Petition updateBIENTÔT SABLON en CHANTIER : Un projet colossal risque d'être construit !!!L'évolution du centre de Bruxelles - Les symptômes d'une dérive très inquiétante
sauve.lebeau.sablon
May 5, 2024

Lettre 3
L'évolution du centre de Bruxelles
Les symptômes d'une dérive très inquiétante
La ville n'est pas un centre commercial.
La ville n'est pas une kermesse.
La ville n'est pas un luna-parc.
C'est ce que nos responsables politiques doivent comprendre.
La conception qu'ils se font du centre-ville, influencés par les sociétés immobilières et par les pressions du grand commerce, est erronée. Entreprendre de faire du centre-ville un grand shopping center et un lieu de délassement du week-end, pour les touristes d'un ou deux jours, ou encore l'espace d'accueil pour les débordements festifs des supporters sportifs, bref un lieu pour le bonheur des masses, est un non-sens suicidaire.
Le centre historique de la ville a été, depuis ses origines, un lieu de rencontre avec la diversité, un lieu de confrontation et un lieu d'éducation. Et il doit garder cette vocation. À la différence des communes périphériques qui s'organisent spontanément en un regroupement social par strates, dû notamment aux disparités des valeurs de l'immobilier, elle est un lieu de rencontre et de prise de conscience de la complexité de la société, et un lieu d'apprentissage de la diversité et d'empathie avec l'ensemble de la société. C'est le lieu d'expérience des jeunes gens au moment où ils s'émancipent de leur milieu et quittent l'influence du cocon familial, de leurs banlieues ou de leurs campagnes. Au moment où ils sortent de l'adolescence, la compréhension des fondements de l'État n'est pas inutile. Ils y rencontrent notamment, dans le haut de la ville, le quartier où s'exerce avec dignité la représentation nationale. Les symboles des trois pouvoirs judiciaire, législatif et exécutif y ont été urbanistiquement exprimés dans l'espace par une triangulation qui met en relation ces édifices et les institutions qu'ils représentent, et qui exprime ainsi leur relation et leur indépendance, en même temps que les principes de la démocratie. Parsemer de statues humoristiques du Chat, le Parc Royal, qui est au centre de ce quartier où nos aînés ont voulu mettre en place ce message, n'est peut-être pas la meilleure idée. Laisser à l'abandon le Palais de Justice est également profondément irresponsable. Et depuis la place Poelaert, avec sa grande roue qui y trône en quasi permanence, jusqu'à la place Royale, les signes d'une désinvolture et d'une consommation infantile s'exhibent et envahissent l'espace mental.
Le merchandising qui s'organise autour du Musée Magritte réduit l'art à une consommation culturelle simpliste. Même la restauration alimentaire croit devoir s'installer dans les bâtiments du musée, comme si leur contenu lui-même ne pouvait plus suffire. Et le Chat rivalisera bientôt dans son nouveau musée avec le grand art et les valeurs en place aux alentours, qui dépérissent dans la dérision.
Ces attitudes avilissantes oblitèrent le sens même de ce que l'on appelait autrefois l'instruction, la culture ou les Beaux-Arts. Certes, le Palais des Académies tente encore de garder une certaine dignité pour exprimer ces valeurs, mais que dire de BOZAR, qui en vis-à-vis, par son appellation ridiculise le principe même de la création artistique, ainsi que sa portée, avant même qu'on y pénètre. Ce logo obtus d'illettrés à fait écho la "marque Magritte" ou celle du "Chat". À quoi jouons-nous?
Il y a un siècle, l'Université de Bruxelles se trouvait rue des Sols et cette partie de la ville était surnommée en son temps le Quartier Latin. De la place Royale à la rue la Madeleine, en passant par la galerie Bortier et la rue Saint-Jean se trouvaient des libraires spécialisées et bouquinistes, des galeries d'art, des antiquaires, des marchands d'instruments de musique et de partitions, de gravures, de numismatique, etc. Mais aussi des traiteurs, des volaillers, toutes sortes de commerces d'excellence. Les derniers qui tiennent encore ces commerces désespèrent de la politique de la Ville (qui possède pourtant un échevinat du commerce), qui les ignore, et qui semble ne vouloir ne favoriser qu'un esprit de kermesse et de beuveries ainsi que le grand commerce de masse. La Ville vient d'ailleurs de se défaire de la Galerie Bortier et l'investisseur pense y placer des commerces de bouffe.
