, architecte d’Ilot 7. Jean Deroche, architecte et urbaniste, avec Maria Deroche architectes d'Ilot 4. Bernard Paurd, architecte et urbaniste, architecte d’Ilot 2. Jean-Pierre Lefebvre, Constructeur de la ZAC Basilique.

Le Collectif des architectes et urbanistes de la ZAC Basilique. 

Les administratrices et administrateurs de Plaine Commune Habitat représentant.es élu.es des locataires : Jean-Marc Bourquin, DAL (Droit Au Logement), Nelly Angel, CNL ( Confédération Nationale du Logement), Diangou Traoré, DAL, Collectif de Franc-Moisin.

Association Jardin à Tous les Etages.

Alain Bertho, anthropologue, professeur émérite d'anthropologie, Université Paris 8. Patrick Bouchain, architecte. Iwona Buczkowska, architecte et urbaniste. Elisabetta Cereghini, architecte, paysagiste, historienne. Bénédicte Chaljub, architecte, maitresse de conférences ENSACF, auteure d’ouvrages, d’articles, de conférences sur Renée Gailhoustet. Anne Clerval, géographe, spécialiste des processus de gentrification, Université Gustave Eiffel, Marne-La Vallée. Isabel Concheiro, architecte, professeure HEIA-FR, auteure d’articles, de conférences questionnant la démolition des logements sociaux. Ségolène Darly, maîtresse de conférences en géogaphie, agronome, chercheuse associée à Paris 8.  Fiumani-Jacquemot, architectes-urbanistes. Leila Frouillou, maîtresse de conférences en sociologie, spécialiste des inégalités dans l'enseignement supérieur, Université Paris-Nanterre. Vincent Legeay, maître de conférences en philosophie, Université Paris-Est Créteil.  Johan Milian maître de conférence, géographie de l'environnement, Paris 8. Cornelia Möser, philosophe, chargée de recherche CNRS, Centre de recherches sociologiques et politiques de Paris. Isabelle Moulin, architecte et urbaniste, directrice Europan en France (2012-2024), collaboratrice de Eva Samuel et Guy Naizot sur le projet de la ZAC Basilique. Hélène Nicolas, maîtresse de conférences en anthropologie et études de genre, Paris 8. Sébastien Radouan, historien de l'architecture, docteur en histoire de l'art. Marion Tillous, maîtresse de conférences en géographie humaine, Paris 8. 

 

Après la galerie de photos, un témoignage d'une habitante

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Témoignage d’une habitante d’îlot 8.

A mon arrivée j’ai d’abord dit « je ne resterai pas longtemps ici ! ».

Près de vingt ans plus tard je suis toujours là, 5ème étage, rue Edouard Vaillant.

Je vis à la ZAC Basilique, à l’Ilot 8 plus précisément, dans un ensemble conçu par Renée Gailhoustet.

Je suis très heureuse d’habiter dans un lieu pensé par une femme architecte.

D’habitude on ne connaît pas l’architecte qui a conçu sa maison, à moins d’être riche. C’est un lien qui ne m’avais pas été donné d’appréhender avant de vivre ici. J’aurais eu de nombreuses choses à dire à Renée Gailhoustet si je l’avais rencontrée et j’aurais commencé par la remercier.

Je suis reconnaissante de l’audace mais aussi de la créativité et plus encore du courage politique qui a animé les décideurs et concepteurs de l’époque à proposer du logement social ambitieux. Du logement comme on en fait plus de nos jours : un ensemble de qualité, expérimental et en centre-ville. Les projets d’urbanisme des grands ensembles portés de nos jours tendent à l’inverse. J’ai vraiment le sentiment que l’on ne s’est pas moqué de nous, à l’époque. On a conçu pour nous, habitant-e-s de catégories modestes non seulement des logements dont nous avions besoin mais on nous a proposé une expérience à grande échelle, une vraie vie de quartier basée sur la rencontre, la liberté, la multiplicité des usages et la possibilité d’exercer pleinement notre droit à profiter du centre-ville.

