Pour une meilleure insertion des doctorant-e-s et jeunes docteur-e-s au sein des ENSA(P)

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À Madame Françoise Nyssen, Ministre de la Culture
À Madame Frédérique Vidal, Ministre de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche et de l’Innovation
À Monsieur Philippe Grandvoinnet, Directeur du Bureau de la Recherche Architecturale, Urbaine et Paysagère (BRAUP)


Depuis 2005, année de la réforme LMD dans l’enseignement de l’architecture et de la création du doctorat en architecture en France, de plus en plus de doctorants sont formés au sein des Écoles Nationales Supérieures d'Architecture (ENSA) et des Écoles Nationales Supérieures d’Architecture et de Paysage (ENSAP). En 2012, une avancée majeure a eu lieu dans la valorisation du doctorat en architecture : la création des contrats doctoraux par le Ministère de la Culture et de la Communication. La dynamique actuelle semble s'orienter vers un véritable soutien au développement du doctorat en architecture de la part du Ministère de la Culture et de la Communication comme du Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche. En 2014, on comptait 373 doctorants répartis dans les 37 Unités de recherche des 20 ENSA(P)*. La prochaine étape est amorcée : la création du statut d'enseignant-chercheur au sein des ENSA(P). Elle accélèrera le processus de valorisation des chercheurs au sein des écoles et nous nous en réjouissons.
Néanmoins, ces avancées pour la recherche architecturale, urbaine et paysagère paraissent encore insuffisantes pour assurer l'insertion actuelle des jeunes docteur-e-s au sein des ENSA(P). Le devenir des doctorant-e-s formé-e-s au sein des ces établissements en dépend. En effet, si nous nous félicitons de voir toujours plus de docteur-e-s, peu de ces jeunes diplômé-e-s réussissent à intégrer les équipes pédagogiques. Il devient urgent de se questionner sur les perspectives d’embauche au sein des ENSA(P). L’un des premiers obstacles visibles est la réglementation liée aux recrutements de maîtres-assistants (MA) et maîtres-assistants associés (MAA) : inadaptée, elle rend difficile l'accès à ces postes après l'obtention du doctorat. Devenir enseignant et faire de la recherche est une vocation à part entière et un choix professionnel. Nous soutenons tous ceux qui souhaitent s'engager dans cette voie.

Ce constat est dressé aujourd’hui à l’échelle nationale par de nombreux doctorant-e-s, jeunes docteur-e-s, enseignant-e-s et chercheur-e-s. Pour l'exprimer, nous, doctorant-e-s et docteur-e-s formé-e-s au sein des ENSA(P) et leurs laboratoires, nous sommes regroupés. Nous souhaitons, ensemble, permettre aux futur-e-s et aux jeunes docteur-e-s participant à l’enrichissement de la recherche architecturale, urbaine et paysagère de voir s’ouvrir de nouvelles perspectives dans l’enseignement et la recherche au sein des ENSA(P) et plus largement, au sein des établissements universitaires et de recherche.
Ainsi, par le biais de cette lettre, nous, collectif de doctorant-e-s et docteur-e-s, souhaitons aujourd’hui être entendus sur plusieurs points qui nous paraissent fondamentaux pour améliorer l’insertion professionnelle des jeunes docteur-e-s. Nous formulons unitairement les revendications suivantes :

  • Réduire la précarité des jeunes docteur-e-s souhaitant poursuivre dans l'enseignement et la recherche.

