Le temps des procès politiques doit cesser

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Non, la justice ne doit pas servir d’arme de persécution politique. Pourtant c’est devenu le cas aujourd’hui presque partout dans le monde. Déjà, avec la criminalisation des lanceurs d’alerte, des syndicalistes, des militants écologistes et des participants aux manifestations interpellés arbitrairement, les droits des citoyens ont beaucoup reculé. Le maintien de l’ordre libéral coûte cher à la démocratie. A présent un seuil est en train d’être franchi. C’est ce que l’on appelle la tactique du « lawfare ». Il s’agit de l’instrumentalisation de la justice pour éliminer les concurrents politiques.

Le « lawfare » commence avec des dénonciations sans preuves, se prolonge dans d’obsédantes campagnes de dénigrement médiatique et oblige ses cibles à d’interminables justifications sans objet. Puis c’est la prison et les amendes. Le « lawfare » enferme les débats politiques dans les cours de justice. Pour finir, il fausse le déroulement des élections qui ne sont plus vraiment libres. Les exemples sont nombreux. Citons, en Amérique du Sud, le Brésilien Lula, condamné sans preuve et empêché de se présenter à l’élection présidentielle. Son « juge », Sergio Moro, est devenu depuis ministre de la Justice du président d’extrême droite Jaïr Bolsonaro. Mais aussi l’Equatorien Rafael Correa et l’Argentine Cristina Kirchner, persécutés sans trêve.

Citons, en Afrique, le Mauritanien Biram Dah Abeid, emprisonné sur une dénonciation sans preuve retirée au bout de plusieurs mois de détention. Et encore l’avocat égyptien Massoum Marzouk, opposant au régime de Sissi emprisonné sur le prétexte fallacieux de charges antiterroristes. Il y aussi le cas de Maurice Kamto, arrivé deuxième à la dernière élection présidentielle au Cameroun et emprisonné depuis janvier dernier, ou l’ancien député gabonais Bertrand Zibi, condamné à six ans de prison.

Citons, en Europe, le Français Jean-Luc Mélenchon, poursuivi sans preuve et jugé pour rébellion, ou le Russe Serguei Oudaltsov, dirigeant du Front de gauche, condamné à quatre ans et demi de prison pour avoir organisé des manifestations contre le pouvoir. Citons, en Asie, le Cambodgien Kem Sokha, principal leader de l’opposition emprisonné à la veille des élections législatives de 2017. Ou l’acharnement judiciaire aux Philippines contre la sénatrice Leila de Lima, figure de l’opposition.

De nombreuses voix se sont élevées dans le monde pour dénoncer cette situation : des groupements de juristes, des autorités religieuses comme le pape François, des figures de la défense des droits de l’Homme, des dirigeants syndicalistes ou politiques.

Notre déclaration commune salue ces protestations. Nous invitons à la vigilance pour défendre les victimes de ce type d’opération quelle que soit leur appartenance politique. Nous appelons à la coopération mondiale des résistances juridiques. Nous demandons que soient dénoncés devant l’opinion publique les gouvernements et les magistrats comme le juge Sergio Moro, au Brésil, qui acceptent de jouer ce rôle néfaste aux libertés individuelles et politiques.


Les premiers signataires (retrouvez tous les signataires sur lawfare.fr)

Adolfo Perez Esquivel, Prix Nobel de la Paix,
Hebe de Bonafini, Présidente de l’association des Mères de la place de Mai, Argentine, prix Sakarov de l’Union européenne
Ignacio Ramonet, Ecrivain, journaliste et président d’honneur d’ATTAC, Espagne
Aminata Traoré, essayiste, Mali
Manon Aubry et Martin Schirdewan, co-présidents du groupe GUE au Parlement européen, France et Allemagne
Shumona Sinha romancière, prix de l’Académie française, Inde
Raul Zaffaroni juge cour interaméricaine des Droits de l’homme
Rashida shams al Din journaliste soudanaise
Janak Chaudhary secrétaire général syndicat GEFONT, Népal
Ignacio Lula prisonnier politique, ex- président du Brésil
Rafael Correa, ex-président de l’Équateur
Pepe Mujica, ex-président de l’Uruguay
Pablo Iglesias, député espagnol et secrétaire général de Podemos
Lucia Topolanski, vice-présidente de l’Uruguay
Jane Vargas dirigeante du syndicat de la construction NUDCW aux Philippines
Almir Narayamoga Surui, chef de la tribu Paiter Surui, un peuple indigène du Brésil
Marisa Matias, ancienne candidate à la présidence de la République au Portugal
Le groupe des députés de la France insoumise à l’Assemblée nationale
Esther Benbassa, sénatrice
André Chassaigne, président du groupe GDR à l’Assemblée nationale
Noël Mamère, ancien candidat écologiste à l’élection présidentielle
Marion Esnault, porte-parole de l’association ANV-COP21
Vikash Dhorasoo, ancien joueur de l’équipe de France de football
Jean Ziegler, conseille des droits de l’Homme au Nations Unies
Edward Bond, dramaturge britannique
Pipo Delbono, metteur en scène italien
Biram Dah Abeid, chef de file de l’opposition en Mauritanie, prix des droits de l’Homme des Nations Unie
Thomas Porcher, économiste
Arié Alimi, avocat
Hamma Hammami, porte-parole du Front populaire tunisien

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