REBAPTISEZ LE PONT FAIDHERBE EN "PONT PEDRE ALASSANE MBENGUE"

Signataires récents:
Mouhamed TOURÉ et 19 autres ont signé récemment.

Le problème

À l'attention de :  

  • Son Excellence Monsieur le Président de la République du Sénégal,
  • Monsieur le Premier Ministre du Sénégal,  
  • Monsieur le Ministre de l’Urbanisme, des Collectivités territoriales et de l’Aménagement du territoire,  
  • Monsieur le Maire de la Commune de Saint-Louis,
  • Mesdames et Messieurs les Conseillers Municipaux de la Commune de Saint-Louis, 
  • La Société Civile Sénégalaise,  

Mesdames, Messieurs,  

Nous, citoyens sénégalais, historiens, chercheurs, et membres de la société civile, sollicitons respectueusement votre attention et votre soutien pour la rebaptisation du Pont FAIDHERBE à Saint-Louis en "Pont Pèdre Alassane MBENGUE". Cette initiative vise à honorer la mémoire d’un acteur clé de l’histoire économique et sociale du Sénégal au XIXᵉ siècle, tout en réaffirmant notre volonté de nous réapproprier notre patrimoine et de valoriser les figures locales qui incarnent les valeurs d’autonomie, de dignité et de résilience. 

 

 

CONTEXTE HISTORIQUE & JUSTIFICATION

1. Le Pont FAIDHERBE : un symbole colonial

Le Pont FAIDHERBE, nommé en l’honneur de Louis Léon César FAIDHERBE, gouverneur colonial du Sénégal de 1854 à 1865, représente une période de domination et d’oppression. Bien que ce pont soit un ouvrage d’art important pour la ville de Saint-Louis, son nom perpétue une mémoire coloniale qui ne reflète pas les aspirations actuelles du Sénégal, pays indépendant et fier de son identité.  

---

2. Pèdre Alassane MBENGUE (1821–1889) : Un bâtisseur d’avenir dans l’Afrique du XIXᵉ siècle

Né à Saint-Louis et issu d’une lignée royale du Jolof, Pèdre Alassane MBENGUE fut l’un des premiers grands négociants africains modernes. Surnommé le "Roi du Thé", il établit un quasi-monopole sur ce produit stratégique, devenu au XIXᵉ siècle un symbole culturel majeur.

Son influence reposait sur :

  • L’acquisition de quatre navires marchands immatriculés à Bordeaux, assurant une importation directe depuis Marseille et Liverpool ;
  • Son association avec les Établissements BRÜE, grande maison de commerce française ;
  • La propriété d’un domaine agricole de 1000 hectares, d’un vaste patrimoine immobilier, d’une boulangerie et de pêcheries ;
  • La création d’un réseau commercial étendu de Saint-Louis aux Rivières du Sud, passant par le Fouta Toro, le Trarza et la vallée du Sénégal.

Un réseau familial puissant : le partenariat fondateur avec Bocaline Alassane MBENGUE

L'œuvre de Pèdre ne peut être comprise sans évoquer son frère et partenaire stratégique, Bocaline Alassane MBENGUE (vers 1823–1880/81). Tandis que Pèdre opérait depuis Saint-Louis, Bocaline établissait et gérait un réseau commercial florissant depuis la région de Boké, en actuelle Guinée. Il approvisionnait Pèdre en produits tropicaux précieux (noix de cola, huile de palme, fruits), recevant en retour des céréales, du sel et des produits manufacturés. Leur partenariat fraternel incarnait une intégration économique ouest-africaine sophistiquée et autochtone, bien antérieure aux frontières coloniales. Il prouve que la puissance commerciale de Pèdre s'appuyait sur un réseau de confiance familial et une vision régionale partagée, illustrant la force des dynamiques économiques africaines autonomes.

Son poids économique s’accompagnait d’un rôle politique affirmé.

Pèdre Alassane MBENGUE ne se limita pas à bâtir un empire commercial : il fut également un acteur politique courageux qui prit part aux grandes mobilisations contre l’hégémonie coloniale. Entre 1876 et 1888, il signa plusieurs pétitions collectives adressées au Gouverneur et au Ministre de la Marine pour réclamer la liberté du commerce et dénoncer les monopoles coloniaux qui étouffaient les initiatives africaines.

