

Les forces de l'ordre ont procédé mardi 17 novembre, à l’aube, à Saint-Denis, au pied du Stade de France, au démantèlement du plus grand campement de migrants de la capitale. Près de 2 000 personnes vivaient là, dans une précarité extrême depuis plusieurs mois.
Encadrée par un important dispositif policier, l'opération d'évacuation et de mise à l'abri des exilés vers différents centres d'accueil et gymnases d’Île-de-France a débuté vers 7h, loin des journalistes tenus à distance. Dès 4h30, des migrants munis de leurs affaires attendaient d'être pris en charge.
"Ces camps ne sont pas acceptables", a déclaré lors d'un point presse le préfet de police de Paris, Didier Lallement. "Cette opération a lieu pour faire en sorte que les personnes en situation régulière soient mises à l'abri et [distinguer] celles qui, en situation irrégulière, n'ont pas vocation à rester sur le territoire", a-t-il expliqué.
Toutefois, hier, nous avons été quatre avocats à constater que de très nombreuses personnes, des femmes, des enfants et des hommes étaient restés sur le carreau. Un millier selon l'association Utopia56 et son président Yann Manzi, sans tentes ni couvertures car leurs tentes et couvertures avaient été prises par la police.
Ce que nous avons vu n'est pas acceptable.
Nous avons vu des gens hagards, fatigués, malades, avec des traces de coup (bras et genoux cassés, téléphones portables brisés).
Nous avons entendu des histoires de migrants comme beaucoup d'histoires de migrants, déplacés de camps en camps, qui nous disent les gaz et les matraques utilisés par la police.
Un homme s'est approché de moi et m'a dit que son ami était mort de froid avant-hier. Il a pris une photo de son image mortuaire. Il a hésité à me la montrer, ne savait pas s'il devait me la montrer par égard pour sa mémoire et sa famille puis après longtemps réfléchi et sans que je lui demande, il a sorti son téléphone portable et m'a montré l'image de cet homme, mort dans la rue, à Paris, en 2020 en plein confinement.
Il était afghan.
Jérôme Giusti, président de Droits d'urgence
Crédit photo : Marc Melki (Exil Intra Muros)