« Serge Gainsbourg » dans le métro, c’est non: il faut changer le nom de la future station

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Le problème

« Serge Gainsbourg » dans le métro, c’est non : nous demandons le changement de nom de la future station de la ligne 11.

Les travaux sont lancés depuis 2016 pour le prolongement de la ligne 11 du métro parisien. Le prolongement doit ouvrir au "premier semestre 2024", date à laquelle le nom d’un homme violent, misogyne notoire et chantre de l’inceste sera officiellement donné à une des nouvelles stations. En effet, le prochain arrêt après "Mairie des Lilas" (terminus actuel), situé aux Lilas et à la frontière communale avec Romainville, doit porter le nom de "Serge Gainsbourg".

Les violences envers les femmes et les tendances pédocriminelles voire incestueuses de Serge Gainsbourg (pour ne citer qu’elles) sont pourtant de notoriété publique, et nous sommes révolté.e.s que sa personne soit mise à l’honneur dans le métro de Paris.

Chers RATP, IDF Mobilités et autres décideurs, voici quelques rappels :

 Dans son titre « Lemon Incest », sorti en 1984, Gainsbourg chante et fait chanter son fantasme incestueux à sa fille Charlotte, alors âgée de 12 ans. Dans le clip de cette chanson tout en « jeux de mots », il est torse nu, allongé sur un lit avec sa fille en T-shirt et culotte. 

En 1986 sort le film Charlotte Forever. Écrit et réalisé par Serge Gainsbourg, ce dernier met en scène une relation entre un père et sa fille, incarné.e.s par lui-même et Charlotte (15 ans à l’époque), dans un climat incesteux. La bande originale du film est la chanson du même nom, Charlotte Forever, où cette dernière chante les paroles écrites par son père « Papa papa j’ai peur/De goûter ta saveur ».

Comme l’explique la dessinatrice Cécile Cee, l’inceste est là sous nos yeux, même exprimé par la négative (« L’amour que nous ne ferons jamais ensemble» , Lemon Incest). C’était d’ailleurs la défense de Gainsbourg lui-même : son sujet était le fantasme incestueux et non sa réalisation concrète. Pourtant, cette oeuvre contribue à créer un climat présentant l'inceste comme une relation d'amour, sensuelle et désirable. 

Dans la chanson "Love on the beat" de 1984, qualifiée de"poème pornographique", des cris et gémissements féminins audibles au long de la chanson sont ceux de sa partenaire de l'époque, Caroline Paulus renommée « Bambou » par Gainsbourg, qui auraient été enregistrés à son insu et ajoutés au titre sans son consentement. 

Sous couvert de rapports « tumultueux » et « passionnels » avec les femmes, il répond à un présentateur de France Inter, dans une émission en 1986, après ce que ce dernier l’ait comparé à Landru (un tueur en série) : « Je pratique la politique de la femme brûlée : je brûle toutes celles que j’ai adorées ». 

Gainsbourg a également eu des relations avec des femmes très jeunes, dont des mineures (Constance Meyer, "fan" de Gainsbourg raconte avoir eu une relation suivie avec lui lorsqu'il avait 57 ans et elle 16). 

En 1986, Michel Drucker présente Whitney Houston à Serge Gainsbourg, quelque peu ivre, qui lui bafouille quelques mots en anglais avant de lui avouer (en anglais) qu'il aimerait bien "la baiser". La chanteuse est très choquée et déclare que Gainsbourg doit être ivre. Michel Drucker, très ennuyé, essaie de rattraper la situation. Serge Gainsbourg finit par marmonner quelques excuses (texte de description extrait de l'archive INA). 

Après avoir formé avec Jane Birkin le couple icônique et apparement idyllique des années 70, cette dernière évoque les violences conjugales que Gainsbourg lui a fait subir, dans son livre Munkey Diaries publié en 2018. Plus de 30 ans après sa mort, Birkin revient sur des scènes de violences. Tout d'abord, elle décrit un homme colérique et souvent violent verbalement ("il n'arrêtait pas de hurler des ordres et de se fâcher", elle évoque des crises de colère et d'autorité devant leurs enfants), mais aussi des violences physiques : "des insultes et des bagarres devant les filles, traînée par terre, c'est le noir de nouveau, je veux dormir pour ne plus y penser".