Ces revendications s’articulaient autour de trois exigences majeures :

  • L’accès libre et équitable au fleuve Sénégal, axe vital du commerce régional.
  • La fin des monopoles des grandes maisons coloniales européennes, qui accaparaient les circuits d’échanges.
  • La levée des entraves imposées par les Maures alliés aux colons, dont le contrôle abusif, souvent appuyé par l’administration, paralysait le commerce indigène.

Plusieurs textes marquent ce combat :

  • 1er janvier 1879 → pétition au Gouverneur de Saint-Louis exigeant la libre navigation sur le fleuve Sénégal.
  • 22 octobre 1886 → adresse au Ministre de la Marine dénonçant l’insécurité chronique et l’arbitraire des Maures.
  • 9 novembre 1887 et 29 septembre 1888 → réitération des revendications, restées sans suite.

Point culminant de ce mouvement, la réunion historique du 9 octobre 1876 à la mairie de Saint-Louis rassembla commerçants et traitants indigènes. Ensemble, ils réclamèrent avec force l’accès libre au fleuve, dénonçant les privilèges accordés aux maisons européennes. La participation active de Pèdre Alassane MBENGUE à cette mobilisation collective demeure un jalon fondamental de la résistance économique africaine face à la domination coloniale.

3. Un humaniste et bâtisseur social

Issu d’une prestigieuse lignée maraboutique du Jolof, Pèdre Alassane fut guidé par les valeurs islamiques de justice et de solidarité. Refusant toute complicité dans la traite des esclaves, il consacra une partie significative de sa fortune à la libération de captifs (hommes, femmes et enfants), qu’il réinstalla dans des villages d’insertion à Ross-Béthio, dotés de formations professionnelles et de systèmes de microcrédit sans intérêt.

Il participa également à la construction de mosquées, à la réforme d’écoles coraniques, et au financement de programmes éducatifs. Sa pensée, profondément enracinée dans sa foi, s’accompagnait d’une vision ouverte et ferme. Dans une déclaration restée célèbre en 1878, il affirma :

« Pendant plus de soixante ans, les chrétiens nous ont respectés, et beaucoup plus que les francs-maçons qui ne croient même pas en Dieu. »

Cette parole traduit à la fois sa tolérance, son humanisme et son refus de toute compromission avec les forces qui menaçaient la dignité spirituelle et sociale de son peuple.

 

 

"Pèdre Modàn règler Guéjj gi"— « Pèdre, le maître des échanges transocéaniques » — ce slogan, né dans les ruelles animées de Saint-Louis et porté par les vents du fleuve Sénégal, résume l’héritage d’un homme surnommé le "Roi du Thé", pionnier du panafricanisme économique. À travers son commerce, sa diplomatie et son engagement social, Pèdre Alassane MBENGUE incarna l’émergence d’un modèle africain de développement, fondé sur l’audace, la justice et la foi.

---

4. Le "Roi du Thé"

Pèdre Alassane MBENGUE doit son surnom prestigieux de "Roi du Thé" à sa maîtrise absolue des circuits commerciaux de cette précieuse denrée dans l'Afrique de l'Ouest du XIXᵉ siècle. Alors que le thé, particulièrement dans ses versions russe et verte, s'imposait comme un marqueur social de raffinement et d'hospitalité dans les sociétés ouest-africaines, MBENGUE en devint le principal architecte commercial.

Son empire théier s'articulait autour de quatre piliers stratégiques :

  • Importation directe : Contournant les intermédiaires coloniaux, il établit des liens directs avec les producteurs européens et asiatiques, faisant immatriculer sa flotte commerciale à Bordeaux tout en maintenant des comptoirs à Marseille et Liverpool.
  • Réseau logistique intégré : Il mit en place un système de distribution couvrant la Sénégambie, la Mauritanie et au-delà, avec des caravanes spécialisées capable de desservir les marchés les plus reculés.
  • Transformation culturelle : MBENGUE ne se contenta pas d'importer - il adapta les blends et les modes de consommation aux préférences locales, créant ainsi de nouveaux rites sociaux autour du thé.
  • Contrôle qualité vertical : De la sélection des feuilles en Orient à leur présentation dans les maisons saint-louisiennes, il supervisait personnellement chaque étape de la chaîne de valeur.

