Pour le respect de la vie des pigeons de Beaubourg

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Le problème

Madame, Monsieur,

Je me permets de vous adresser cette pétition suite au décès de Monsieur Giuseppe Belvedere constaté dans la nuit du mercredi 12 au jeudi 13 de ce mois, par l'Unité d'Assistance aux Sans-Abris (UASS), à son véhicule stationné Rue du Renard, derrière le Centre Pompidou, 75004 Paris.

Détesté par certains, agressé régulièrement par d'autres, chassé, meurtri, ce septuagénaire s'est éteint seul dans l'épave qui lui servait de refuge depuis déjà plus de 10 ans.

Sensibilisé au sort des oiseaux liminaires, ceux qui partagent notre espace urbain, pigeons bisets en tête de liste, il avait fait de leur protection et de leur sauvegarde l'œuvre de sa vie, et cela au dépend de toute forme de tranquillité ou de confort personnel.
Il y avait là pour lui un impératif d'action envers ceux qu'ils considéraient comme les plus faibles et les plus démunis. 
On pourrait ainsi résumer son ambition à la volonté d'amoindrir la souffrance, encore bien trop présente, dans ce monde dont il se voulait le témoin objectif.
Lettré passionné, il n'est sans doute pas inutile de préciser qu'il n'avait rien d'un fou mu par quelque fantaisie étrange mais avait, à l'inverse, emprunté cette démarche avec une rare raison, lucidité et sincère bienveillance.

Aujourd'hui, c'est la ville de Paris toute entière qui porte le deuil de cette âme noble au grand cœur, en même temps que la honte de l'avoir abandonné à cette bataille qui nous concerne pourtant tous.
Au-delà du souvenir que Mr. Belvedere nous laisse, il nous incombe maintenant de tirer de ce drame humain les leçons qui s'imposent et de nous interroger, tous, sur le message qu'il nous a livré, à travers son ultime sacrifice et sa démonstration indéfectible d'empathie universelle.

Au cœur de la problématique, derrière ce drame, la question très clivante qui se pose, c'est  celle de la gestion du pigeon biset dans nos villes et plus spécifiquement ici, dans notre capitale.


Les vicissitudes de la vie m'ont également amenées à effectuer de nombreux sauvetages d'animaux sauvages en milieu urbain au cours des 15 dernières années et j'ai donc eu l'occasion de constater très concrètement les incroyables difficultés liées à leur survie à travers divers groupes et associations engagés dans ces actions (LPO, SPOV, Faune Alfort etc...).


J'ai, par extension, pris connaissance de la politique de la ville de Paris à ce sujet et me permets d'en rappeler ici un des principaux axes, à savoir, l'interdiction de nourrissage des animaux sauvages, sur lequel je souhaiterais attirer votre attention.


Cette politique en vigueur est justifiée, notamment, par l'argument suivant que je rapporte ici fidèlement à partir du site Paris.fr sur la page dédiée à ce sujet:
'' L’article 120 du Règlement Sanitaire Départemental prévoit qu’il est interdit de jeter ou déposer des graines ou de la nourriture dans les lieux publics susceptibles d’attirer les animaux errants, notamment les chats et les pigeons. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, les animaux sauvages présents en ville se nourrissent de manière autonome.'' 


Or cette dernière affirmation, concernant les pigeons bisets, est factuellement parfaitement fausse. 


S'il n'est pas question pour autant de minimiser les difficultés occasionnées par le partage de l'espace avec ces oiseaux (déjections, salissures de l’espace public) et qu'une volonté de contrôle ''sanitaire'' peut s'entendre, la dépendance de cette espèce à l'être humain ne fait objectivement plus le moindre doute. 
Il m'apparaît nécessaire de rappeler que cette espèce est exclusivement granivore et par extension, totalement incapable de survivre sans se retrouver strictement tributaire de la mendicité. 
Prétendre le contraire, c'est les condamner purement et simplement à une longue décimation par la famine. Soyons lucides et honnêtes.


N'oublions pas que le pigeon biset a été domestiqué depuis l'Antiquité par l'homme, à des fins diverses et que sa présence à l'état sauvage ne concerne que ces quelques dernières décennies. Cet animal est le produit de plusieurs millénaires de domestication et de sélection génétique par l'être humain et n'a retrouvé sa ''liberté'' qu'au cours du XXème siècle...
A l'instar du chat ou du chien, il est illusoire d'envisager une autonomie prochaine pour ces oiseaux sans passer par un encadrement humain (lequel gagnerait, sans le moindre doute, en efficacité, à être organisé de la façon la plus respectueuse et éthique possible). 