Birkin raconte qu'à deux reprises, des hommes ont commenté à la "tripoter" dans des soirées mondaines, et que quand elle le rapportait à son compagnon, Gainsbourg lui disait de se laisser faire. Elle semble mentionner en outre une forme de relation d'emprise : "il dit qu'il a eu la bonté de me loger et de me nourrir, moi et mes enfants" , elle mentionne qu'il ouvrait son courrier ; "comment la vie avec Serge est devenue insupportable, son ivrognerie, son égoïsme et moi sa marionnette". 

Un autre passage est symptomatique de ce climat violent dans le couple et des violences de Gainsbourg :"Je l'ai giflé, légèrement et comiquement je croyais, et il m'en a collé une sévère sur l'oeil droit, alors je me suis cachée la tête pendant au moins une demi-heure avec les yeux qui ruisselaient. J'ai saisi mon panier et Serge l'a renversé, tout s'est éparpillé sur le sol de chez Castel. (...) Puis d'avoir à tout ramasser, furieuse, je l'ai brûlé avec ma cigarette encore allumé. Alors il m'en a collé une autre, et m'a tirée par les cheveux et m'a encore giflée et il s'est taillé de la boîte, savais pas quoi faire, honteuse, laide et misérable". 

*

Post-MeToo, à l’heure de la prétendue écoute des victimes de violences comme priorité politique (que ce soit des femmes, des minorités de genre ou des enfants), à l'heure où les pédocriminels comme Matzneff ou Polanski ont maintes fois été dénoncés par leurs victimes, à l’heure où nous comptons tous les jours nos mortes tuées par des conjoints violents et malgré la fameuse « séparation de l’homme et de l’artiste » prêchée par les défenseurs de notre système patriarcal, cette décision de rendre hommage à Gainsbourg est un crachat à la figure des victimes

On nous rétorquera qu’aucune victime des agissements de Gainsbourg n’a jamais porté plainte. Nous répondons que l’époque ne le permettait pas, et que les quelques éléments (non exhaustifs) que nous venons d’énumérer nous semblent par ailleurs amplement suffisants pour affirmer l'existence d'un faisceau d'indices suffisant pour montrer des comportements problématiques, violents, avec les femmes y compris très jeunes et mineures, dont sa propre fille.

Dès lors, il serait bon de pouvoir glorifier et mettre en avant, dans nos villes, d'autres hommes que ceux ayant, en plus du palmarès décrit ci-dessus, chanté des féminicides sadiques et des viols incestueux ("Titi caca", "La poupée qui fait"). Les artistes et leurs oeuvres culturelles racontent quelque chose de la société, diffusent des positionnements qui permettent, le cas échéant, de considérer les enfants et les femmes et minorités de genre comme des proies dont il est possible de ne pas respecter les limites, le corps, le consentement, le désir propre.

En 2023, plus de trente ans après sa mort et alors que ses agissements sont connus de tous, c’est Serge Gainsbourg qui est choisi pour être mis à l’honneur sur les plans de métro de Paris. Quel message cette décision d’inscrire son nom dans l’espace public envoie-t-elle ? Qu’il est acceptable, voir encouragé, d’être violent envers les femmes, les enfants si on le fait au nom de l’art et qu’on est un homme.

Nous, féministes et citoyen.ne.s, usager.e.s des transports parisiens, demandons à la RATP, à IDF mobilités et aux élus locaux de revoir leur copie pour le nom de cette station.

 Si vous manquez d’inspiration, demandez-nous, nous ne manquons pas d’idées de personnes à célébrer.

*

Merci à @ludynamite de m'avoir aidé à écrire ce texte! Son post instagram sur la station de métro m'a inspiré. 

Merci à @cecilecee de m'avoir envoyé les extraits des journaux intimes de Jane Birkin. 

Sources

- Jane Birkin, "Munkey diaries", 2018 

- Caroline Bréhat, "Gainsbourg, Lemon Incest et l'Incestuel", article de blog Mediapart : https://blogs.mediapart.fr/carolili/blog/250922/gainsbourg-lemon-incest-et-lincestuel 

- Cécile Cee (dessinatrice), post Instagram sur Gainsbourg : https://www.instagram.com/p/Cu1rvFKI1X0/?hl=fr&img_index=1 

- Interview France Inter de Gainsbourg en 1986 : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/les-concerts-d-inter/radioscopie-de-serge-gainsbourg-6548504

- Clip de Lemon Incest sur Youtube : https://www.youtube.com/watch?v=OzYnJO6RAnA&ab_channel=SergeGainsbourgVEVO

- Archive INA sur Gainsbourg : https://www.youtube.com/watch?v=sL82fWvjMZQ&ab_channel=InaClashTV 

 

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Marie GLanceur de pétitionFonctionnaire, militante féministe

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Le problème

« Serge Gainsbourg » dans le métro, c’est non : nous demandons le changement de nom de la future station de la ligne 11.