Impact économique et social :

  • Chiffre d'affaires estimé à 25 millions de francs-or annuels à son apogée
  • Création de 500 emplois directs (dockers, caravaniers, négociants)
  • Modernisation des infrastructures portuaires de Saint-Louis
  • Introduction de nouvelles variétés (thés verts de Chine, blends russo-mandchous)

Le thé devint sous son impulsion bien plus qu'une boisson : un instrument diplomatique, une monnaie d'échange et le ciment de relations commerciales couvrant un territoire s'étendant du Trarza au Fouta-Toro. Cette domination économique lui permit de financer ses œuvres sociales et de constituer un réseau d'influence unique, faisant de lui l'un des premiers capitaines d'industrie africains de l'ère moderne.

Sa célèbre "Route du Thé" anticipait les corridors économiques contemporains, combinant transport maritime, fluvial et caravanier pour approvisionner un marché en pleine expansion. Cette vision préfigurait l'intégration commerciale régionale tout en démontrant la capacité des entrepreneurs africains à dominer les circuits d'échanges globaux.

---

5. Un héritage durable

Cet héritage fut poursuivi par son fils, Khayar MBENGUE (1875–1949), homme instruit, formé à Saint-Louis, qui prit part aux premiers mouvements d’émancipation politique aux côtés de Blaise DIAGNE. À la tête de la nouvelle génération des “originaires”, Khayar conciliait engagement patriotique, rigueur morale et continuité économique. Il incarna la transition vers une bourgeoisie africaine consciente de ses responsabilités historiques.

Aujourd’hui encore, la famille MBENGUE reste une référence dans l’histoire économique, religieuse et politique du Sénégal. L’évocation du nom de Pèdre résonne comme une mémoire vivante de la dignité, de l’indépendance d’esprit et du génie africain.

 

 

POURQUOI REBAPTISER LE PONT FAIDHERBE ?

La rebaptisation du Pont FAIDHERBE en "Pont Pèdre Alassane MBENGUE" répond à cinq impératifs majeurs :

  1. Se réapproprier notre histoire :  Renommer cet ouvrage emblématique constitue un acte de souveraineté mémorielle. Il s’agit de rendre justice à une figure sénégalaise du XIXᵉ siècle, effacée par le récit colonial, mais dont les réalisations ont profondément marqué l’économie et la société. Honorer Pèdre Alassane MBENGUE, c’est rappeler que notre histoire ne commence pas avec la conquête, mais avec nos propres bâtisseurs.
  2. Corriger un contraste moral et politique : Le nom actuel glorifie Louis Faidherbe, gouverneur colonial dont l’administration fut synonyme de violence et d’exploitation : conquêtes sanglantes, villages incendiés, répressions brutales, travail forcé. À l’opposé, Pèdre Alassane MBENGUE incarna l’intégrité morale et l’humanisme : il refusa toute complicité dans la traite, consacra une partie de sa fortune à libérer des captifs et œuvra pour un commerce équitable, autonome et respectueux.
  3. Valoriser un bâtisseur national :  Entrepreneur visionnaire, il développa le premier réseau commercial intégré du Sénégal, reliant Saint-Louis au Trarza, au Fouta Toro et aux Rivières du Sud. Son monopole sur le thé, qui lui valut le surnom de « Roi du Thé », illustre la capacité des entrepreneurs sénégalais à créer des modèles d’autonomie économique sans tutelle coloniale.
  4. Célébrer le vivre-ensemble : Musulman engagé et ancré dans ses valeurs spirituelles, MBENGUE fut aussi un artisan du dialogue interreligieux. Il entretint des relations respectueuses avec la communauté catholique de Saint-Louis et promut une société plurielle, fondée sur la tolérance et la solidarité. Cet héritage reste une source d’inspiration pour un Sénégal où la diversité religieuse constitue un socle identitaire.
  5. Inspirer les générations futures : Son parcours illustre une voie africaine du développement : alliant foi, éthique, innovation et enracinement culturel. Associer son nom à ce pont, c’est offrir à la jeunesse sénégalaise un modèle de dignité et d’ambition, et rappeler que l’avenir se construit à partir de nos propres valeurs et de notre mémoire collective.

---

APPEL A L'ACTION  

Nous demandons instamment aux autorités compétentes de considérer cette proposition de rebaptisation comme une étape essentielle dans la réappropriation de notre patrimoine historique. En honorant Pèdre Alassane MBENGUE, nous rendons hommage à un homme dont la vie et l’œuvre incarnent les valeurs d’autonomie, de dignité et de résilience qui sont au cœur de l’identité sénégalaise.  