Il est important d'envisager ces animaux comme domestiques. 
A ce titre, on ne peut raisonnablement pas envisager avec pertinence une cohabitation avec cette espèce comme celle concernant les choucas, les corneilles, les martinets, les merles, les étourneaux etc...
Cette situation est bien différente, et nous avons, dans ce cas particulier, une responsabilité bienveillante à assurer, tous, pour y répondre avec un minimum de dignité.


De trop nombreuses communes ont encore recours à la capture et à l'extermination de ces animaux, méthode qui, au delà des coûts importants qu'elle ne manque pas d'occasionner elle aussi, (via l'emploi d'entreprises privées) ne s'illustre que par sa cruauté, tout juste digne d'un autre temps, et la démonstration de son inconséquence, n'apportant aucune solution pérenne au moyen et long terme.


Il ne s'agit là, dès lors, que d'acheter pour une durée tout à fait éphémère un semblant de paix social ou de flatter, le temps d'une élection, la partie de l'électorat la plus avide de solutions brutales et immédiates, alors que les enjeux liés à la protection et la sauvegarde du Vivant n'ont jamais été aussi importants et paradoxalement aussi méprisés.

Il existe aujourd'hui des solutions satisfaisantes pour tous, citoyens pro ou anti, comme pour ces animaux eux-même.

Elles résident dans l'installation de pigeonniers comme déjà usité, soit dans la distribution automatique de grain contraceptif qualifié R12.

Il s'agit d'une alternative récente, exempte d'œstrogène et sans conséquence aucune pour l'oiseau, la faune sauvage et l'environnement, proposant l'avantage de nécessiter moins d'entretien et une mise en place simplifiée, soit un coût réduit d'autant, mais qui doit cependant s'accompagner impérativement d'un nourrissage complémentaire contrôlé, assuré par un groupe de citoyens bénévoles, soit par une structure associative.
Cf: la commune d'Ixelles en Belgique qui vient d'adopter ce principe pour respecter la notion de bien-être animal, à la demande citoyenne, et via la société Galluvet (www.pilulepigeon.be)
Nourrissage qu'il ne faut en aucun cas occulter et qui ne demande qu'un petit aménagement du principe de base qui est proposé.
En l'absence de nourrissage, le facteur famine fait un large travail de régulation dans le même temps et ce n est clairement pas le but recherché.
Mieux vaudra alors les pigeonniers.

Ces méthodes offrent le triple avantage d'apporter une régulation douce et éthique à ces populations, tout en regroupant les colonies et en leur apportant une nourriture saine, en accord avec leurs besoins biologiques.

Ces dispositifs, déployés correctement, sur la base d'une évaluation juste et précise de la situation, permettraient de largement minimiser les nuisances résultant d'une présence dite ''invasive'' des pigeons en ville, particulièrement sédentaires et d'une nature peu aventureuse pour peu qu'ils disposent d'un cadre où leurs besoins fondamentaux sont respectés.

Ce serait ainsi, moins d'oiseaux en ville et par extension moins de dégradations, mais aussi moins d'oiseaux en souffrance.
En synthèse, c'est une solution avantageuse pour tout le monde.

 

Je ne vous apprends rien en évoquant le fait que la ville de Paris a déjà et depuis 2003, permis la mise en place d'une douzaine de pigeonniers contraceptifs et on ne peut que saluer cette initiative.


Plusieurs études, notamment celle effectuée par l'association AERHO (engagée pour une intégration et une gestion éthique et durable sur le long terme de la nature dans l'espace urbain) dans le cadre du programme P.I.G.E.O.N.S, ont cependant révélé qu'il y a encore trop peu de pigeonniers, ne fixant pas assez les individus faute d'une présence et d'un entretien suffisants. En somme, une politique publique qui avance mais qui doit encore être améliorée pour être pleinement efficace.

 

La perte de Mr. Belvedere cette semaine a marqué de nombreuses personnes partageant son amour pour les animaux et beaucoup de messages de soutien ont traversés les réseaux sociaux, accompagnés d'une profonde et sincère volonté commune de mobilisation.  
Il importe, désormais, de tirer de ce drame deux évidences:


-Une communication plus importante doit être mise en place avec les citoyens en vue d'une cohabitation saine entre tous, oiseaux, soigneurs, résidents. 
Les persécutions répétées dont Giuseppe fut la victime, comme les empoisonnements, eux aussi répétés, dont ces animaux sont encore aujourd'hui victimes,
ne sont en aucun cas acceptables et participent au mieux: d'une ignorance totale du sujet, au pire, d'une absence décomplexée d'humanité et de civisme qui ne peut que nous faire, tous, rougir de honte. 
Il en résulte, à mes yeux, l'évidente nécessité morale de communiquer davantage avec les citoyens sur la nature de cette espèce et de les associer plus avant dans les actions municipales concernant la faune sauvage.
J'attire également votre attention sur le fait que les mairies pourraient certainement compter sur l'action souvent bénévole des nourrisseurs qui bravent régulièrement amendes et sanctions et qu'il serait, sans aucun doute, profitable de les réconcilier avec la gestion officielle de ce sujet.  
Une large majorité d'entre eux seraient certainement volontaires et disposés à œuvrer dans un cadre légal s'il en existait un, adapté réellement aux enjeux concrets du terrain.

