sauve.lebeau.sablon
Apr 21, 2024

Pourquoi nous obstinons-nous ?

Nous avons décidé d'aller jusqu'au Conseil d'État pour remettre en question l'acceptation par la Ville et la Région du projet d'Immobel au Sablon. Car ce projet, dont on se demande comment il a pu passer au terme d'une commission de concertation qui a clairement mis en évidence ses irrégularités, n'est qu'un des aspects de la dérive qui est en train de se produire à Bruxelles. Il démontre les contradictions intrinsèques de la gestion urbanistique conduite par la Ville et la Région, son incapacité à définir le cadre dans lequel l'initiative privée peut remplir sa fonction. Nous avons devant nous le spectacle affligeant d'élus, faux décideurs, avançant à l'aveuglette, au gré d'opportunités, de pressions, et parfois pris au piège de déclarations ou d'engagements inconsidérés auprès des acteurs de l'immobilier. Le nouveau centre administratif de la ville de Bruxelles bâti à l'emplacement du parking 58 est à l'image d'une gouvernance sans tête qui se pare de casquette en guise de cerveau. L'expression de ce bâtiment vu du dehors fait honte. Et ce sont les mêmes qui l'ont inspirée qui sont à l'origine de la disparition de ce parking et qui ont voulu le grand piétonnier. Mal préparé, imposé par un coup de force, cette belle idée a fait fuir tous les commerces de qualité du centre-ville. Les bonnes intentions ne suffisent pas. Une opération de ce genre se prépare longuement. Dans un pays où les déplacements en voiture sont un des piliers de la société, la négation de son utilisation est un non-sens. Pour réaliser un centre prioritairement piétonnier, on fait construire préalablement des parkings judicieusement placés aux alentours de la zone piétonnière, ou au moins, on préserve ceux qui existaient ! Même s'ils étaient disgracieux. On revoit et adapte aussi de manière significative le réseau des transports en commun. Rien de tout cela n'a été fait. Le temple de la bière réalisé en défigurant la Bourse est le symbole manifeste d'une inculture et d'une dérive populiste qui découle immédiatement de l'incompétence et l'irresponsabilité des édiles. Le paysage et l'ambiance de la ville sont en train de se transformer : en moins de dix ans un aspect de misère et de délabrement s'est installé au centre de Bruxelles. Le tourisme d'un jour, les rassemblements de supporters ou les débordements du vendredi ou samedi soir règlent désormais le rythme de vie d'un centre-ville devenu sale, bruyant et inconfortable pour l'habitat, et dont l'attrait s'amenuise au fil des années pour ceux qui le fréquentaient autrefois.