Nous appelons également la société civile, les historiens, les chercheurs et tous les citoyens soucieux de préserver et de valoriser notre héritage à soutenir cette initiative. 

---

CONCLUSION 

Ensemble, œuvrons pour un Sénégal fier de son identité et de son histoire. En rebaptisant le Pont Faidherbe en "Pont Pèdre Alassane MBENGUE", nous faisons un pas symbolique mais essentiel vers un avenir où notre espace public reflète davantage nos héros locaux et notre héritage collectif.  

Veuillez agréer, Mesdames et Messieurs, l’expression de notre profond respect et de notre engagement en faveur de la préservation de notre patrimoine historique.  

************************

REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES :

David ROBINSON, Sociétés musulmanes et pouvoir colonial français au Sénégal et en Mauritanie, 1880-1920, Karthala, 2004. Étude de référence sur les dynamiques d’adaptation et de négociation entre élites locales et pouvoir colonial. L’auteur y consacre plusieurs passages à l’influence de Pèdre Alassane MBENGUE en tant que courtier, entrepreneur et acteur central dans les transformations économiques et sociales du XIXᵉ siècle.

Samir AMIN, La bourgeoisie d’affaires sénégalaise, in L’Homme et la Société, n°12, avril-juin 1969, pp. 29-41. Cet article analyse la structuration des élites économiques sénégalaises. Pèdre Alassane MBENGUE y est cité comme l’un des rares commerçants africains ayant rivalisé avec les maisons de commerce européennes de son temps.

Fatou NIANG SIGA, Dynastie Mbengue, manuscrit non publié, juin 2015, avec la contribution mémorielle d’Amady Aly DIENG. Ce document retrace la généalogie de la famille Mbengue et souligne l’apport économique, politique et culturel de Pèdre Alassane MBENGUE. Le Professeur Amady Aly DIENG y apparaît comme gardien de cette mémoire familiale.

************************

Cette pétition est un appel à l’action pour honorer une figure historique majeure et réaffirmer notre fierté nationale. Nous espérons qu’elle recevra votre soutien et votre attention.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Malick NDIRLanceur de pétition

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Mouhamed TOURÉ et 19 autres ont signé récemment.

Le problème

À l'attention de :  

  • Son Excellence Monsieur le Président de la République du Sénégal,
  • Monsieur le Premier Ministre du Sénégal,  
  • Monsieur le Ministre de l’Urbanisme, des Collectivités territoriales et de l’Aménagement du territoire,  
  • Monsieur le Maire de la Commune de Saint-Louis,
  • Mesdames et Messieurs les Conseillers Municipaux de la Commune de Saint-Louis, 
  • La Société Civile Sénégalaise,  

Mesdames, Messieurs,  

Nous, citoyens sénégalais, historiens, chercheurs, et membres de la société civile, sollicitons respectueusement votre attention et votre soutien pour la rebaptisation du Pont FAIDHERBE à Saint-Louis en "Pont Pèdre Alassane MBENGUE". Cette initiative vise à honorer la mémoire d’un acteur clé de l’histoire économique et sociale du Sénégal au XIXᵉ siècle, tout en réaffirmant notre volonté de nous réapproprier notre patrimoine et de valoriser les figures locales qui incarnent les valeurs d’autonomie, de dignité et de résilience. 

 

 

CONTEXTE HISTORIQUE & JUSTIFICATION

1. Le Pont FAIDHERBE : un symbole colonial

Le Pont FAIDHERBE, nommé en l’honneur de Louis Léon César FAIDHERBE, gouverneur colonial du Sénégal de 1854 à 1865, représente une période de domination et d’oppression. Bien que ce pont soit un ouvrage d’art important pour la ville de Saint-Louis, son nom perpétue une mémoire coloniale qui ne reflète pas les aspirations actuelles du Sénégal, pays indépendant et fier de son identité.  

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2. Pèdre Alassane MBENGUE (1821–1889) : Un bâtisseur d’avenir dans l’Afrique du XIXᵉ siècle

Né à Saint-Louis et issu d’une lignée royale du Jolof, Pèdre Alassane MBENGUE fut l’un des premiers grands négociants africains modernes. Surnommé le "Roi du Thé", il établit un quasi-monopole sur ce produit stratégique, devenu au XIXᵉ siècle un symbole culturel majeur.

