La profession d’avocat face au projet de réforme des retraites - #balancetarobe

0 a signé. Prochain objectif : 5 000 !


LETTRE OUVERTE À MME NICOLE BELLOUBET, MINISTRE DE LA JUSTICE, GARDE DES SCEAUX

Madame le Ministre, Madame le Garde des Sceaux,

Vous avez été scandalisée par les « lâcher de robes » intervenus ces derniers jours en divers endroits de France.

Pour en avoir eu modestement l’idée il y a quelques jours au travers d’échanges avec mes confrères avocats sur les réseaux sociaux, pour avoir été fier de voir cette inspiration se propager ici et là dans notre pays, il m’importait ici de vous faire part publiquement, moi, avocat de terrain à la tête d’une structure individuelle, du fond de ma pensée.

Lors de son discours d'inauguration de la Station F à Paris le 2 juillet 2017, où un millier de start-up se trouvent être accueillies, M. Macron a évoqué « les gens qui réussissent et les gens qui ne sont rien », propos d’une rare insolence et d’une crasse condescendance marquant un manque patent de respect à l’égard d’autrui.

Poser la robe à terre devant vous, c’est rappeler au Président de la République et au gouvernement dont vous faites partie, que nous refusons, en tant qu’avocats, d’être vus comme des êtres ne valant rien et que nous ne saurions accepter d’être considérés comme une simple variable d’ajustement d’un projet de régime de retraites qui n’a plus rien d’universel, alors même que nous portons des convictions, des idées et des valeurs qui font de notre métier le porte-drapeau d’une société démocratique digne de ce nom.

Poser la robe à terre, c’est faire comprendre à M. Macron et à votre gouvernement qu’en s’attaquant à nous, vous vous attaquez au service public de la justice, lequel se trouve être démantelé à coups de textes dont le but est ni plus ni moins de contraindre le justiciable à renoncer à faire entendre sa cause en justice, ce qui est un droit fondamental garanti.

Poser la robe à terre, ce n’est pas la piétiner.

La nuance est importante car nous respectons tous notre habit, son histoire et les valeurs qu’il porte.

Bien au contraire, poser notre robe à terre, c’est témoigner avec force que nous ne sommes pas seulement avocats, nous sommes des hommes et des femmes qui portons tous une histoire, des principes, une expérience qui nous permettent de défendre la cause de nos clients, en tant qu’êtres humains exerçant la profession d’avocat.

Être symboliquement à nu, c’est lui rappeler ce que le Général de Gaulle dit un jour « il n'y a qu'une seule querelle qui vaille, c'est celle de l'Homme ».

Les avocats ne sont pas rien.

Les justiciables ne sont pas rien.

Le peuple français n’est pas rien.

M. Macron l’a oublié, votre gouvernement l’a oublié tout autant que lui, vous l’avez oublié...

Poser la robe à terre, ce n’est pas un manque de respect, c’est le symbole fort de notre absence de renoncement à défendre le service public de la justice et le rappel permanent du refus de votre gouvernement d’assurer les fonctions régaliennes qui sont les siennes.

Demander aux avocats de payer deux fois plus que ce qu’ils cotisent pour avoir deux fois moins que ce qu’ils auraient du recevoir, c'est organiser, à moyen terme, la désertification de l'espace judiciaire, faute d'avocats, et, compte-tenu de la réforme de l'organisation judiciaire récemment votée, faute de tribunaux.

Demander aux avocats de payer deux fois plus que ce qu’ils cotisent pour avoir deux fois moins que ce qu’ils auraient du recevoir, c'est forcer les justiciables à supporter de futures augmentations des honoraires qu'ils nous versent, alors même qu'ils supportent déjà le paiement de la TVA au taux normal de 20 %.

Demander aux avocats de payer deux fois plus que ce qu’ils cotisent pour avoir deux fois moins que ce qu’ils auraient du recevoir, c’est, n’ayons peur des mots, tout sauf la réforme de progrès social tant martelée par votre gouvernement.

C'est une réforme malthusienne de partage d'une pénurie au demeurant inexistante.

A l'heure où vous annoncez la mise en oeuvre de "rustines" pour autant se peut atténuer le choc de l'augmentation drastique de nos cotisations, nous attendons donc de votre gouvernement qu’il renonce sans délai à son projet de réforme des retraites, projet qui viole ouvertement notre devise nationale « liberté, égalité, fraternité » 

Veuillez recevoir, Madame le Ministre, Madame le Garde des Sceaux, l’assurance de ma considération distinguée.

Norbert GRADSZTEJN, Avocat au Barreau de Paris