L'accès au poste de maître-assistant (prochainement maître de conférence) est aujourd'hui difficile par :
- le manque de reconnaissance des compétences acquises par le doctorat vis-à-vis de celles acquises par la pratique ;
- le manque d’expérience dans l’enseignement et/ou en agence.
Les postes de maître-assistant associé (MAA), futur maître de conférence associé, sont aujourd’hui l’une des seules options pour acquérir de l’expérience et candidater aux postes de maître-assistant (MA). Cependant, les conditions d’accès à ces postes, si elles sont adaptées à des profils « praticiens », ne correspondent pas à des profils « chercheurs ». En effet, le statut attaché aux postes à temps partiel fait qu'il est nécessaire d'avoir une activité principale et un chiffre d'affaires pour pouvoir y prétendre. Nombreux sont les jeunes docteur-e-s qui, au sortir de leur thèse, n’ont pas de statut ou n’ont pas eu d’activités rémunératrices suffisantes pour proposer des candidatures à des postes de MAA. L’option proposée – comme une évidence – par les administrations aux jeunes docteur-e-s est de prendre le statut – précaire – d’auto-entrepreneur inapproprié à la pratique de la recherche, de l'enseignement et de la pédagogie dans le cadre de la fonction publique. Nous demandons, ainsi, soit de revoir les conditions d’accès aux postes de MAA pour les jeunes docteur-e-s, soit de créer de nouveaux types de contrat, permettant de les libérer de la contrainte liée à la nécessité d'avoir une activité principale.

  • Redéfinir l’accès aux futurs postes de maître de conférence (actuel maître-assistant) et de maître de conférence associé (actuel maître-assistant associé) pour reconnaître réellement la valeur du doctorat.

Jusqu'à présent, l’accès aux postes de maître-assistant titulaire (MA) et de maître-assistant associé (MAA) était destiné aux personnes possédant un doctorat ou justifiant de sept ans d'activités professionnelles dans les domaines relevant de l’architecture. Ce type de critère permet aux praticiens et aux chercheurs de travailler ensemble au sein des ENSA(P). Ce sont deux types de profils différents, complémentaires et nécessaires. Un équilibre doit exister et c’est ce qui fait la spécificité et l’originalité de l’enseignement et de la recherche en architecture, en urbanisme et en paysage. Mais d’une part, au vu des fiches de postes de MAA rédigées par les établissements, le doctorat est souvent considéré comme optionnel et les sept ans d’expériences professionnelles constituent souvent le seul critère d’éligibilité du candidat. D’autre part, au regard de la réforme en cours et des textes écrits, bien que le doctorat soit revalorisé notamment par la mise en place de quotas pour le recrutement des maîtres de conférence, la concurrence avec les praticiens semble se complexifier pour les docteur-e-s. En effet, pour l’accès au corps de maître de conférence des écoles d’architecture par qualification (nouveauté de la réforme), la condition de recrutement par année d’activités professionnelles passera de 7 ans à 4 ans. Pour les postes de maître de conférence associé (sans nécessité de qualification), ce critère sera de 3 ans. Cet abaissement des années discrédite le diplôme de doctorat pour enseigner en école d’architecture et de paysage.
Nous demandons que ce critère soit reconsidéré et que le doctorat soit revalorisé dans le processus de recrutement.

  • Développer des post-doctorats et des contrats de recherche au sein des laboratoires permettant aux jeunes docteurs de poursuivre ou développer des travaux de recherche innovants, de favoriser les échanges scientifiques internationaux, mais aussi de renforcer les équipes de recherche. 

Mener une activité de recherche après la soutenance ne nous donne pas automatiquement de statut et nous nous retrouvons souvent dans des situations précaires. Certains docteur-e-s poursuivent leurs travaux avec, pour seuls revenus, les indemnités-chômage ou le RSA, voire sans aucun revenu. Face à cette situation, les ministères de tutelles doivent accompagner les laboratoires dans le développement de leurs activités de recherche et dans le recrutement de jeunes chercheurs. Pour ce faire, les règles concernant les appels à projet de recherche (en particulier pour les budgets de fonctionnement) portés par le BRAUP doivent être assouplies pour permettre aux directeurs de laboratoire d’impliquer des chercheurs non-titulaires et de financer des post-doctorats. D’autres pistes sont également à trouver dans la création de bourses de recherche pour permettre le développement de projets de recherche et de partenariats avec des équipes en France comme à l’étranger.

  • Intégrer les doctorant-e-s et jeunes docteur-e-s dans les débats sur la réforme de l’enseignant-chercheur (participation aux commissions, à l’écriture de la loi, etc.)