Je suis consciente de la chance que j’ai d’habiter ce quartier d’expérimentation perpétuelle qui redéfini continument les liens, les parcours, les usages et met la rencontre et la liberté au centre des options du moindre passant-e comme de l’habitant-e de longue de date. De la Dalle à la rue, les choix sont multiples et les passages nombreux. Sur la dalle, les usagers-es des services dialoguent avec les locataires, en bas les halls d’immeuble débordent sur le centre commercial, la vie parallèle de la dalle surplombe la foule de la rue, les passerelles relient le tout, on échappe au lisse, au rectiligne pour toucher à l’incontrôlable, au libre et au foisonnant. Oui l’ambition de l’architecte fonctionne, je la vis quotidiennement et c’est un bonheur discret, rare et précieux.

Sur mon logement, je suis intarissable. Là aussi Mme Gailhoustet m’a fait faire un pas de côté.

Je ne m’en suis pas rendue compte tout de suite mais l’expérience d’habiter un logement unique et biscornu est complètement rentré dans mon être.

Pas un mur parallèle, une chambre en triangle, très peu de portes, des terrasses, une intimité préservée malgré le caractère collectif du logement et voilà ta conception de l’espace et des volumes qui vacillent, qui s’imprègne d’années en années ; voilà que cette ZAC familière est devenue vaisseau de béton aux mille fenêtres quand tu la regardes au loin. Quand je suis entre quatre murs dans un appartement traditionnel c’est devenu étrange, tu réalises alors : ta norme a basculé, ta maison t’a changée c’est incroyable, tu ne pourrais pas vivre ailleurs après cela… elle a vraiment bien réussi son coup Mme Gailhoustet !

Néanmoins je ne suis pas dupe, je suis consciente que la magie opère parce que j’ai un appartement spacieux et que je vis seule avec mon fils …il aurait suffi que j’ai un autre enfant ou que j’arrive dans l’appartement avec des meubles encombrants pour que je trouve l’espace moins agréable et la vie plus difficile. Je ne veux pas dire que ces logements sont faits pour une catégorie plutôt qu’une autre mais seulement faire apparaître une limite et ne pas gommer que des attributions ont été malheureuses et génératrices de malaise et de souffrance mais cela ne relève pas de l’architecture strictement.

Petit aparté : L’atypisme architectural a été le prétexte pour tenter des politiques de dé-conventionnement et a donné lieu à des tentatives de changement des règles d’attribution de ces logements sociaux. Dans ces projets ou réflexions, les familles nombreuses qui constituent une part importante des dossiers des demandeurs de logements sociaux promettaient d’être exclues du parc social de la ZAC Basilique parce que ces logements de grande surface atypique ne seraient pas adaptés à cette composition familiale. Or c’est la nomenclature des logements sociaux qui ne correspond pas aux logements de Gailhoustet : faux F4, pas assez de chambre d’où les déconvenues. Si on prend le temps de s’adapter, mais avec de la vigilance, de la transparence et si on n’accepte de faire un pas de côté et de sortir des cases attendues on peut mieux attribuer en connaissance de cause et surtout à qui en a le plus besoin et par-dessus tout préserver le parc de logement social en PLAI en plein centre-ville. Ainsi ces manigances excluantes sur fondement raciste à peine voilé sont absurdes et indigentes, ce qui se cachait derrière ces manœuvres c’était surtout la volonté de pouvoir via le système d’attribution, trier les nouveaux locataires et surtout privilégier certains ménages plus que d’autres…moins pauvres, plus blancs peut-être…passer du PLAI à du PLU on pourrait le craindre.

Avec le temps même si je suis très bien dans mon logement je ne peux taire une certaine lassitude, l’attente de la réhabilitation se fait sentir. Je déplore le manque d’entretien du bailleur dans les parties communes et dans nos logements et le pourrissement organisé de la dalle pour légitimer la résidentialisation.

La rénovation a vraiment bon dos, et l’entretien de PCH est insuffisant, des travaux d’urgence ne peuvent attendre le début des travaux de rénovation du NPNRU c’est criant !