La ville avec sa Grand-Place et ses monuments racontait son histoire, ses corporations de métiers, son artisanat d'excellence, ses conquêtes sociales. Et ses rues au tracé médiéval, jusqu'il n'y a pas si longtemps, offraient la rencontre avec ce que le savoir-faire artisanal ou la culture avaient à montrer de meilleur. L'offre des produits de qualité, ce que l'art et l'artisanat réalise de meilleur, participait à l'identité même du centre-ville, mais aussi à l'éducation de ceux qui en prenaient ainsi connaissance. Aujourd'hui encore, dans notre société, tous les secteurs de l'activité comportent des domaines d'excellence qui tentent de rivaliser avec des productions industrielles, mais ils n'ont plus leur place dans le centre-ville. La frite, la gaufre, la bière prennent à présent le dessus. À côté de cela, certains commerces qui vendent des babioles aux touristes et prétendent recevoir principalement de l'argent en cash, sont en fait des usines à recyclage d'argent sale. Et grâce à nos élus, la ville possède aussi un casino. Était-ce bien nécessaire?
La salle de la Madeleine, autrefois lieu de spectacle, de conférences, mais aussi de réunions mondaines, a également été rachetée par un investisseur, et est devenue le temple des décibels. Surexploitée, au-delà de ses capacités d'espace, elle déborde au point que les techniciens logent rue Duquesnoy dans des autocars qui ronronnent toute la nuit, dérangeant ainsi les riverains.
La Grand-Place périodiquement illuminée par un son et lumière qui la défigure est transformée en une sorte de Disneyland pour les touristes d'un week-end, venus y faire des selfies, et sensés dépenser leur argent en nuitées d'hôtel et en babioles de souvenir ou en fast-food qui nourriront leur représentation et leurs souvenirs de la Capitale de l'Europe.
Installée dans l'ancienne Bourse de Commerce, le Temple de la bière s'y est à présent ajouté. Il prétend offrir à la jeunesse comme aux touristes le symbole de l'identité bruxelloise et vante ses attraits, incitant à un programme d'errance éthylique à travers la ville.
Ces encouragements à la médiocrité sont consternants et déshonorants. L'entretien de l'espace public du centre ville, aux pavés disjoints, aux revêtements dégradés, à la saleté repoussante, est une permanente école de la négligence et de la désinvolture. Le centre ville nous donne le spectacle d'une réduction dégradante du citoyen à la consommation et à la satisfaction de ses besoins hédonistes primaires.
À ces aberrations s'ajoute le projet de prolonger ce qui a été réalisé pour créer bientôt le plus vaste piétonnier d'Europe alimenté par une nouvelle ligne de métro et une station au nom d'un joueur d'harmonica. Ces réorganisations urbanistiques ne se font qu'au profit des grandes entreprises de commerces franchisées ou des grandes marques internationales diffusant des produits industriels fabriqués très loin et à bas coût, destinés aux masses. Et c'est aux frais des deniers publics, sur des budgets largement dépassés, que tout cela est en train de se réaliser. Il faut aller voir au prix de quel inconfort pour les habitants se produit actuellement la transformation de cette partie de la ville en vue de la réalisation de ce projet.
Il y a lieu de s'inquiéter devant la violence et la bêtise qui s'exercent dans cette dérive. La consommation, l'anesthésie intellectuelle, culturelle et politique semblent le seul programme qu'arrive à promouvoir nos édiles. Par inculture, par faiblesse face au grand commerce, par électoralisme aussi, ils sont en train de tuer l'ancien centre historique de la ville et sa fonction intégratrice. Nous assistons à un processus de régression et d'aliénation qui est inacceptable. Insensiblement et insidieusement, il met en danger les fondements humanistes de notre société. Une consommation primaire et avilissante est en train de submerger toutes les valeurs de la société et s'apprête à traiter la population comme des consommateurs abrutis.
Rejoignez-nous pour lutter contre cette dérive. La société Immobel y a sa part : celle-ci en est un de ses acteurs majeurs, notamment place de Brouckère et dans l'ancien centre administratif de Bruxelles. Agissant aussi au Sablon, ce promoteur prétend vouloir "revitaliser" ce quartier. Il le fera évoluer de la même façon que le bas de la ville, vers une marchandisation complète de la cité, livrée à la sous-culture industrielle consumériste.
Continuez à nous soutenir :
"Sauve Lebeau Sablon" ING BE91 3632 0619 6576
Le Comité Sauve Lebeau Sablon et l'Association du Patrimoine Artistique
Pierre Loze

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