Les travaux sont lancés depuis 2016 pour le prolongement de la ligne 11 du métro parisien. Le prolongement doit ouvrir au "premier semestre 2024", date à laquelle le nom d’un homme violent, misogyne notoire et chantre de l’inceste sera officiellement donné à une des nouvelles stations. En effet, le prochain arrêt après "Mairie des Lilas" (terminus actuel), situé aux Lilas et à la frontière communale avec Romainville, doit porter le nom de "Serge Gainsbourg".

Les violences envers les femmes et les tendances pédocriminelles voire incestueuses de Serge Gainsbourg (pour ne citer qu’elles) sont pourtant de notoriété publique, et nous sommes révolté.e.s que sa personne soit mise à l’honneur dans le métro de Paris.

Chers RATP, IDF Mobilités et autres décideurs, voici quelques rappels :

 Dans son titre « Lemon Incest », sorti en 1984, Gainsbourg chante et fait chanter son fantasme incestueux à sa fille Charlotte, alors âgée de 12 ans. Dans le clip de cette chanson tout en « jeux de mots », il est torse nu, allongé sur un lit avec sa fille en T-shirt et culotte. 

En 1986 sort le film Charlotte Forever. Écrit et réalisé par Serge Gainsbourg, ce dernier met en scène une relation entre un père et sa fille, incarné.e.s par lui-même et Charlotte (15 ans à l’époque), dans un climat incesteux. La bande originale du film est la chanson du même nom, Charlotte Forever, où cette dernière chante les paroles écrites par son père « Papa papa j’ai peur/De goûter ta saveur ».

Comme l’explique la dessinatrice Cécile Cee, l’inceste est là sous nos yeux, même exprimé par la négative (« L’amour que nous ne ferons jamais ensemble» , Lemon Incest). C’était d’ailleurs la défense de Gainsbourg lui-même : son sujet était le fantasme incestueux et non sa réalisation concrète. Pourtant, cette oeuvre contribue à créer un climat présentant l'inceste comme une relation d'amour, sensuelle et désirable. 

Dans la chanson "Love on the beat" de 1984, qualifiée de"poème pornographique", des cris et gémissements féminins audibles au long de la chanson sont ceux de sa partenaire de l'époque, Caroline Paulus renommée « Bambou » par Gainsbourg, qui auraient été enregistrés à son insu et ajoutés au titre sans son consentement. 

Sous couvert de rapports « tumultueux » et « passionnels » avec les femmes, il répond à un présentateur de France Inter, dans une émission en 1986, après ce que ce dernier l’ait comparé à Landru (un tueur en série) : « Je pratique la politique de la femme brûlée : je brûle toutes celles que j’ai adorées ». 

Gainsbourg a également eu des relations avec des femmes très jeunes, dont des mineures (Constance Meyer, "fan" de Gainsbourg raconte avoir eu une relation suivie avec lui lorsqu'il avait 57 ans et elle 16). 

En 1986, Michel Drucker présente Whitney Houston à Serge Gainsbourg, quelque peu ivre, qui lui bafouille quelques mots en anglais avant de lui avouer (en anglais) qu'il aimerait bien "la baiser". La chanteuse est très choquée et déclare que Gainsbourg doit être ivre. Michel Drucker, très ennuyé, essaie de rattraper la situation. Serge Gainsbourg finit par marmonner quelques excuses (texte de description extrait de l'archive INA). 

Après avoir formé avec Jane Birkin le couple icônique et apparement idyllique des années 70, cette dernière évoque les violences conjugales que Gainsbourg lui a fait subir, dans son livre Munkey Diaries publié en 2018. Plus de 30 ans après sa mort, Birkin revient sur des scènes de violences. Tout d'abord, elle décrit un homme colérique et souvent violent verbalement ("il n'arrêtait pas de hurler des ordres et de se fâcher", elle évoque des crises de colère et d'autorité devant leurs enfants), mais aussi des violences physiques : "des insultes et des bagarres devant les filles, traînée par terre, c'est le noir de nouveau, je veux dormir pour ne plus y penser".