Dans mon logement j’attends depuis 2018 que le bailleur procède aux travaux suite à un dégât des eaux dans le séjour, j’attends depuis septembre que l’on répare un mur défoncé pour réparer une autre fuite d’eau dans ma salle de bain. L’humidité ambiante terni considérablement le tableau sensible dressé précédemment. Nous habitant-e-s avons besoin d’une réhabilitation de qualité et rapidement, la résidentialisation, privatisation n’est absolument pas notre demande mais une décision politique pour gentrifier, modifier la composition sociale du quartier et rien qu’en cela elle dénature le projet politique-architectural initial. Nous habitant-e-s ne sommes pas dupes de tout cela et nous voyons clair dans les optiques du projet NPNRU déposé par la mairie socialiste de Matthieu Hanotin qui conjugue privatisation de la dalle, hausse des charges avec la requalification commerciale de la galerie pour attirer une frange d’habitants plus aisée et à terme sortir au compte-gouttes nos logements atypiques du parc social, au mieux par l’entremise d’une foncière sociale pour se donner bonne conscience…

 


La résidentialisation porte atteinte à nos usages quotidiens et ce n’est pas rien, ce n’est pas un détail, elle attaque la tranquillité des parents qui ne pourront plus laisser leurs enfants emprunter la dalle et les passerelles pour rejoindre leurs écoles en toute sérénité, empêche les voisin-es des ilots attenants de venir nous retrouver en circulant sur dalle comme depuis toujours ,nous prive du passant-e-s, du flâneur qui emprunte la dalle, en liberté, en bienvenu-e. ça casse nos vies ça attaque nos libertés, ça nous impose des chemins, ça contrôle, ça se mêle de notre intimité sans qu’on ait rien demandé et ça méprise notre avis quand on le donne. Le défaut de concertation et encore plus de co-construction est absolument patent. L’information descendante à coup de réunions publiques ficelées où la contradictoire est muselée ou diluée n’est pas un médium valable.

D’autre part, le retournement des halls et notamment celui du 4 rue Edouard Vaillant est totalement problématique puisqu’il ferme le passage qui relie la place du caquet avec la rue Edouard Vaillant. Par ce fait on sabre une portion d’espace public et on change les habitudes des habitant-e-s du quartier sans les avoir réellement consulté-e-s. La privatisation de la dalle va occasionner des surcoûts de charges pour les locataires dont on ne connait pas la teneur, et va complètement bousiller le projet architectural de la ZAC en isolant les ilots et en cassant les escaliers et passerelles. Les arguments de sécurité sont assez spécieux car mettre des grilles ne va pas empêcher les trafics mais en revanche va laisser les habitant-es terriblement seul-e-s face à ces mêmes trafics. Par ailleurs, les expériences de fermeture de résidence dans le quartier ne sont pas spécialement probantes (Ilot 4, résidence rue Edouard Vaillant) alors pourquoi mettre autant d’argent sur de l’inefficace si ce n’est pour nous virer petit à petit …

Le projet NPNRU déposé en 2021 par la mairie de Saint-Denis me menace en tant qu’habitante, je ne sais si j’aurais assez de revenu pour pouvoir rester ici aussi longtemps que je le veux et je sens que l’on voudrait me voir partir, c’est complètement rageant. Le rêve était trop beau, du logement social atypique au pied du métro, mais ce n’est plus de saison. Je sens qu’on veut me chasser de façon insidieuse, au compte-goutte pour briser tout espoir de lutte collective et sans même l’assumer pleinement. C’est le rouleau compresseur de l’ANRU associé à une politique radicale de changement sociale orchestrée par une mairie socialiste qu’on aurait espéré plus humaine.

 

avatar of the starter
Hélène DEGOYLanceur de pétition

1 387

Signataires récents:
Kevin Dröscher et 13 autres ont signé récemment.

Le problème

 

 

 

                                 Ilot 8 à Saint-Denis en grand danger 

                                      Architecture d'habitat social

                                         signée Renée Gailhoustet

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 « L'Ilot 8 » est en danger. Nous, habitant.e.s de Saint-Denis, locataires ou non de la ZAC Basilique, citoyen.nes ou toutes personnes architectes, urbanistes, universitaires, attaché.es à la belle architecture contemporaine d'habitat social, appelons à défendre cet ensemble d'habitat social signé Renée Gailhoustet dans le centre-ville de Saint-Denis, qui est en danger imminent d'être défiguré et trahi.

