

L’audience de l’appel contre la décision d’expulsion des familles du parking rue du Maine devait avoir lieu le lundi 24 juin 2019 à 14h au palais de Justice d’Angers (49), mais elle a été déprogrammée... et elle n'a jamais eu lieu.
Le parking du 22 rue du Maine était l’endroit où s’étaient réfugiées des dizaines de familles, non par choix. Toutes avaient le point en commun d’être souvent exclus ou discriminées, et d’avoir été déjà expulsées auparavant de différents endroits. Des 22 foyers qui avaient établi leur domicile dans des abris de fortune s’étaient rajoutés quelques semaines auparavant 4 autres foyers qui avaient fui les expulsions en région nantaise. Certaines personnes étaient malades, enceinte, ou âgées. Des enfants de tout âge y étaient présents. Nombre d’adultes, femmes et hommes, travaillaient en tant que saisonniers forts d’un réseau d’employeurs contents depuis 2014 de disposer d’agents agricoles, arboricoles, maraîchers ou viticoles. Des employeurs qui pour des raisons économiques ne seront jamais désignés comme initiateurs d'appel d'air par le maire d'Angers.
Mais le maire d’Angers, Christophe Béchu, a exigé l’expulsion de ces nombreuses familles dont il connaît la situation sociale. Il n’a jamais souhaité améliorer les conditions sanitaires du campement de fortune que celles-ci ont organisé. En première instance, le tribunal d'Angers avait d’ailleurs décidé l’expulsion du terrain dans un rapport de priorité au droit de propriété, notamment une propriété publique ne servant qu’au stationnement pour partie.
Afin de préserver les intérêts et la dignité des familles concernées, le collectif Pas Sans Nous 49 avait appuyé sans relâche le collectif des familles du parking rue du Maine. Cet appui avait le soutien d’autres organisations militantes ou activistes (La Grande Ourse, le CSSP 49, le Cercle 49… et d’autres associations (Rroms Anjou, Emmaüs, AJR, ATD …).
Des échanges avec la Préfecture et la DDCS avec des représentants des familles et des militant-e-s ont d’ailleurs permis avec pertinence une autre méthode d’approche sociale, et surtout un retard à l’expulsion, d’autant qu’il n’y avait aucune urgence tangible.
Pourtant, la veille de la journée des réfugié-e-s, le mercredi 19 juin 2019 à 7h00, l’expulsion était appliquée sous l’action coordonnée de la Préfecture de Maine & Loire et de la DDCS [direction départementale de la cohésion sociale (et les mots ont leur importance)], avec un concours policier important, la participation disproportionnée de plus d’une centaine de CRS, et la présence partiale de la mairie d’Angers, cette dernière, juge et partie, chargée de stocker les affaires. Personne n’était autorisée à entrer sur le terrain, ni les militant-e-s solidaires qui ont œuvré à l'amélioration des situations, ni même les journalistes. Le cadre démocratique est-il rogné ?
L’expulsion n’a pas attendu l’audience du 24 juin en appel de la décision de Justice ordonnant l’expulsion. Même si cette décision n’est d’ailleurs pas suspensive, nous aurions pu prévoir que des institutions soucieuses du fonctionnement démocratique puissent attendre quelques jours, outre attendre la fin de la scolarité des enfants et des CDD saisonniers, avant l’expulsion manu militari de familles décidées à réviser un jugement.
Le jeu municipal, lui, reste trouble. Non contente de participer de près ou de loin à l’expulsion via différents services, la mairie d’Angers, par le biais de son avocat, n’a pas déposé à temps ses conclusions en défense pour l’audience du 24 juin. Le juge peut donc et de façon normale, ordonner l’irrecevabilité du dossier. Un risque pour une mairie qui a participé directement à l’expulsion des familles de la rue du Maine. Qu’à cela ne tienne, les institutions ont beau jeu, et l’audience du tribunal de grande instance d’Angers prévue au 24 juin, est donc déprogrammée. Cela restera dans les annales de la longue histoire des procédures liées aux auto-réquisitions (squats). En effet, c’est la première fois qu’un appel était formulé contre un jugement ordonnant l’expulsion collective d’un lieu habité. Une nouvelle décision de Justice aurait pu faire jurisprudence. Et puis, les pouvoirs publics à l’instar de la Mairie s’en fichent certainement puisque l’expulsion a eu lieu coûte que coûte, d’ailleurs sur un coûteux financement public de plusieurs dizaines de milliers d’euros.
