Aggiornamento sulla petizioneLiu Xiaobo est mort, n'abandonnez pas Liu Xia !Attribuer le Prix Nobel 2017 de la Paix à Liu Xia ?

Béatrice DESGRANGESFrancia
5 ott 2017
Quand on compare la presse anglophone et la presse francophone, on est frappé par le silence qui s’est refermé sur Liu Xia, littéralement séquestrée par le Parti communiste chinois depuis 2010, et sur son œuvre. On chercherait en vain dans la presse française l’équivalent des éditoriaux et des articles littéraires en langue anglaise que je joins régulièrement à cette pétition. D'excellents articles sans doute sur la mort de Liu Xiaobo ou sur la situation de Liu Xia, mais pas un mot ou presque sur les manifestations d’hommage des démocrates hongkongais ou taïwanais à Liu Xiaobo, pas un mot sur les arrestations des militants des droits de l’homme ou des simples citoyens chinois qui ont eu le courage de pleurer ouvertement le Prix Nobel de la Paix. Pas un mot sur l’inculpation du poète Langzi et de son ami Peng Heping (dont le seul « crime » est d’avoir conçu un livre d’hommage à Liu Xiaobo) pour de prétendues « activités commerciales illégales »… Il suffit de parler autour de soi pour constater que la mort du prix du Prix Nobel de la Paix chinois en détention et la séquestration extrajudiciaire de son épouse, qui auraient dû provoquer un tollé partout dans le monde, sont passées largement inaperçues en France tandis que la naissance des bébés pandas, par la grâce des médias, n’a échappé à personne ! Certains journaux ont même joué parfois la désinformation pure et simple. La palme de l’ignominie dans ce domaine revient à "Marianne" qui, heureusement, a fait mieux depuis : « Les droits de l'homme ont fait un pas de géant en Chine, pouvait-on lire dans son numéro du 7 au 13 juillet, p. 23. Le dissident Liu Xiaobo [...] a obtenu le droit de mourir libre. »
http://disq.us/p/1l6f26z
Le "Washington Post" publiait hier un éditorial de Fred Hiatt intitulé « Le Comité Nobel devrait aller plus loin et faire enrager la Chine ! » Il appelle le Comité du Nobel de la Paix à attribuer son prix 2017 à Liu Xia. Sans doute, quand on voit comment la Chine a traité Liu Xiaobo, serait-ce un cadeau empoisonné mais on aimerait que la presse française s’engage unanimement pour la libération de Liu Xia et réveille les consciences…
Je traduis l’article entier ci-dessous :
"Le Prix Nobel a été attribué par trois fois à des personnes incarcérées ou assignées à résidence. Vendredi, le Comité du Nobel devrait en ajouter une quatrième en le décernant à Liu Xia.
Certes, ce Prix n’a pas porté bonheur à ses récipiendaires. Seule la Birmane Aung San Suu Kyi a recouvré la liberté. Elle a remporté le Prix Nobel en 1991 mais elle a été maintenue en résidence surveillée pendant pratiquement 20 ans par la junte militaire de ce pays du Sud-Est asiatique avant de conclure un compromis avec ses anciens geôliers.
Le premier prisonnier politique qui se soit vu attribuer le Prix, Carl von Ossietzky, était un journaliste allemand antinazi. C’était en 1936. Hitler était si furieux qu’il a déclaré que l’Allemagne n’accepterait jamais plus aucun Nobel. Hitler n’a pas autorisé Carl von Ossietzky à se rendre en Norvège pour recevoir son Prix, quant à la famille royale norvégienne, elle a eu si peur de contrarier le dictateur, qu’elle s’est abstenue d’assister à la cérémonie. Carl von Ossietzky est mort à l’hôpital de la prison en mai 1938. Son histoire entre étrangement en résonnance avec celle du troisième prisonnier politique qui ait reçu le Prix pendant sa détention, Liu Xiaobo. Le régime chinois lui aussi était furieux que le Comité du Nobel ait osé reconnaître ce militant courageux et non-violent de la démocratie.