Nous sommes force de proposition et la réforme ne peut pas se faire sans les doctorant-e-s et jeunes docteur-e-s qui sont les futurs enseignants des ENSA(P). Jusqu'à présent, nous avons été exclus des débats. Les textes étant en cours de votation au sein des ENSA(P), nous demandons à être entendus rapidement et nous souhaitons pouvoir contribuer pleinement à leur élaboration.

 

Au-delà de notre volonté d’implication dans l’élaboration de cette réforme, nous souhaitons disposer des moyens pour participer à l’enrichissement des connaissances et pour contribuer au développement de la recherche architecturale, urbaine et paysagère au sein des ENSA(P). Mais il est nécessaire d’avoir de vraies conditions de travail pour mener cela à bien.

Nous invitons l’ensemble des doctorant-e-s, jeunes docteur-e-s, enseignant-e-s, chercheur-e-s, personnels administratifs à signer et à diffuser cette lettre au sein des ENSA(P) et au-delà, notamment dans les universités, où l'accès au poste de maître de conférence est aussi très complexe avec un doctorat en architecture. Il s'agit d'en discuter entre collègues, de partager nos expériences et de nous réunir pour construire la mobilisation à venir.


- LES PREMIERS SIGNATAIRES -
de Grenoble : Laure Brayer (chercheure associée CRESSON-UMR AAU), Léa Génis (doctorante CRAterre-AE&CC), Armelle Le Mouëllic (docteur en architecture, travaillant en agence d'architecture), Sylvie Laroche (chercheure associée CRESSON-UMR AAU), Mélanie Manin (chercheure associée MHAevt), Ivan Mazel (doctorant Cultures Constructives-AE&CC), Claire Rosset (doctorante MHAevt), Charline Sowa (docteur en architecture, sans emploi), Manon Scotto (doctorante MHAevt), Maïlys Toussaint (doctorante CRESSON-UMR AAU)
de Lyon : Eglantine Bigot-Doll (doctorante MAP-ARIA), Julie Cattant (chercheure EVS-LAURE, MAA ENSAL), Bastien Couturier (doctorant EVS-LAURE), Mélanie Meynier-Philip (doctorante EVS-LAURE), Rovy Pessoa Ferreira (doctorant EVS-LAURE), Benjamin Riley (doctorant MAP-ARIA)
de Marseille : Marion Serre (doctorante Project[s])
de Nancy : Jade Berger (doctorante LHAC), Henri-Jean Gless (doctorant MAP-CRAI), Elodie Hochscheid (doctorante MAP-CRAI), Adrien Marchand (doctorant LHAC), Lucile Pierron (chercheure associée au LHAC), Hugo Steinmetz (doctorant LHAC), Wydad Tedjini Bailiche (doctorante LHAC)
de Nantes : Aurore Bonnet (chercheure associée CRENAU-UMR AAU), Margaux Vigne (doctorante CRENAU-UMR AAU)
de Paris & Versailles : Camille Bidaud (doctorante IPRAUS), Loup Calosci (doctorant AHTTEP), Emilien Cristia (doctorant MAP-MAACC), Eliza Culea-Hong (doctorant LéaV), Angèle Denoyelle (doctorante IPRAUS), Yasmina Dris (doctorante LET - UMR LAVUE), Hakima El Kaddioui (doctorante AHTTEP), Jennifer Leonet (doctorante LET - UMR LAVUE), David Malaud (doctorant LéaV), Alessandro Panzeri (doctorant IPRAUS), Dimitri Toubanos (doctorant LIAT), Louis Vitalis (doctorant MAP-MAACC)
de Saint-Etienne : Pauline Chavassieux (doctorante ISTHME-EVS, Université Jean Monnet)
de Toulouse : Tiphaine Abenia (doctorante LRA), Florian Faurisson (doctorant LRA), Marine Tixier (doctorante LRA)

 

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* IGAENR, Une nouvelle ambition pour la recherche dans les écoles d'architecture. Propositions pour un statut d'enseignant-chercheur, 2014, p. 14.

 



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