Son influence reposait sur :

  • L’acquisition de quatre navires marchands immatriculés à Bordeaux, assurant une importation directe depuis Marseille et Liverpool ;
  • Son association avec les Établissements BRÜE, grande maison de commerce française ;
  • La propriété d’un domaine agricole de 1000 hectares, d’un vaste patrimoine immobilier, d’une boulangerie et de pêcheries ;
  • La création d’un réseau commercial étendu de Saint-Louis aux Rivières du Sud, passant par le Fouta Toro, le Trarza et la vallée du Sénégal.

Un réseau familial puissant : le partenariat fondateur avec Bocaline Alassane MBENGUE

L'œuvre de Pèdre ne peut être comprise sans évoquer son frère et partenaire stratégique, Bocaline Alassane MBENGUE (vers 1823–1880/81). Tandis que Pèdre opérait depuis Saint-Louis, Bocaline établissait et gérait un réseau commercial florissant depuis la région de Boké, en actuelle Guinée. Il approvisionnait Pèdre en produits tropicaux précieux (noix de cola, huile de palme, fruits), recevant en retour des céréales, du sel et des produits manufacturés. Leur partenariat fraternel incarnait une intégration économique ouest-africaine sophistiquée et autochtone, bien antérieure aux frontières coloniales. Il prouve que la puissance commerciale de Pèdre s'appuyait sur un réseau de confiance familial et une vision régionale partagée, illustrant la force des dynamiques économiques africaines autonomes.

Son poids économique s’accompagnait d’un rôle politique affirmé.

Pèdre Alassane MBENGUE ne se limita pas à bâtir un empire commercial : il fut également un acteur politique courageux qui prit part aux grandes mobilisations contre l’hégémonie coloniale. Entre 1876 et 1888, il signa plusieurs pétitions collectives adressées au Gouverneur et au Ministre de la Marine pour réclamer la liberté du commerce et dénoncer les monopoles coloniaux qui étouffaient les initiatives africaines.

Ces revendications s’articulaient autour de trois exigences majeures :

  • L’accès libre et équitable au fleuve Sénégal, axe vital du commerce régional.
  • La fin des monopoles des grandes maisons coloniales européennes, qui accaparaient les circuits d’échanges.
  • La levée des entraves imposées par les Maures alliés aux colons, dont le contrôle abusif, souvent appuyé par l’administration, paralysait le commerce indigène.

Plusieurs textes marquent ce combat :

  • 1er janvier 1879 → pétition au Gouverneur de Saint-Louis exigeant la libre navigation sur le fleuve Sénégal.
  • 22 octobre 1886 → adresse au Ministre de la Marine dénonçant l’insécurité chronique et l’arbitraire des Maures.
  • 9 novembre 1887 et 29 septembre 1888 → réitération des revendications, restées sans suite.

Point culminant de ce mouvement, la réunion historique du 9 octobre 1876 à la mairie de Saint-Louis rassembla commerçants et traitants indigènes. Ensemble, ils réclamèrent avec force l’accès libre au fleuve, dénonçant les privilèges accordés aux maisons européennes. La participation active de Pèdre Alassane MBENGUE à cette mobilisation collective demeure un jalon fondamental de la résistance économique africaine face à la domination coloniale.

3. Un humaniste et bâtisseur social

Issu d’une prestigieuse lignée maraboutique du Jolof, Pèdre Alassane fut guidé par les valeurs islamiques de justice et de solidarité. Refusant toute complicité dans la traite des esclaves, il consacra une partie significative de sa fortune à la libération de captifs (hommes, femmes et enfants), qu’il réinstalla dans des villages d’insertion à Ross-Béthio, dotés de formations professionnelles et de systèmes de microcrédit sans intérêt.

Il participa également à la construction de mosquées, à la réforme d’écoles coraniques, et au financement de programmes éducatifs. Sa pensée, profondément enracinée dans sa foi, s’accompagnait d’une vision ouverte et ferme. Dans une déclaration restée célèbre en 1878, il affirma :

« Pendant plus de soixante ans, les chrétiens nous ont respectés, et beaucoup plus que les francs-maçons qui ne croient même pas en Dieu. »

Cette parole traduit à la fois sa tolérance, son humanisme et son refus de toute compromission avec les forces qui menaçaient la dignité spirituelle et sociale de son peuple.

