AESH et déconfinement : mesures de sécurité sanitaires indispensables !

0 a signé. Prochain objectif : 5 000 !


Je suis Aesh Accompagnant d’Élèves en Situation de Handicap et j’aimerais vous alerter sur la grogne qui monte concernant le 11 mai….

Nous sommes confiné. e. s depuis le 16 mars. Les écoles ont fermé le vendredi 13 mars au soir, date à partir de laquelle nous, les Aesh, avons reçu plusieurs messages contradictoires.

Dans un premier temps on nous a dit « restez chez vous » puis « Non, lundi vous devez vous rendre dans vos écoles, établissements afin de mettre en place la continuité pédagogique ». Nous sommes devenu.e.s en quelques heures indispensables à la continuité pédagogique alors qu’on nous martèle toute l’année que ce qui est du champ de la pédagogie ne nous concerne pas.

Et enfin le dimanche soir un mail du rectorat tombe vers 22 h pour nous dire « Restez chez vous ».

Ensuite, pour beaucoup nous avons sollicité nos coordonateurs.trices afin de pouvoir continuer d’accompagner les élèves en situation de handicap via la visio-conférence, les messageries instantanées ou autres.

La réponse a été sans équivoque : « NON, vous n’avez pas le droit ».

Personnellement, j’ai dû poser ma casquette d’Aesh et devenir bénévole afin aider les élèves en situation de handicap pour leurs devoirs et même proposer du soutien scolaire.

« Du moment que vous êtes bénévoles vous faites ce que vous voulez » m’a-t-on répondu.

Depuis le 13 mars nous sommes nombreuses et nombreux à nous sentir abandonné.e.s par notre administration (aucun échange avec nos responsables directs) et abandonné.e.s par les enseignants (aucun échange avec l’équipe). Certain.e.s ont décroché, sont dépité.e.s et d’autres pensent à démissionner.

Monsieur le ministre vous avez remercié les enseignants, les AED, mais nous ? Ah, j’oubliai ! Un petit mot lors d’une conférence de presse !

Monsieur le ministre vous avez poursuivi vos annonces en informant qu’une prime allait être versée aux enseignant. e. s pour leur engagement. Et nous ? Notre engagement n’existe pas ! Il est invisible comme notre « fonction » non reconnue comme un métier ni un personnel à part entière de l’équipe autour de l’élève en situation de handicap.

On nous demande d’être engagé. e. s au côté des enseignants pour que les élèves en situation de handicap puissent apprendre au mieux et nous le sommes. Je pense pouvoir affirmer que nous nous impliquons, et cela au-delà de nos missions premières pour soulager les enseignants et pour favoriser au mieux l’inclusion scolaire des élèves.

Mais cet engagement s’est installé naturellement et durablement dans un marché de dupes puisque nous ne serons JAMAIS fonctionnaires ; que l’on nous impose des temps partiels de 24 h en moyenne par semaine, soit 60 % et non 62 %, (comme cela est prévu par la circulaire de juin 2019). Dans mon académie, cela correspond à un salaire de 745 euros net (depuis la réévaluation du SMIC). Personnellement (et je ne suis pas la seule), je travaille bien plus de 24 h/semaine puisque que je réalise des préparations pour un élève sur mon temps personnel avec mes outils personnels (ordinateur, photocopieuse, feuilles A4, plastifieuse, etc.)

Et maintenant on nous dit le 11 mai ouverture des écoles !!!

Des concertations se font avec les syndicats avec comme interlocuteurs des enseignants, les parents d’élèves, les « spécialistes »… ET NOUS ? Qui vient nous consulter ? Qui nous demande notre avis ? Qui se soucie de nos conditions de travail et plus particulièrement dans la situation de reprise du 11 mai ?

              PERSONNE, mis à part quelques responsables syndicaux

Il faut être conscient du fait que les gestes que nous devons réaliser auprès de l’élève accompagné ne permettent pas la distanciation.

Pour illustrer cette affirmation, je vous décris ma situation :

Je suis assise dans l’allée (pas de table, ni bureau), mon épaule touche celle de l’élève. Mes affaires sont posées à même le sol (les élèves marchent dessus régulièrement). Comme je ne peux pas faire de bruit, je dois chuchoter et du coup ma bouche et mon visage sont à quelques centimètres de celui de l’élève.

Je suis amenée régulièrement à toucher les cahiers, les livres les stylos, etc. de l’élève afin de reformuler, d’expliquer et même servir de secrétaire pour l’élève, etc

Au-delà de ma situation personnelle, il y a celles de mes collègues et plus particulièrement Christine. Elle s’occupe d’un élève en situation de handicap moteur, elle le porte lors de ses transferts, pousse son fauteuil pour les déplacements, l’habille, l’installe sur les toilettes... À cela, ne pas oublier qu’elle l’accompagne lors des repas avec la promiscuité que cela implique.

Et enfin comment pouvons-nous travailler auprès d’élèves qui présentent une incontinence salivaire ?

La majorité de mes collègues ne sont pas prêt.e.s à prendre des risques (pour elles.eux et leur famille) vu le peu voire même l’absence de reconnaissance du ministère, des académies et de certains enseignants…

L’invisibilité est déjà dure à vivre en temps « normal », dans le cas présent cela devient insupportable, en tout cas pas au point de risquer sa vie.

 

                     Alors je vous le demande, Monsieur le Ministre

 

             COMMENT POUVEZ-VOUS ASSURER NOTRE SÉCURITÉ ?