Birkin raconte qu'à deux reprises, des hommes ont commenté à la "tripoter" dans des soirées mondaines, et que quand elle le rapportait à son compagnon, Gainsbourg lui disait de se laisser faire. Elle semble mentionner en outre une forme de relation d'emprise : "il dit qu'il a eu la bonté de me loger et de me nourrir, moi et mes enfants" , elle mentionne qu'il ouvrait son courrier ; "comment la vie avec Serge est devenue insupportable, son ivrognerie, son égoïsme et moi sa marionnette". 

Un autre passage est symptomatique de ce climat violent dans le couple et des violences de Gainsbourg :"Je l'ai giflé, légèrement et comiquement je croyais, et il m'en a collé une sévère sur l'oeil droit, alors je me suis cachée la tête pendant au moins une demi-heure avec les yeux qui ruisselaient. J'ai saisi mon panier et Serge l'a renversé, tout s'est éparpillé sur le sol de chez Castel. (...) Puis d'avoir à tout ramasser, furieuse, je l'ai brûlé avec ma cigarette encore allumé. Alors il m'en a collé une autre, et m'a tirée par les cheveux et m'a encore giflée et il s'est taillé de la boîte, savais pas quoi faire, honteuse, laide et misérable". 

*

Post-MeToo, à l’heure de la prétendue écoute des victimes de violences comme priorité politique (que ce soit des femmes, des minorités de genre ou des enfants), à l'heure où les pédocriminels comme Matzneff ou Polanski ont maintes fois été dénoncés par leurs victimes, à l’heure où nous comptons tous les jours nos mortes tuées par des conjoints violents et malgré la fameuse « séparation de l’homme et de l’artiste » prêchée par les défenseurs de notre système patriarcal, cette décision de rendre hommage à Gainsbourg est un crachat à la figure des victimes

On nous rétorquera qu’aucune victime des agissements de Gainsbourg n’a jamais porté plainte. Nous répondons que l’époque ne le permettait pas, et que les quelques éléments (non exhaustifs) que nous venons d’énumérer nous semblent par ailleurs amplement suffisants pour affirmer l'existence d'un faisceau d'indices suffisant pour montrer des comportements problématiques, violents, avec les femmes y compris très jeunes et mineures, dont sa propre fille.

Dès lors, il serait bon de pouvoir glorifier et mettre en avant, dans nos villes, d'autres hommes que ceux ayant, en plus du palmarès décrit ci-dessus, chanté des féminicides sadiques et des viols incestueux ("Titi caca", "La poupée qui fait"). Les artistes et leurs oeuvres culturelles racontent quelque chose de la société, diffusent des positionnements qui permettent, le cas échéant, de considérer les enfants et les femmes et minorités de genre comme des proies dont il est possible de ne pas respecter les limites, le corps, le consentement, le désir propre.

En 2023, plus de trente ans après sa mort et alors que ses agissements sont connus de tous, c’est Serge Gainsbourg qui est choisi pour être mis à l’honneur sur les plans de métro de Paris. Quel message cette décision d’inscrire son nom dans l’espace public envoie-t-elle ? Qu’il est acceptable, voir encouragé, d’être violent envers les femmes, les enfants si on le fait au nom de l’art et qu’on est un homme.

Nous, féministes et citoyen.ne.s, usager.e.s des transports parisiens, demandons à la RATP, à IDF mobilités et aux élus locaux de revoir leur copie pour le nom de cette station.

 Si vous manquez d’inspiration, demandez-nous, nous ne manquons pas d’idées de personnes à célébrer.

*

Merci à @ludynamite de m'avoir aidé à écrire ce texte! Son post instagram sur la station de métro m'a inspiré. 

Merci à @cecilecee de m'avoir envoyé les extraits des journaux intimes de Jane Birkin. 

Sources

- Jane Birkin, "Munkey diaries", 2018 

- Caroline Bréhat, "Gainsbourg, Lemon Incest et l'Incestuel", article de blog Mediapart : https://blogs.mediapart.fr/carolili/blog/250922/gainsbourg-lemon-incest-et-lincestuel 

- Cécile Cee (dessinatrice), post Instagram sur Gainsbourg : https://www.instagram.com/p/Cu1rvFKI1X0/?hl=fr&img_index=1 

- Interview France Inter de Gainsbourg en 1986 : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/les-concerts-d-inter/radioscopie-de-serge-gainsbourg-6548504

- Clip de Lemon Incest sur Youtube : https://www.youtube.com/watch?v=OzYnJO6RAnA&ab_channel=SergeGainsbourgVEVO

- Archive INA sur Gainsbourg : https://www.youtube.com/watch?v=sL82fWvjMZQ&ab_channel=InaClashTV 

 

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