Formalisons donc une remise en question de cette expulsion du 22 rue du Maine le 19 juin 2019, une expulsion présentée comme une évacuation (et les mots ont leur importance). C’est d’abord sous le regard humain que la chose est grave. Car il est toujours grave de forcer par la contrainte et par la force des gens à partir de là où ils survivent autant que c’est humiliant. La mise en péril de leur dignité se croise en effet à un traitement choquant où s’entrecroisent le cadre policier, judiciaire et répressif avec un contrôle social parfois différencié. En effet, malgré leurs droits, des personnes, pourtant européennes, sont convoquées au commissariat pour vérification du droit au séjour alors qu’elles travaillent dans la région.
En tous les cas, certain-e-s angevin-e-s, non solidaires, exigeaient de disposer des places de parking au 22 rue du Maine, là où s'étaient installées des familles sans abri stigmatisées et discriminées. La Mairie d'Angers, racisante, exigeait elle aussi que ce parking soit disponible à l'approche de l'inauguration d'une prochaine luxueuse patinoire municipale financée à plus de 26 millions d'euros. Face à cette exigence qui n'a aucun caractère d'urgence, on a expulsé manu militari les hommes, femmes, et enfants présents.
Point positif et paradoxal comme nous le souhaitions, et parce que nous avions anticipé une véritable action sociale militante et collective d'un an, l'expulsion a profité à une partie des personnes expulsées. Comme à chaque expulsion, par palier, nous sommes aussi gagnant-e-s, ce qu’on relève comme concret. En effet, 7 foyers bénéficient maintenant durant 6 mois d’un logement temporaire ou d’un hébergement à durée déterminée, et des issues positives s’entrouvrent pour quelques unes. Et ça, c'est aussi l'histoire des auto-réquisitions (squats) de Saint Martin des champs, des Trois paroisses, de Chez Paûle, du campement des expulsé-e-s, du parking rue du Maine, des lieux emblématiques appropriés complètement par leurs habitant-e-s en vrai savoir d'autonomie.
Le droit de propriété est à Angers, comme ailleurs, souvent primé sur le droit à la dignité, sans respect des besoins essentiels d'êtres humains. Pour autant, même si sur Angers les méthodes institutionnelles d'expulsion ont été assouplies au fur et à mesure de nos dénonciations publiques & de nos interpellations, et par souci d'image, pour autant même si les obligations de suivi social et d’accompagnement institutionnelles, influencées par nos stratégies militantes, ont été souvent suivi d'effet (même si c'est relatif), il n'en reste pas moins que le résultat des expulsions ne fait à chaque fois que déplacer le problème. La preuve en est, 3 nouveaux campements sont déjà levés !
Parce que des familles ont bien compris qu’être toutes séparées à 30 km d’intervalles pour 5 jours seulement d’hôtel par la DDCS, étaient moins stables qu’un habitat alternatif dans la même ville où les liens de solidarité se sont établis.
La solidarité nous impose donc de considérer à l’aube de prochaines canicules, de grands orages, et d'un dérèglement climatique, que les personnes à la rue sont trop nombreuses (par exemple à Angers, nous évaluons un chiffre minimum de 250 personnes). Des personnes qui, sans le 115 aux places trop limitées, sans les Jokers qui créent du lien en hébergeant chaque soir les reclus du 115, sans les auto-réquisitions à Angers comme « la Vendange » ou « la Grande Ourse » (malheureusement expulsée le 31 juillet 2019 et qui permettaient à des personnes de mieux survivre), sans les entraides entre personnes sans domicile fixe, sans les organisations de campements alternatifs, sans le courage et la force de personnes contraintes à la rue, elles risqueraient un grand danger. Et quand le drame pointera son nez, nous pointerons les responsabilités.
Les hébergements d'urgence sans inconditionnalité d'accès doivent augmenter leurs nombre de places conformément à l'article 21 de la loi du 21 juillet 1994 relative à l'habitat (abrogé), soit au minimum 1 place pour 1000 habitant-e-s d'une commune de plus de 100000 habitant-e-s, voir plus en fonction des besoins, en transition d'un vrai relogement. Les lieux habités, les "squats" auto-organisés doivent être habilités, et les personnes en situation difficile ne doivent plus être oppressées. Les réquisitions de bâtiments vides ou de terrains doivent permettre des habitations dignes. Et les bâtiments vides, inutilisés ou inoccupés, il y en a plein !
Notre, société doit donc consolider la nécessité d’un vrai traitement humain et le refus des expulsions sans relogement.