 Un projet de rénovation urbaine (NPNRU) vise la résidentialisation de l’îlot pour permettre un changement de population. Cela signifie la privatisation de la dalle, la destruction des escaliers y conduisant et des passerelles menant aux îlots voisins, la fermeture des espaces sociaux et des services, le retournement des halls, la dépose des verrières, la privatisation de certains passages publics au profit d'espaces commerciaux supplémentaires. C’est le saccage d’une œuvre en voie d’être labellisée Architecture Contemporaine Remarquable avec toute la ZAC Basilique de Saint Denis.

 Ce projet qui devrait répondre au besoin réel de rénovation des appartements, terrasses et dalle, a été élaboré sans concertation des habitants et au mépris de leurs usages, avec l'objectif avoué de renoncer au 100% logement social pour un 50/50 public-privé au nom de la mixité sociale. Seule réalisation de Renée Gailhoustet implantée en centre historique ancien et conçue entièrement en habitat social, l'Ilot 8 serait-il trop beau, trop généreux, pour rester consacré aux logements sociaux ?


 Renée Gailhoustet y propose une organisation étonnante, singulière et généreuse, évoquant «une architecture de niveaux » dans laquelle les 2 premiers niveaux sont accessibles au public. Un maillage piétonnier savamment étudié faisant référence au tracé des centres-villes anciens distribue la galerie commerciale en rez-de-chaussée et mêle les flux piétonniers d’un niveau à l’autre.
Au niveau 2 sur la dalle plus intime, publique et plantée, un chemin piéton dessert les logements et les équipements. Six escaliers relient le rez-de-chaussée à la promenade haute. Immédiatement reconnaissables sont ses géométries innovantes, ses terrasses-jardins échelonnées qui permettent à la nature de pénétrer dans les espaces domestiques malgré la haute densité des logements. L'architecte mélange les usages privés et publics, brouille les frontières entre intérieur et extérieur, entre collectif et individuel. C'est précisément ce qui lui a valu d'être primée en France, à Berlin et à Londres. C'est ce qui a valu à ses autres réalisations d'habitat social à Ivry et à Aubervilliers d'être classées et labélisées.  

 L'Ilot 8 est en lui-même une portion de ville, faite d’espaces variés et multiples conviant à l’échange. Urbanisme de rencontres et de liens, en avance d'une révolution écologique, propice aux projets artistiques qui y ont été menés, l'Ilot 8 est partie intégrante de la ZAC Basilique qui propose aussi bien aux habitant.es qu'aux promeneur.ses urbain.es un cheminement public alternatif haut entre les différents îlots architecturés du centre-ville, en dialoguant de part et d’autre avec l'îlot 4 de Francis Gaussel et l'îlot 9 de Jean et Maria Deroche. Cet espace refondant la ville aux abords de la Basilique à la fin du XXème siècle est devenu emblématique du paysage architectural du Saint-Denis contemporain.


 Reconstruire la flèche de la Basilique, c'est bien. Encore plus vital est de reconnaître, classer, sauvegarder, rénover respectueusement à l'identique ce patrimoine contemporain qui est aussi une des chances de Saint-Denis, tout en préservant son habitat populaire. La tutelle du Ministère de la Culture devrait être associée à cette protection de l’Ilot 8.

 Il y a urgence, car l'enquête publique sur le déclassement des passages publics vient d'être lancée, le temps pour y répondre est très court, du 7 au 23 avril 2025. Les permis de construire et de démolition des escaliers risquent d’être déposés rapidement.


Pour une analyse approfondie et illustrée de cette réalisation de Renée Gailhoustet, sa cohérence et ses fortes caractéristiques avant-gardistes, et pour mesurer la dénaturation qui la menace du fait de ce projet de l'ANRU, voici le lien avec la notice critique de Katherine Fiumani et Gilles Jacquemot du 6 avril 2025:

https://acrobat.adobe.com/id/urn:aaid:sc:eu:8809f357-4dae-47e9-b45b-ce10116003ef

 

Premiers signataires :

Le Collectif Ilot8 ( collectif des habitants de l'Ilot 8). 