 

 

"Pèdre Modàn règler Guéjj gi"— « Pèdre, le maître des échanges transocéaniques » — ce slogan, né dans les ruelles animées de Saint-Louis et porté par les vents du fleuve Sénégal, résume l’héritage d’un homme surnommé le "Roi du Thé", pionnier du panafricanisme économique. À travers son commerce, sa diplomatie et son engagement social, Pèdre Alassane MBENGUE incarna l’émergence d’un modèle africain de développement, fondé sur l’audace, la justice et la foi.

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4. Le "Roi du Thé"

Pèdre Alassane MBENGUE doit son surnom prestigieux de "Roi du Thé" à sa maîtrise absolue des circuits commerciaux de cette précieuse denrée dans l'Afrique de l'Ouest du XIXᵉ siècle. Alors que le thé, particulièrement dans ses versions russe et verte, s'imposait comme un marqueur social de raffinement et d'hospitalité dans les sociétés ouest-africaines, MBENGUE en devint le principal architecte commercial.

Son empire théier s'articulait autour de quatre piliers stratégiques :

  • Importation directe : Contournant les intermédiaires coloniaux, il établit des liens directs avec les producteurs européens et asiatiques, faisant immatriculer sa flotte commerciale à Bordeaux tout en maintenant des comptoirs à Marseille et Liverpool.
  • Réseau logistique intégré : Il mit en place un système de distribution couvrant la Sénégambie, la Mauritanie et au-delà, avec des caravanes spécialisées capable de desservir les marchés les plus reculés.
  • Transformation culturelle : MBENGUE ne se contenta pas d'importer - il adapta les blends et les modes de consommation aux préférences locales, créant ainsi de nouveaux rites sociaux autour du thé.
  • Contrôle qualité vertical : De la sélection des feuilles en Orient à leur présentation dans les maisons saint-louisiennes, il supervisait personnellement chaque étape de la chaîne de valeur.

Impact économique et social :

  • Chiffre d'affaires estimé à 25 millions de francs-or annuels à son apogée
  • Création de 500 emplois directs (dockers, caravaniers, négociants)
  • Modernisation des infrastructures portuaires de Saint-Louis
  • Introduction de nouvelles variétés (thés verts de Chine, blends russo-mandchous)

Le thé devint sous son impulsion bien plus qu'une boisson : un instrument diplomatique, une monnaie d'échange et le ciment de relations commerciales couvrant un territoire s'étendant du Trarza au Fouta-Toro. Cette domination économique lui permit de financer ses œuvres sociales et de constituer un réseau d'influence unique, faisant de lui l'un des premiers capitaines d'industrie africains de l'ère moderne.

Sa célèbre "Route du Thé" anticipait les corridors économiques contemporains, combinant transport maritime, fluvial et caravanier pour approvisionner un marché en pleine expansion. Cette vision préfigurait l'intégration commerciale régionale tout en démontrant la capacité des entrepreneurs africains à dominer les circuits d'échanges globaux.

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5. Un héritage durable

Cet héritage fut poursuivi par son fils, Khayar MBENGUE (1875–1949), homme instruit, formé à Saint-Louis, qui prit part aux premiers mouvements d’émancipation politique aux côtés de Blaise DIAGNE. À la tête de la nouvelle génération des “originaires”, Khayar conciliait engagement patriotique, rigueur morale et continuité économique. Il incarna la transition vers une bourgeoisie africaine consciente de ses responsabilités historiques.

Aujourd’hui encore, la famille MBENGUE reste une référence dans l’histoire économique, religieuse et politique du Sénégal. L’évocation du nom de Pèdre résonne comme une mémoire vivante de la dignité, de l’indépendance d’esprit et du génie africain.

 

 

POURQUOI REBAPTISER LE PONT FAIDHERBE ?