Mais il y a pire. C'était l'honneur de Bruxelles de ne pas connaître les banlieues, comme elles existent en France, et d'accueillir en son centre les nouveaux venus. Quelle meilleure école de l'intégration que d'être en contact les uns avec les autres ! Mais aussi de découvrir à travers les commerces de qualité les manières de vivre et les valeurs du pays où l'on se trouve. Ils ont tous du fuir en périphérie ! Et l'agression va plus loin. Il faut aller voir aujourd'hui aux alentours de l'avenue de Stalingrad, l'épouvantable désordre de l'interminable chantier d'un projet de station de Métro, infligé par la Stib aux habitants. On y découvre avec ahurissement les conditions dans lesquelles sont obligés d'essayer de subsister les habitants de ce quartier et les petits commerces et salons de thé qui faisaient le charme de ce petit coin d'Orient. Pourquoi maltraiter ainsi nos concitoyens? À quel titre? Au nom d'un grand projet : le plus grand piétonnier d'Europe qu'alimenteront notamment cette nouvelle station et une ligne de métro! C'est sur base d'un projet dont un rapport Mac Kinsey a défini les objectifs, que s'alignent, dirait-on, nos élus, quelles qu'en soient les couleurs, y consacrant l'argent public. Le coût de ce chantier pharaonique, dont les dépassements ont été annoncés par la presse en même temps que ses difficultés de réalisation, font frémir. Attirer les masses, créer un nouveau centre-ville avec des espaces commerciaux où se retrouvent toutes les grandes marques, faire du chiffre... Mais à quoi bon, alors que partout dans la périphérie on trouve déjà tout ce qu'il faut dans ce domaine ? L'offre commerciale pléthorique d'espaces commerciaux n'a d'autre résultat que de mettre en difficulté ceux qui existent, et dans le contexte de l'I-commerce les conditions mêmes de la distribution ont changé. Mais nos élus ont perdu toute capacité de réflexion : ils cèdent face au capitalisme à courtes vues qui est à l'ouvrage, lequel se règle sur quelques principes sommaires et harcèle les politiques de ses demandes insistantes, sur des programmes standards et dépassés. Et le patrimoine lui-même entre dans un processus de merchandising avilissant qui l'altère. Qu'importe les difficultés, qu'importe celles des habitants qui peinent à survivre dans une ville-chantier ! Le "dynamisme entrepreneurial" est à l'ouvrage ! Qu'importe les commerçants qui doivent fermer ou se replier ailleurs ! C'est malheureusement aussi le cas avec ce que propose Immobel au Sablon, et c'est aussi ce qui risque de s'y passer bientôt. La Stib vient d'y ajouter des difficultés d'accès, avec un projet d'adaptation de l'axe de la rue de la Régence par la création de quais destinés aux personnes à mobilité réduite qui, après les tâtonnements de l'opération Good move, bloqueront la circulation, rendant l'accès en voiture au Sablon quasi impossible, sinon en s'armant d'une patience d'ange. Les commerces de qualité tentent actuellement d'y survivre. Et voilà qu'Immobel, qui se targue de revitaliser "ce quartier, exclusif", y apporte une montagne de logements, trop haute, qui empile des appartements et y ajoute des bureaux, face à un bel ensemble de maisons de style éclectique et Art Nouveau. Le promoteur veut en plus y créer des nouveaux espaces commerciaux, y ajouter une nouvelle offre, comme si la demande était sans limite. Certes, qui ne tenterait de prendre une part à ce "marché" avec quelques recettes éprouvées par des boutiques sur la montée de la rue Lebeau ? Mais l'accueil et l'identité d'une ville ne peuvent résumer au chocolat, aux gaufres, à la bière, au fast food, assaisonné de clichés culturels de merchandising de Magritte, du Chat et consorts. Les quelques commerces et restaurants de qualité, ces quelques antiquaires ou galeries d'art ou salles de vente du Sablon que l'on peut montrer sans honte à des amis en visite à Bruxelles, en même temps qu'un quartier historique plus ou moins préservé, chargé d' histoire, avec sa jolie église du 15e siècle et un petit square qui raconte par ses statues la vie du pays au 16e siècle, risquent simplement de ne plus tenir le coup, sous l'assaut qui se prépare. Ils font la dignité de cette ville, ce qui reste de savoir vivre, d'éducation, de culture, alors que le bas de la ville, n'a presque plus que des franchisés, des night shop, ou des commerces de revente à proposer, et s'enfonce lamentablement dans une allure de misère, de chantier permanent, de négligence, dans le culte de la frite, de l'éthylisme et l'odeur du vomi.


Rejoignez-nous dans ce combat pour la préservation du patrimoine, qui au-delà des traces du passé architectural et artistique, et aux qualités d'un lieu d'histoire, tient aussi à une qualité de vie dans ce quartier, dans une ville où la consommation de masse tente de tout engloutir dans des projets inconsidérés, dirigés par l'appétit de profit. La ville ne peut se réduire à devenir le terrain de jeu d'avides promoteurs immobiliers.


Nous espérons qu'une décision de justice reconnaîtra les irrégularités urbanistiques évidentes du projet d'Immobel, ce qui amènerait le promoteur à devoir réviser son projet, et à le ramener à des proportions plus raisonnables.


Continuez de nous soutenir : "Sauve Lebeau Sablon" ING BE91 3632 0619 6576


Le Comité Sauve Lebeau Sablon et l'Association du Patrimoine Artistique


Chris Bosma, Dominique Vautier et Pierre Loze

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