Les auteurs de la ZAC Basilique à Saint-Denis : Guy Naizot, architecte DPLG, Professeur des Ecoles d'architecture, coordonnateur de la ZACRU Basilique à Saint-Denis, architecte d’Ilot 7. Jean Deroche, architecte et urbaniste, avec Maria Deroche architectes d'Ilot 4. Bernard Paurd, architecte et urbaniste, architecte d’Ilot 2. Jean-Pierre Lefebvre, Constructeur de la ZAC Basilique.

Le Collectif des architectes et urbanistes de la ZAC Basilique. 

Les administratrices et administrateurs de Plaine Commune Habitat représentant.es élu.es des locataires : Jean-Marc Bourquin, DAL (Droit Au Logement), Nelly Angel, CNL ( Confédération Nationale du Logement), Diangou Traoré, DAL, Collectif de Franc-Moisin.

Association Jardin à Tous les Etages.

Alain Bertho, anthropologue, professeur émérite d'anthropologie, Université Paris 8. Patrick Bouchain, architecte. Iwona Buczkowska, architecte et urbaniste. Elisabetta Cereghini, architecte, paysagiste, historienne. Bénédicte Chaljub, architecte, maitresse de conférences ENSACF, auteure d’ouvrages, d’articles, de conférences sur Renée Gailhoustet. Anne Clerval, géographe, spécialiste des processus de gentrification, Université Gustave Eiffel, Marne-La Vallée. Isabel Concheiro, architecte, professeure HEIA-FR, auteure d’articles, de conférences questionnant la démolition des logements sociaux. Ségolène Darly, maîtresse de conférences en géogaphie, agronome, chercheuse associée à Paris 8.  Fiumani-Jacquemot, architectes-urbanistes. Leila Frouillou, maîtresse de conférences en sociologie, spécialiste des inégalités dans l'enseignement supérieur, Université Paris-Nanterre. Vincent Legeay, maître de conférences en philosophie, Université Paris-Est Créteil.  Johan Milian maître de conférence, géographie de l'environnement, Paris 8. Cornelia Möser, philosophe, chargée de recherche CNRS, Centre de recherches sociologiques et politiques de Paris. Isabelle Moulin, architecte et urbaniste, directrice Europan en France (2012-2024), collaboratrice de Eva Samuel et Guy Naizot sur le projet de la ZAC Basilique. Hélène Nicolas, maîtresse de conférences en anthropologie et études de genre, Paris 8. Sébastien Radouan, historien de l'architecture, docteur en histoire de l'art. Marion Tillous, maîtresse de conférences en géographie humaine, Paris 8. 

 

Après la galerie de photos, un témoignage d'une habitante

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Témoignage d’une habitante d’îlot 8.

A mon arrivée j’ai d’abord dit « je ne resterai pas longtemps ici ! ».

Près de vingt ans plus tard je suis toujours là, 5ème étage, rue Edouard Vaillant.

Je vis à la ZAC Basilique, à l’Ilot 8 plus précisément, dans un ensemble conçu par Renée Gailhoustet.

Je suis très heureuse d’habiter dans un lieu pensé par une femme architecte.

D’habitude on ne connaît pas l’architecte qui a conçu sa maison, à moins d’être riche. C’est un lien qui ne m’avais pas été donné d’appréhender avant de vivre ici. J’aurais eu de nombreuses choses à dire à Renée Gailhoustet si je l’avais rencontrée et j’aurais commencé par la remercier.

Je suis reconnaissante de l’audace mais aussi de la créativité et plus encore du courage politique qui a animé les décideurs et concepteurs de l’époque à proposer du logement social ambitieux. Du logement comme on en fait plus de nos jours : un ensemble de qualité, expérimental et en centre-ville. Les projets d’urbanisme des grands ensembles portés de nos jours tendent à l’inverse. J’ai vraiment le sentiment que l’on ne s’est pas moqué de nous, à l’époque. On a conçu pour nous, habitant-e-s de catégories modestes non seulement des logements dont nous avions besoin mais on nous a proposé une expérience à grande échelle, une vraie vie de quartier basée sur la rencontre, la liberté, la multiplicité des usages et la possibilité d’exercer pleinement notre droit à profiter du centre-ville.