 

-Si on ne peut que se réjouir de la mise en place d'une stratégie '' Pigeons'' dans la capitale, il convient maintenant d'adapter ces dispositifs contraceptifs de manière plus générale et homogène à l'ensemble des arrondissements de l'agglomération.
Dans cette optique, il importe de redéfinir clairement quels sites sont susceptibles d'être les plus concernés et d'adapter en conséquence les moyens déployés. En outre, il serait certainement souhaitable, dans l'intérêt commun, d'en laisser pour une part au moins, la gestion et l'entretien aux citoyens les plus connaisseurs, les plus spécialistes et les plus passionnés (pour l'heure souvent relégués à des sociétés privées, strictement contractuelles et bien plus soucieuses de leur profit que du bien être des animaux). Le service n'en sera que meilleur, pour un coût diminué.

 

Ce soir, des dizaines de ces animaux attendront en vain la main nourricière de celui qui fut leur protecteur si longtemps M.Giuseppe Belvedere. Il voyait dans ces oiseaux des amis et l'urgence permanente de leur détresse. Il comprenait notre responsabilité collective envers cette espèce que nous avons créée puis abandonnée, leur droit à la vie et paradoxalement leur vulnérabilité.

Ces oiseaux, comme les autres méritent un minimum d'égard et certainement pas le défoulement gratuit de haine qui les accompagne trop souvent. 
Paradoxalement, de nombreuses personnes aiment très sincèrement ces animaux. Elles voient à travers ce petit compagnon du paysage urbain, une part de ''l'âme de nos villes'', apprécient la présence d'un animal non humain et amical dans leur univers quotidien et compatissent sincèrement à la misère qu'on leur réserve d'usage.


Pour toutes ces raisons, puisqu'il faut bien en clore la liste quelque part, je vous demande de considérer au plus vite l'emploi de contraceptifs à travers le quatrième arrondissement de la capitale, d'en démocratiser l'usage autant que nécessaire et d'autoriser un nourrissage complémentaire encadré d'accompagnement.


La famine n'est pas une réponse acceptable pour ces animaux que nous avons nous même mis dans cette situation.


La contraception est la meilleure et la seule option raisonnable à long terme.  


Les nourrisseurs continueront de nourrir, parce que tous n'accepteront pas la cruauté et l'indifférence comme seules lignes de conduite. 
Les pigeons continueront d'être dépendants parce nous les avons conditionnés pour l'être depuis des millénaires. 
Et aucune petite affichette propagandiste stipulant qu'ils sont parfaitement autonomes à l'entrée des parcs ne viendra changer ça ni ne réglera d'aucune façon le problème.


La régulation par capture et euthanasie n'empêchera pas la recolonisation des sites, à très court terme, en plus de représenter une brutalité totalement dispensable et d'occasionner un coût qui ne profitera qu'aux exterminateurs. 


Et il y aura d'autres drames comme celui de la nuit du 12 au 13 de ce mois, révélant un visage de notre communauté que nous gagnerons certainement, tous, à ne pas trop encourager.

De nombreuses communes, de France et d'Europe ont déjà opté pour une alternative éthique et responsable. Je ne peux qu'espérer voir Paris rejoindre rapidement, à travers l'ensemble de son agglomération, cette nouvelle manière de considérer le Vivre Ensemble. 


Offrir un espace digne à ces oiseaux, c'est la garantie d'en minimiser au maximum les dégâts potentiels, de façon pérenne, sans leur faire le moindre tort et en contentant tout le monde!


Je vous remercie pour toute l'attention que vous accorderez à cette proposition citoyenne.

Charles Ferry

(Avec Stéphanie De Jonghe pour l'exemple de la Commune de Ixelles en Belgique)

Les décisionnaires

Monsieur Ariel Weil
Monsieur Ariel Weil
Maire de Paris Centre
Madame Fatoumata Kone
Madame Fatoumata Kone
Conseillère de Paris
Monsieur Nour Durand Raucher
Monsieur Nour Durand Raucher
Conseiller de Paris
Monsieur Jerome Gleizes
Monsieur Jerome Gleizes
Conseiller de Paris
Madame Aminata Niakate
Madame Aminata Niakate
Conseillère de Paris

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