Actualización de la peticiónLiu Xiaobo est mort, n'abandonnez pas Liu Xia !Liu Xia : "Il n'y a rien à dire"

Béatrice DESGRANGESFrancia
25 sept 2017
Aucune nouvelle directe de Liu Xia, toujours aussi « libre » selon les autorités et toujours aussi injoignable par ses amis et par ses proches. On sait seulement qu’elle a le droit de voir son frère Liu Hui de temps à autre.
Par ailleurs, la répression continue. Le cabinet d’avocats de Mo Shaoping, qui a défendu Liu Xiaobo et Liu Xia, est dans le viseur des autorités, il a été inspecté par une dizaine d’enquêteurs appartenant à différents organismes… On ne sait pas ce qu’il en adviendra mais la tactique des autorités est désormais d'utiliser le simulacre de la loi contre les libertés.
Le cas du poète Langzi, dont je vous ai déjà parlé, est très significatif à cet égard. Le 26 juin, apprenant l’hospitalisation de Liu Xiaobo, Langzi a signé une pétition demandant la libération du Nobel de la Paix et donné une interview à une télévision en ligne de Hong Kong. Peu de temps après, la police a installé une caméra de surveillance devant sa porte ; le 30 juin, il a été convoqué au commissariat pour un interrogatoire. Le 10 juillet, il a été placé en détention pour avoir « dégradé une bicyclette de la police » ; sa détention a duré 10 jours. En réalité, il n’avait fait que déplacer ladite bicyclette mise à dessein devant sa porte pour le contraindre à l’enlever. Le 8 août, l’organisme chargé de la censure de la presse écrite, de l’édition, de la Radio et de la Télévision à Canton (il y en a un dans chaque province, chapeauté par celui de Pékin), a perquisitionné son appartement. Les enquêteurs y ont saisi des œuvres poétiques et des peintures qu’il avait publiées ou exposées sans aucun problème l’an dernier, tombant rétrospectivement, comme par enchantement, sous le coup de la loi. Langzi a été arrêté le 18 août, officiellement pour « activités commerciales illégales », en réalité pour avoir participé à la conception et à la rédaction d’une anthologie poétique en hommage à Liu Xiaobo. Il vient d’être libéré sous caution mais, il peut, à tout moment, être incarcéré à nouveau si ses juges le décident.
Pour que le nom de Liu Xia ne disparaisse pas de nos écrans et de nos mémoires, je vous propose aujourd’hui la traduction d’un de ses poèmes de 2011, "Il n’y a rien à dire". La « femme d’à-côté » dont il est question dans le poème est à l’évidence la sœur de détresse de Liu Xia, une sœur imaginaire que le désespoir conduit à la folie et à la mort…
Il n’y a rien à dire
La femme d’à-côté reste assise
Des jours entiers dans la cour, les yeux levés au ciel
Personne ne sait pourquoi.
Quand vient la nuit ou quand il pleut
C’est peut-être sa fille qui la fait rentrer
Mais si sa fille l’oublie ou si elle n’en a pas,
La femme d’à-côté reste dans la cour
Toute la nuit, sans bouger
Indifférente au temps qu’il fait.
Les voisins racontent
Que la femme d’à-côté aimait un homme,
Qu’elle lui a donné une enfant,
Et qu’elle est devenue folle
Quand il a disparu.
Maintenant la guerre est finie.
Personne n’a vu la femme d’à-côté
Dans la cour depuis des jours
Sa fille aussi a disparu
Dans le noir,
La femme d’à-côté tient sa tête dans ses mains,
Longuement,
Sa fille est couchée sur le lit,
Elle est nue,
Les yeux hermétiquement clos.
Et puis, la maison prend feu
Pour couronner le tout
C’est la seule fin digne de la femme d’à-côté
Au-dessus des ruines, hurle le soleil.
(je précise que le leitmotiv de "la femme d'à-côté" est absent du poème, je l'ai utilisé pour des raisons de rythme dans la traduction)
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