Je suis consciente de la chance que j’ai d’habiter ce quartier d’expérimentation perpétuelle qui redéfini continument les liens, les parcours, les usages et met la rencontre et la liberté au centre des options du moindre passant-e comme de l’habitant-e de longue de date. De la Dalle à la rue, les choix sont multiples et les passages nombreux. Sur la dalle, les usagers-es des services dialoguent avec les locataires, en bas les halls d’immeuble débordent sur le centre commercial, la vie parallèle de la dalle surplombe la foule de la rue, les passerelles relient le tout, on échappe au lisse, au rectiligne pour toucher à l’incontrôlable, au libre et au foisonnant. Oui l’ambition de l’architecte fonctionne, je la vis quotidiennement et c’est un bonheur discret, rare et précieux.

Sur mon logement, je suis intarissable. Là aussi Mme Gailhoustet m’a fait faire un pas de côté.

Je ne m’en suis pas rendue compte tout de suite mais l’expérience d’habiter un logement unique et biscornu est complètement rentré dans mon être.

Pas un mur parallèle, une chambre en triangle, très peu de portes, des terrasses, une intimité préservée malgré le caractère collectif du logement et voilà ta conception de l’espace et des volumes qui vacillent, qui s’imprègne d’années en années ; voilà que cette ZAC familière est devenue vaisseau de béton aux mille fenêtres quand tu la regardes au loin. Quand je suis entre quatre murs dans un appartement traditionnel c’est devenu étrange, tu réalises alors : ta norme a basculé, ta maison t’a changée c’est incroyable, tu ne pourrais pas vivre ailleurs après cela… elle a vraiment bien réussi son coup Mme Gailhoustet !

Néanmoins je ne suis pas dupe, je suis consciente que la magie opère parce que j’ai un appartement spacieux et que je vis seule avec mon fils …il aurait suffi que j’ai un autre enfant ou que j’arrive dans l’appartement avec des meubles encombrants pour que je trouve l’espace moins agréable et la vie plus difficile. Je ne veux pas dire que ces logements sont faits pour une catégorie plutôt qu’une autre mais seulement faire apparaître une limite et ne pas gommer que des attributions ont été malheureuses et génératrices de malaise et de souffrance mais cela ne relève pas de l’architecture strictement.

Petit aparté : L’atypisme architectural a été le prétexte pour tenter des politiques de dé-conventionnement et a donné lieu à des tentatives de changement des règles d’attribution de ces logements sociaux. Dans ces projets ou réflexions, les familles nombreuses qui constituent une part importante des dossiers des demandeurs de logements sociaux promettaient d’être exclues du parc social de la ZAC Basilique parce que ces logements de grande surface atypique ne seraient pas adaptés à cette composition familiale. Or c’est la nomenclature des logements sociaux qui ne correspond pas aux logements de Gailhoustet : faux F4, pas assez de chambre d’où les déconvenues. Si on prend le temps de s’adapter, mais avec de la vigilance, de la transparence et si on n’accepte de faire un pas de côté et de sortir des cases attendues on peut mieux attribuer en connaissance de cause et surtout à qui en a le plus besoin et par-dessus tout préserver le parc de logement social en PLAI en plein centre-ville. Ainsi ces manigances excluantes sur fondement raciste à peine voilé sont absurdes et indigentes, ce qui se cachait derrière ces manœuvres c’était surtout la volonté de pouvoir via le système d’attribution, trier les nouveaux locataires et surtout privilégier certains ménages plus que d’autres…moins pauvres, plus blancs peut-être…passer du PLAI à du PLU on pourrait le craindre.

Avec le temps même si je suis très bien dans mon logement je ne peux taire une certaine lassitude, l’attente de la réhabilitation se fait sentir. Je déplore le manque d’entretien du bailleur dans les parties communes et dans nos logements et le pourrissement organisé de la dalle pour légitimer la résidentialisation.

La rénovation a vraiment bon dos, et l’entretien de PCH est insuffisant, des travaux d’urgence ne peuvent attendre le début des travaux de rénovation du NPNRU c’est criant !

