

Le grand immeuble de la Barre de l’Europe a une vue imprenable sur tout le quartier populaire de Monplaisir à Angers. Voué à la destruction pour cause de rénovation urbaine, l’immeuble sera évacué. L’office HLM Podeliha impose que le bâtiment soit vide. Destruction du bâtiment, financements liés à l’ANRU, trêve hivernale, insécurisation des lieux, tout s’enchaîne dans un calendrier qui ne permet pas toujours aux locataires d’être « satisfait-e-s de leur relogement » contrairement à l’objectif affiché du bailleur. C’était sans compter sur une résistance collective de locataires pour défendre leurs intérêts.
Une femme, madame D, y habite. Elle qui avait auparavant subi la violence de la vie à la rue, avec ses jeunes enfants. Sans ressource, elle a peu de moyen financier. Une association de niveau national l’héberge en tant que gestionnaire locataire de l’appartement. En informant madame D d’une fin de prise en charge, c’est l’association elle-même qui se charge de son expulsion. Accueillir et expulser, quel dilemme pour cette association connue et reconnue !
Comme d’autres associations professionnalisées, avec des partenariats et des financements institutionnels importants, elle semble prise au piège en trahissant ses valeurs. Pourtant comme le dit son président, ancien directeur de la DDCS et de la DASS : « Notre engagement, permettre à toute personne d’accéder à des conditions de vie dignes… » !!
La personne concernée, madame D, a peur. Affectée psychologiquement face à cette énième situation difficile, elle se dit que, peut être, c’est le retour à la case départ. Entre ses doutes et son hésitation, cette dernière exprime son droit à la dignité, son droit à un toit. Sa rage de survie l’oblige à lutter. Alors comme elle refuse d’être sans abri, elle demande du soutien et refuse de sortir. Et ça se sait. L’association qui l’héberge, essaye de forcer les choses mais n’a plus le choix que de négocier face à une opposition collective.
L’appui militant de Madame D oblige toutes les institutions à revoir leur copie. Et comme sortie du chapeau, une promesse verbale annonce une mise à l’hôtel durant… 1 semaine seulement ! Trop peu, et l’hôtel est éloigné de la ville.
Face à la résistance de madame D, la DDCS, par la voix de son directeur, exige autoritairement qu’elle sorte des lieux. Une responsable de l’office HLM indiqua aussi par téléphone, être prête à la recherche d’une solution sous une dizaine de jours. Tout est flou, mais chiche, sans engagement écrit, plutôt rester dans son logement que d’y sortir sans garantie !
La lutte légitime de Madame D, femme seule avec ses quatre enfants, a eu raison par une promesse de relogement sous réserve de l’annulation de la procédure d’expulsion. Cet exemple de lutte pour la dignité nous invite à faire prévaloir une détermination et une solidarité partout où c’est nécessaire.
Elle nous engage aussi à soutenir les derniers & dernières locataires de la Barre de l’Europe, qui légalement ne peuvent pas être expulsé.e.s du jour au lendemain contrairement à ce que dirait des offices HLM ou d’autres associations.
Solidarité donc, avec tous les habitant-e-s des lieux en destruction ou en voie d’expulsion !
Faisons aussi que les hébergé.e.s des logements temporaires ou des logements d’accueil ne soient pas les oublié-e-s des rénovations urbaines !
Un toit c’est un droit !