La rebaptisation du Pont FAIDHERBE en "Pont Pèdre Alassane MBENGUE" répond à cinq impératifs majeurs :

  1. Se réapproprier notre histoire :  Renommer cet ouvrage emblématique constitue un acte de souveraineté mémorielle. Il s’agit de rendre justice à une figure sénégalaise du XIXᵉ siècle, effacée par le récit colonial, mais dont les réalisations ont profondément marqué l’économie et la société. Honorer Pèdre Alassane MBENGUE, c’est rappeler que notre histoire ne commence pas avec la conquête, mais avec nos propres bâtisseurs.
  2. Corriger un contraste moral et politique : Le nom actuel glorifie Louis Faidherbe, gouverneur colonial dont l’administration fut synonyme de violence et d’exploitation : conquêtes sanglantes, villages incendiés, répressions brutales, travail forcé. À l’opposé, Pèdre Alassane MBENGUE incarna l’intégrité morale et l’humanisme : il refusa toute complicité dans la traite, consacra une partie de sa fortune à libérer des captifs et œuvra pour un commerce équitable, autonome et respectueux.
  3. Valoriser un bâtisseur national :  Entrepreneur visionnaire, il développa le premier réseau commercial intégré du Sénégal, reliant Saint-Louis au Trarza, au Fouta Toro et aux Rivières du Sud. Son monopole sur le thé, qui lui valut le surnom de « Roi du Thé », illustre la capacité des entrepreneurs sénégalais à créer des modèles d’autonomie économique sans tutelle coloniale.
  4. Célébrer le vivre-ensemble : Musulman engagé et ancré dans ses valeurs spirituelles, MBENGUE fut aussi un artisan du dialogue interreligieux. Il entretint des relations respectueuses avec la communauté catholique de Saint-Louis et promut une société plurielle, fondée sur la tolérance et la solidarité. Cet héritage reste une source d’inspiration pour un Sénégal où la diversité religieuse constitue un socle identitaire.
  5. Inspirer les générations futures : Son parcours illustre une voie africaine du développement : alliant foi, éthique, innovation et enracinement culturel. Associer son nom à ce pont, c’est offrir à la jeunesse sénégalaise un modèle de dignité et d’ambition, et rappeler que l’avenir se construit à partir de nos propres valeurs et de notre mémoire collective.

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APPEL A L'ACTION  

Nous demandons instamment aux autorités compétentes de considérer cette proposition de rebaptisation comme une étape essentielle dans la réappropriation de notre patrimoine historique. En honorant Pèdre Alassane MBENGUE, nous rendons hommage à un homme dont la vie et l’œuvre incarnent les valeurs d’autonomie, de dignité et de résilience qui sont au cœur de l’identité sénégalaise.  

Nous appelons également la société civile, les historiens, les chercheurs et tous les citoyens soucieux de préserver et de valoriser notre héritage à soutenir cette initiative. 

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CONCLUSION 

Ensemble, œuvrons pour un Sénégal fier de son identité et de son histoire. En rebaptisant le Pont Faidherbe en "Pont Pèdre Alassane MBENGUE", nous faisons un pas symbolique mais essentiel vers un avenir où notre espace public reflète davantage nos héros locaux et notre héritage collectif.  

Veuillez agréer, Mesdames et Messieurs, l’expression de notre profond respect et de notre engagement en faveur de la préservation de notre patrimoine historique.  

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REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES :

David ROBINSON, Sociétés musulmanes et pouvoir colonial français au Sénégal et en Mauritanie, 1880-1920, Karthala, 2004. Étude de référence sur les dynamiques d’adaptation et de négociation entre élites locales et pouvoir colonial. L’auteur y consacre plusieurs passages à l’influence de Pèdre Alassane MBENGUE en tant que courtier, entrepreneur et acteur central dans les transformations économiques et sociales du XIXᵉ siècle.

Samir AMIN, La bourgeoisie d’affaires sénégalaise, in L’Homme et la Société, n°12, avril-juin 1969, pp. 29-41. Cet article analyse la structuration des élites économiques sénégalaises. Pèdre Alassane MBENGUE y est cité comme l’un des rares commerçants africains ayant rivalisé avec les maisons de commerce européennes de son temps.

Fatou NIANG SIGA, Dynastie Mbengue, manuscrit non publié, juin 2015, avec la contribution mémorielle d’Amady Aly DIENG. Ce document retrace la généalogie de la famille Mbengue et souligne l’apport économique, politique et culturel de Pèdre Alassane MBENGUE. Le Professeur Amady Aly DIENG y apparaît comme gardien de cette mémoire familiale.

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Cette pétition est un appel à l’action pour honorer une figure historique majeure et réaffirmer notre fierté nationale. Nous espérons qu’elle recevra votre soutien et votre attention.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Malick NDIRLanceur de pétition

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Pétition lancée le 28 décembre 2020