Actualización de la peticiónLiu Xiaobo est mort, n'abandonnez pas Liu Xia !Liu Xiaobo : "L'Aube"
Béatrice DESGRANGESFrancia
2 oct 2017
Liu Xiaobo et Liu Xia, séparés, ont vécu l'essentiel de leur amour dans et par la poésie. Je vous propose aujourd'hui un poème de Liu Xiaobo à sa "petite crevette" ; il est daté du 30 juin 1997. Le futur Prix Nobel de la paix purgeait alors une peine de trois ans de prison dans un camp de travail pour avoir réclamé l'introduction des droits de l'homme en Chine par une lettre ouverte. Liu Xia se rendait aussi souvent que possible dans ce camp pour voir l'homme qu'elle aimait envers et contre tout : « Je veux épouser cet ennemi de l'Etat », a-t-elle fini par dire aux gardiens médusés. Le mariage a eu lieu à la cantine du camp. Quand Liu Xiaobo est rentré à Pékin, plus de mille cartes postales l'attendaient chez Liu Xia. Elle lui en avait écrit une par jour depuis leur séparation et, faute de pouvoir les lui envoyer, elle les avait collées sur les murs de son appartement. Mais le poème n'est pas seulement une magnifique déclaration d'amour, il témoigne aussi des conditions d'incarcération de Liu Xiaobo, enchaîné dans sa cellule par un dispositif que dénoncent courageusement les prisonniers politiques actuels. Avec des menottes aux mains et des entraves aux pieds, reliées par une chaîne de fer, le détenu ne peut se tenir debout, il doit rester accroupi, y compris pendant son sommeil. Je pense que la position assise de Liu Xiaobo est justement la conséquence de cette contention pourtant interdite par les conventions internationales. L'avocat Li Heping a porté cet instrument de torture 24 heures sur 24 et sept jours sur sept pendant un mois entier et une enquête de Human Rights Watch sur l’usage de la torture en Chine a révélé le cas d’un prisonnier qui avait dû porter ce type de dispositif pendant 8 ans ! En 2014, un rapport d’Amnesty International a révélé, documents à l’appui, quelles étaient les entreprises qui fabriquaient et fournissaient ces entraves, entre autres le combiné mains et pieds. Elles sont en vente sur internet ! Pour en savoir plus, vous pouvez vous reporter à mon forum : http://zhongguowenhua.free.fr/phpBB3/viewtopic.php?f=6&t=1592&p=6111#p6111 Je n’ai pas trouvé le texte chinois de ce poème de Liu Xiaobo et les deux traductions anglaises disponibles sur Internet sont très différentes l’une de l’autre. Je traduis ici la version qu'en a donnée Ming Di le 28 septembre dans la "New York Review of books" http://www.nybooks.com/articles/2017/09/28/morning/ L'autre traduction est publiée sur le site du Pen America : https://pen.org/one-letter-is-enough-longing-to-escape-a-small-rat-in-prison-and-daybreak/ A Xia, L’aube Entre les murs gris, Dans le tintamarre des hachoirs, Le jour se lève, mis en dés et emballé, Pâlissant dans les âmes paralysées Des légumes qu’on découpe. Des jeux d’ombre et de lumière traversent mes paupières Comment faire la différence ? Assis sur une chaise rouillée, je ne saurais dire Si c’est l’éclat de mes chaînes dans ma cellule Ou la clarté naturelle du jour De l’autre côté des murs. La lumière du jour est trompeuse, s’étonne le soleil. L'aube s’étire, s’étire en vain Tu es loin de moi Mais tu n’es pas trop loin Pour recueillir l’amour De ma nuit.
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