Actualización de la peticiónLiu Xiaobo est mort, n'abandonnez pas Liu Xia !Liu Xia : "D’un Oiseau l’autre"

Béatrice DESGRANGESFrancia
20 sept 2017
一只鸟又一只鸟 D’un oiseau l’autre
我们很久以前 Voilà bien longtemps
就常常说起那只鸟 Que nous parlions de cet oiseau
不知道来自哪里的鸟 Nous ne savions pas d’où il venait
我们兴致勃勃 Mais il nous réjouissait le cœur
它给我们带来了笑声 Et il nous faisait rire
冬天的一个晚上 Un soir d’hiver
是晚上,它真的来了 Il faisait nuit, il est bel et bien venu à nous
我们睡得很沉 Mais nous dormions profondément
谁也没有看见她 Nous ne l’avons vu ni l’un ni l’autre
就在有太阳的早晨 C’est dans le petit matin ensoleillé
我们看见它留在玻璃上的 Que nous avons aperçu, à la surface d’un verre,
小小的影子 Le reflet de sa petite silhouette
它印在那里 Elle s’imprimait là
好久不肯离去 Et longtemps, elle a refusé d’en bouger
我们讨厌冬天了 Nous nous sommes mis à détester l’hiver
讨厌冬天长长的睡眠 Le long sommeil de l’hiver
我们想让红色的灯 Nous avons voulu installer une lampe rouge
长久地亮着 Qui reste toujours allumée
告诉那只鸟 Pour dire à l’oiseau
我们在等待 Que nous l’attendions
院里的葡萄 Les raisins de la cour
又爬满架子了Ont grimpé à la treille et empli la tonnelle
窗子不再关上 Notre fenêtre n’est jamais restée fermée
我们仍然记得那只鸟 Nous gardions intact le souvenir de l’oiseau
一个星期天 C’était un samedi
天阴沉沉的,没有雨, Le ciel était gris, mais il ne pleuvait pas,
我们一起出门了 Nous étions sortis tous les deux
去时装店给我买了一件新衣服 Pour m’acheter des vêtements neufs au magasin
天黑下来的时候,又去 A la nuit tombée, nous sommes allés
那个人很多的馄饨铺子 Dans une de ces gargotes bondées où l’on sert de la soupe aux raviolis
一人吃了两大碗馄饨 Chacun de nous en a mangé deux grands bols
回来的路上 Sur le chemin du retour
我们不吭声了 Nous n’avons pas soufflé mot
心里觉得有点不舒服 Nous étions vaguement inquiets
到家了 Quand nous sommes arrivés à la maison
院子里那盏灯忽明忽暗 La lumière de la lampe vacillait dans la cour, tantôt vive, tantôt voilée
一串青青的葡萄落在台阶上 Une grappe de raisins verts était tombée sur le perron
我们同时止住了步子 Nous nous sommes arrêtés au même instant
望了望天 Nous avons levé les yeux au ciel avec le même espoir
又赶紧低下了头 Mais nous avons bien vite baissé la tête
它来过 S'il n'avait fait que passer ?
可我们不敢说 Nous n’osions le dire
只是在心里想着 Mais nous pensions à lui dans le secret de nos cœurs
生怕它永远不再来了 Nous avions si peur qu’il ne revienne jamais
门终于开了 Enfin la porte s’ouvre
红色的光神秘地铺开 La lampe rouge jette un jour mystérieux
在有格子的纸上 Sur la feuille quadrillée
你写不出字了 Tu es incapable d’écrire un mot
我想试一试新衣服 Et moi, qui aurais voulu essayer mes habits neufs,
却怎么也解不开扣子 Incapable de défaire mes boutons
它又来过了 Il est là, revenu...
Liu Xia a écrit ce poème en 1983, six ans avant les événements de Tian'Anmen, au début de sa relation avec Liu Xiaobo. Il évoque le pouvoir des mots, qui donnent vie aux êtres et aux choses dont ils parlent. Liu Xiaobo le cite dans la Préface qu'il a eu la force d'écrire le 5 juillet, une semaine avant sa mort, pour un album de photographies encore inédit de Liu Xia : « Je reste saisi par la beauté d'"Un oiseau l'autre", écrit-il, elle vivra en moi jusqu'à la fin »...
La "New York Review of Books" vient de publier cette ultime lettre d'amour dont je vous avais donné une première traduction le 30 juillet. Il nous apprend aussi qui est "G", une amie intime de Liu Xia, qui devait éditer cet album de photos et avait demandé à Liu Xiaobo d'en écrire la Préface.
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