Nous avons eu de nombreuses réactions à nos courriers successifs. Beaucoup de messages de soutien, chaleureux, argumentés, appuyés des témoignages personnels. Mais aussi quelques désabonnements laconiques de gens ne souhaitant plus recevoir nos courriers. L'un d'eux, un peu plus explicite, s'indignait que nous communiquions la liste des souscripteurs ayant contribué aux frais d'avocats liés à notre démarche auprès du Conseil d'État. Violation de la vie privée, de la confidentialité, utilisation de données personnelles! Mais cet intervenant ne faisait pas partie personnellement des souscripteurs. Intimidation donc. Rien ne nous étonne dans cette affaire. Une liste de noms ne constitue en rien une divulgation de données personnelles, on ne peut en tirer aucune information confidentielle. À nos yeux, il s'agit d'un simple comité d'honneur. Un de nos souscripteurs nous a d'ailleurs appelé pour nous signaler que nous avions oublié de le mentionner. Nous avons évidemment immédiatement réparé cette omission.
Un autre reproche est celui d'être un peu long. Les gens ne lisent plus, nous écrit-on. On nous conseille de nous adresser aux politiques, de les saisir de nos préoccupations, mais de manière brève. Si les politiques ne veulent plus lire, et n'ont plus le temps de réfléchir, c'est bien dommage pour eux. Nous nous adressons à des gens qui lisent encore, et prennent le temps d'observer, de nommer, de peser, d'argumenter, et d'aborder des problèmes complexes avec prudence, avec l'aide d'une bonne connaissance, et par l'exercice complet de ce que l'on appelle la pensée.
Nous sommes très conscients que nous pouvons formuler très clairement et sans peine les observations de ce qui ne va pas dans le centre-ville depuis quelques années. Mais nous ne le sommes pas moins du fait que les problèmes qui se posent sont si complexes, et la dégradation si avancée, que ce ne seront pas quelques solutions simplistes, du genre "il n'y a qu'à ..." qui règleront les innombrables questions qui se posent. Il est évident que formuler des remèdes est beaucoup plus difficile. Ni les positionnements de gauche ou de droite, et encore moins ceux qui s'appuyent sur les conflits linguistiques ou internationaux ne pourront résoudre des questions où s'imbriquent si étroitement les composantes de l'écologie, de l'éducation, d'économie, d'évolutions techniques, etc. Nous voyons la Région concocter, par exemple, des règles en matière de normes écologiques qui semblent d'un irréalisme complet, et permettent de douter du simple bon sens de ceux qui les édictent en cherchant à s'aligner sur les normes et objectifs européens.
Nous hésitons donc à ce stade, à la veille d'élections, à saisir les responsables de partis afin qu'ils s'engagent, fassent des déclarations et des promesses, à l'emporte pièce. Nous savons que tous les élus qui se sont succédé n'ont pas vu venir cette dégradation qui n'apparaît que depuis peu sous un jour aussi évident et inquiétant. Il n'est pas dans nos intentions d'accabler qui que ce soit, de stigmatiser des responsabilités passées qui n'ont pas été à la hauteur.
À ce stade nous souhaitons simplement élargir la conscience des problèmes qui se posent, augmenter le cercle naissant de ceux qui nous rejoignent et perçoivent le même phénomène de dégradation, et nous souhaitons que ces problèmes soient identifiés et reconnus.
Les élections auront lieu et chacun votera selon sa conscience et ses opinions.
Mais ce que nous souhaitons, c'est qu'au lendemain des élections, une commission parlementaire soit constituée et soit chargée d'analyser les causes et les remèdes de cette crise du centre-ville et qu'à l'improvisation actuelle, qui a généré la catastrophe que nous vivons, succède une véritable réflexion : il faut que cela débouche sur des objectifs et une stratégie cohérente, élaborée en concertation avec des experts, pour réparer cette ville. Il faut en finir avec les humeurs et les déclarations improvisées des uns et des autres et les jeux d'influences qui ont prévalu jusqu'ici, le rôle excessif de promoteurs immobiliers. La question n'est pas celle de l'architecture, mais celle d'une vie harmonieuse dans la ville, moins de chantiers, plus d'entretiens, une ville qui a son passé, ses beautés et ses disgrâces, mais où l'on puisse vivre.
Pierre Loze
Pour le comité Sauve Lebeau Sablon et l’Association du Patrimoine artistique
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Chris Bosma, Dominique Vautier et Pierre Loze