Liu Xiaobo, auquel le Prix a été décerné en 2010, est mort en prison, comme Carl von Ossietzky, sans avoir recouvré la liberté. C’était il y a trois mois, il avait 61 ans. Et c’est là que son épouse, Liu Xia, entre en scène, ou plutôt, devrait entrer en scène.
Liu Xiaobo s’est vu attribuer le Nobel « pour son long combat non-violent pour les droits de l’homme en Chine ». Il a lutté, toujours de manière pacifique, pour une Chine plus démocratique, pour une Chine qui respecterait sa propre Constitution. C’était plus que ne pouvaient tolérer les dirigeants communistes tyranniques de la Chine. Liu Xiaobo a été condamné à onze ans de prison pour « crime de parole », comme on peut le lire sur le site du Nobel. Et quand il a été gravement malade, quand il ne pouvait plus espérer que dans un traitement hospitalier en Occident, le régime s’est obstiné à refuser son départ.
Liu Xia a payé au prix fort l’incarcération de son mari. Bien qu’elle n’ait jamais été condamnée pour quelque crime que ce soit, elle a été maintenue sous un régime de résidence surveillée asphyxiant qui lui interdit pratiquement toute communication avec le monde extérieur. En quittant le tribunal où l’on jugeait son frère, en 2013, elle a réussi à crier aux journalistes « Je ne suis pas libre, s’ils vous disent que je le suis, répondez-leur que je ne suis pas libre ».
Et Liu Xia n’a pas été libérée après la mort de son mari. Les funérailles de Liu Xiaobo se sont déroulées sous une stricte surveillance. Jared Genser, l’avocat américain qui plaide son cas, devait déclarer « stupéfiante et inouïe » « la cruauté dont elle a été accablée ». « La détention de Liu Xia ne repose sur aucun fondement juridique, et ce, dans la loi chinoise même, affirme Jared Genser, elle a désespérément besoin de l’aide du monde entier pour recouvrer la liberté. »
Comme le faisait remarquer récemment Human Rights Watch, Liu Xia est une femme de courage et une artiste à part entière, elle est peintre et poète, elle ne s’est pas contentée de collaborer à l’œuvre de son mari ou de le défendre : « je ne suis pas la vassale de Liu Xiaobo », écrivait-elle en 2009.
Dans le discours de réception qu’il n’a jamais été autorisé à prononcer, Liu Xiaobo affirmait qu’il continuait à croire à « l’avènement futur d’une Chine libre » : « parce qu’il n’y a aucune puissance qui puisse annihiler l’aspiration à la liberté, la Chine deviendra, à terme, une nation régie par la loi, une nation où les droits de l’homme seront la valeur suprême ». Mais Liu Xiaobo a réservé ses mots les plus vibrants de passion à Liu Xia, à son engagement altruiste et désintéressé :
« Ton amour est le soleil qui saute les hauts murs de ma prison et qui traverse les barreaux de la fenêtre de ma cellule, il caresse chaque pouce de ma peau, il réchauffe chaque cellule de mon corps, c’est lui qui me garde le cœur en paix, qui le garde ouvert, qui l'illumine et qui donne son sens à chaque instant de ma vie en prison. »
Les dirigeants communistes chinois ont fait un pied de nez au Prix Nobel – à l’évidence l’honneur le plus prestigieux au monde – en toute impunité.
L’influence économique grandissante de la Chine et la volonté du régime d’utiliser cette puissance à des fins de politique étrangère font que moins en moins de pays osent lui chercher noise quels que soient les mauvais traitements qu’elle inflige à ses propres citoyens.
Quelle meilleure manière le Comité du Nobel aurait-il d’honorer les valeurs que Liu Xiaobo et Liu Xia ont défendues ensemble que de décerner à Liu Xia le Prix que son mari n’a jamais été autorisé à recevoir ? "
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