
Béatrice DESGRANGESFrance

Mar 8, 2018
En cette journée internationale des femmes, je pense plus encore que les autres jours, à Liu Xia. Liu Xia qui est persécutée pour avoir été la femme de Liu Xiaobo mais aussi et surtout pour n’avoir jamais cédé aux injonctions d’un pouvoir d’hommes, d’un pouvoir qui tente de briser d’autres hommes en s’attaquant aux femmes qu’ils aiment, d’un pouvoir qui exige des femmes qu’elles abjurent leur amour pour les hommes qu’ils martyrisent.
Pour les dirigeants chinois comme pour Mao, toute femme qui ne « tire pas un trait » sur un réprouvé est une femme qui doit être brisée. Liu Xia leur a toujours résisté et leur résiste avec un courage exemplaire dans la solitude absolue qui est la sienne : le courage de la liberté !
En 1993, elle disait dans « Le Pamplemousse », le poème que je vous propose aujourd’hui, préférer les souffrances d’une existence humaine à l’insensibilité d’une vie végétative. Je crains que nos politiques n’aient fait l’inverse. En faisant le choix du silence et de l’indifférence, ils ont abdiqué leur conscience et leur humanité. Et leur lâcheté porte ses fruits. Le régime n’en finit pas de martyriser d’autres Liu Xia : l’épouse d’Ilham Tothi (le grand intellectuel ouïgour qui a toujours prêché pour un dialogue pacifique avec le peuple han), vit aujourd’hui dans le plus parfait isolement. Comme Liu Xiaobo, emprisonné dans la lointaine province du Liaoning, près de la Corée du Nord, Ilham Tohti est incarcéré à Urümqi, au Xinjiang, très loin de Pékin où il a pourtant résidé avec sa femme pendant plus de vingt ans et dont il possédait officiellement le hukou, le permis de résidence. Privée du droit de lui rendre visite pendant dix-huit mois, Gzelnur vit à Pékin en pestiférée, même si elle n’est pas officiellement assignée à résidence : plus personne, si ce n’est le formidable Hu Jia qui l’a rencontrée le 12 janvier dernier, n’ose lui rendre visite de peur d’un retour de bâton. A travers les souffrances qu’il inflige à Gelzur, Xi Jinping entend bien réduire Ilham Tohti au silence derrière les barreaux.
Ne laissons pas Xi Jinping, qui vient d’amender la Constitution chinoise pour régner à vie sur la Chine, croire qu’il pourra continuer impunément à bafouer les droits de l’homme et à fouler aux pieds la dignité des femmes. Un jour viendra peut-être où le peuple chinois s’éveillera : il demandera des comptes à l’Occident qui l’a lâchement abandonné, comme il a abandonné Liu Xia, Gzelnur et tant d’autres parmi lesquelles Li Xiaoling, Li Yuhan, Liu Ping, Jia Lingmin, Wang Fang, Wang Jing, Wang Shurong…
https://twitter.com/CHRDnet/status/971572622482812929
柚子 Le Pamplemousse
我把玩一个又大又圆的柚子 J’ai en main un gros pomelo tout rond
金黄的一团 Une grosse boule dorée
散发苦涩的清香 Qui répand son âcre parfum
用一把小刀 Il suffit d’un petit couteau
就能划破它看似很厚的表皮 Pour en lacérer la peau, qu’il semble avoir épaisse
在无言的疼痛之中 Du fond de sa douleur sans mots
我开始颤栗 Je me mets à trembler
感觉不到疼痛的生活 Une vie où l’on n'éprouverait aucune douleur
如同无人采择的果实 Ce serait comme un fruit que personne ne cueille
等待它的只有腐烂腐烂 Et qu’attend seulement la putréfaction
我真想成为这只柚子Je voudrais me faire pamplemousse
被刀切破手或被牙咬 Etre lacérée d’un couteau ou déchirée à belles dents
宁可在疼痛中 Je préfère vivre dans la souffrance
安详地死去 Et mourir sereine
也不愿看到自己正在腐烂的肉体 Je ne voudrais ni voir pourrir mon corps
长满了蠕动的蛆 Ni le voir grouiller de vers
整整一个冬天 Pendant tout un hiver
我都会重复着同样的事情 Je me répèterai toujours la même chose
把一只只柚子剥开 En épluchant des pamplemousses, l'un après l’autre
在死亡中汲取营养 C’est de la mort qu’on se nourrit
13 septembre 1999
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