Dans mon logement j’attends depuis 2018 que le bailleur procède aux travaux suite à un dégât des eaux dans le séjour, j’attends depuis septembre que l’on répare un mur défoncé pour réparer une autre fuite d’eau dans ma salle de bain. L’humidité ambiante terni considérablement le tableau sensible dressé précédemment. Nous habitant-e-s avons besoin d’une réhabilitation de qualité et rapidement, la résidentialisation, privatisation n’est absolument pas notre demande mais une décision politique pour gentrifier, modifier la composition sociale du quartier et rien qu’en cela elle dénature le projet politique-architectural initial. Nous habitant-e-s ne sommes pas dupes de tout cela et nous voyons clair dans les optiques du projet NPNRU déposé par la mairie socialiste de Matthieu Hanotin qui conjugue privatisation de la dalle, hausse des charges avec la requalification commerciale de la galerie pour attirer une frange d’habitants plus aisée et à terme sortir au compte-gouttes nos logements atypiques du parc social, au mieux par l’entremise d’une foncière sociale pour se donner bonne conscience…

 


La résidentialisation porte atteinte à nos usages quotidiens et ce n’est pas rien, ce n’est pas un détail, elle attaque la tranquillité des parents qui ne pourront plus laisser leurs enfants emprunter la dalle et les passerelles pour rejoindre leurs écoles en toute sérénité, empêche les voisin-es des ilots attenants de venir nous retrouver en circulant sur dalle comme depuis toujours ,nous prive du passant-e-s, du flâneur qui emprunte la dalle, en liberté, en bienvenu-e. ça casse nos vies ça attaque nos libertés, ça nous impose des chemins, ça contrôle, ça se mêle de notre intimité sans qu’on ait rien demandé et ça méprise notre avis quand on le donne. Le défaut de concertation et encore plus de co-construction est absolument patent. L’information descendante à coup de réunions publiques ficelées où la contradictoire est muselée ou diluée n’est pas un médium valable.

D’autre part, le retournement des halls et notamment celui du 4 rue Edouard Vaillant est totalement problématique puisqu’il ferme le passage qui relie la place du caquet avec la rue Edouard Vaillant. Par ce fait on sabre une portion d’espace public et on change les habitudes des habitant-e-s du quartier sans les avoir réellement consulté-e-s. La privatisation de la dalle va occasionner des surcoûts de charges pour les locataires dont on ne connait pas la teneur, et va complètement bousiller le projet architectural de la ZAC en isolant les ilots et en cassant les escaliers et passerelles. Les arguments de sécurité sont assez spécieux car mettre des grilles ne va pas empêcher les trafics mais en revanche va laisser les habitant-es terriblement seul-e-s face à ces mêmes trafics. Par ailleurs, les expériences de fermeture de résidence dans le quartier ne sont pas spécialement probantes (Ilot 4, résidence rue Edouard Vaillant) alors pourquoi mettre autant d’argent sur de l’inefficace si ce n’est pour nous virer petit à petit …

Le projet NPNRU déposé en 2021 par la mairie de Saint-Denis me menace en tant qu’habitante, je ne sais si j’aurais assez de revenu pour pouvoir rester ici aussi longtemps que je le veux et je sens que l’on voudrait me voir partir, c’est complètement rageant. Le rêve était trop beau, du logement social atypique au pied du métro, mais ce n’est plus de saison. Je sens qu’on veut me chasser de façon insidieuse, au compte-goutte pour briser tout espoir de lutte collective et sans même l’assumer pleinement. C’est le rouleau compresseur de l’ANRU associé à une politique radicale de changement sociale orchestrée par une mairie socialiste qu’on aurait espéré plus humaine.

 

avatar of the starter
Hélène DEGOYLanceur de pétition
Soutenir maintenant

1 387


Les décisionnaires

Mathieu Hanotin, Maire de Saint-Denis, Président de Plaine Commune
Mathieu Hanotin, Maire de Saint-Denis, Président de Plaine Commune
Fabienne Chavannes Architecte de Bâtiments de France
Fabienne Chavannes Architecte de Bâtiments de France
Adrien Delacroix Président de Plaine Commune Habitat
Adrien Delacroix Président de Plaine Commune Habitat
Rachida Dati, Ministre de la Culture
Rachida Dati, Ministre de la Culture

Voix de signataires

Mises à jour sur la pétition