Petition updateIl faut sauver la ferme de Bois LuzyLA CHAPELLE N'A PAS ENCORE LIVRÉ TOUS SES SECRETS...
Catherine LORENZIFrance
Mar 5, 2018
Après la visite du site et en attendant la réponse de Jean Claude GAUDIN, Jean Noël BEVERINI fait si dessous le point sur la situation : la chapelle n'a pas encore révélé tous ses secrets : à l'évidence, l'archéologie doit l'y aider! La ville de Marseille et la Direction régionale des affaires culturelles vont-elles refuser d'engager un diagnostic archéologique sur le site de Bois-Luzy ? Il y a un mois déjà nous demandions qu'une étude sérieuse du site de Bois-Luzy soit décidée et engagée. À ce jour aucune décision n'a été prise, ni par la ville de Marseille, ni par la Direction régionale des affaires culturelles. Il y a une semaine une lettre adressée personnellement au maire de Marseille réitérait cette demande en rappelant l'histoire prestigieuse du lieu, non seulement en raison de son ancienneté et de sa rareté dans le paysage marseillais, mais encore par la qualité de ses anciens propriétaires, les Gaillard de Longjumeau, qui donnèrent en la personne de Joachim de Gaillard, à l'aube de la Révolution, un maire à Marseille. Est-ce ce même Gaillard, officier municipal, qui sauva, à la même époque, la Vierge Noire de Notre-Dame de Confession ? (Vierge Noire de Saint-Victor ?). Les études complémentaires conduites depuis un mois et une visite des lieux organisée conjointement par Catherine Lorznai et madame Dafflon, présidente du Comité local d'intérêt de quartier, confortent l'absolue nécessité de procéder à une étude précise des différents bâtiments actuellement destinés à la destruction pure et simple, sans autre forme d'approfondissement préalable de l'histoire du lieu et sans la certitude scientifiquement confirmée par un rapport circonstancié que le site et ses bâtiments ne présentent réellement aucune valeur historique . La visite des lieux En tout premier mouvement, il convient de souligner l'attention du promoteur Kaufman & Broad pour avoir répondu positivement à la demande de visite qui lui a été adressée. La même demande de visite du site grec antique de la Corderie que j'avais exprimée très officiellement à l'occasion des Journées Européennes du Patrimoine 2017, et vivement souhaitée par les archéologues, n'avait jamais reçu de réponse, ni de la ville de Marseille, ni de la DRAC, ni du promoteur VINCI. Cette visite s'est déroulée la semaine dernière en présence de Catherine Lorznai et d'un groupe d'habitants du quartier conduit par la présidente du CIQ local. Elle a permis de constater : - L'état général de la bâtisse, certes non entretenue, mais constituée d'un ouvrage de belle dimension (700 m2). - L'aspect de la toiture " dans un état correct " ainsi que " les réalisations les plus anciennes construites en pierres selon d'anciennes techniques incluant l'utilisation de briques plates dans les angles pour en parfaire l'équerrage ". (Rapport de visite) - La particularité du corps de ferme se terminant par une chapelle attenante à l'étable et " intégrée dans la partie de la ferme consacrée aux bêtes ". " Un des murs de la chapelle a été ouvert pour y faire une porte d'accès pour les vaches … de sorte que la chapelle constituait sans doute une sorte de hall d'entrée des bovins par lequel ils accédaient à l'étable ". (Rapport de visite) - La présence sur les murs de " départs latéraux incurvés " laissant supposer la construction d'une structure voutée recouvrant la chapelle. - Un sol " constitué de dalles carrées en terre cuite d'environ 20 x20 cm " continu sur toute la surface de la chapelle et l'étable ". Les enseignements à tirer de cette visite sont à mettre en perspective avec les éléments que l'histoire des lieux nous apporte. Ces éléments historiques nous sont fournis par l'ouvrage rédigé par M. Sambat et P. Nougier : " Le petit bosquet de Bois Luzy ". Une chapelle du XVII° siècle ? Nous apprenons, page 112 de cet ouvrage, que " tout près de la bastide (des Gaillard) vers 1650 fut construite une chapelle ou prieuré et foré un puits à la margelle en pierre de taille ". Plus de 3 siècles ½ plus tard la chapelle et le puits sont toujours présents. La chapelle privée relevait-elle de la paroisse de Saint-Barnabé ? Était-elle prieuré ? Un Pierre de Gaillard de Longjumeau n'était-il pas chanoine à Saint-Victor en 1640 ? Il était troisième fils de Pierre et Marquise de Villages, comme le rappelle Estelle Nougier. Vers 1650 déclare donc Paul Nougier que j'ai bien connu et plus encore estimé, grand connaisseur de Marseille, de la Provence, de son histoire et de ses traditions. Sa digne fille, Estelle Nougier, que l'Académie des Sciences, Lettres et Arts de Marseille a récompensé pour son ouvrage sur le costume provençal, vient de me lire les passages de l'ouvrage de son père traitant de la chapelle et de la ferme de Bois-Luzy pour lesquelles il déclare aussi l'intérêt alors porté par l'Académie de Marseille. La datation des constructions serait donc bien antérieure au XVIII° siècle, date actuellement communément avancée. Cette simple interrogation sur ce point mérite une étude sérieuse. Une étude, au demeurant, simple à engager (il suffit de la décider) et aisée à conduire (il suffit de la confier à des archéologues ; nous en connaissons). Une chapelle qui n'a pas encore livré ses secrets Vous avez dû, chères et chers amis, relever dans le compte rendu de visite un élément surprenant : -" Au sol partout (chapelle et étable) subsistent des dalles carrées en terre cuite d'environ 20x20cm ". Quelle étonnante continuité ! Ces carreaux d'argile me font immédiatement penser à ceux recouvrant le sol de la regrettée chapelle de la Capelette. Le matériau d'argile semble identique. Les dimensions similaires (24,3 cm x 3,5 d'épaisseur en moyenne pour la Capelette). Bernard Silano, archéologue en charge des fouilles préventives à la Capelette décida de les extraire et de les conserver au Dépôt archéologique de la ville de Marseille, à Arenc, où ils se trouvent toujours. Étonnantes, ces dalles provençales du XVII° siècle. La chapelle de Bois-Luzy et celle de la Capelette seraient donc du même siècle ! L'une a été détruite tout récemment ; la seconde qui nous reste encore connaitra t-elle le même triste sort ? Que peuvent recouvrir les dalles de la chapelle de Bois-Luzy ? Les dalles d'argile de la chapelle de la Capelette, une fois retirées, ont laissé apparaître une crypte souterraine qui fut étudiée et malheureusement détruite comme la chapelle elle-même. Aucune autorité publique, mairie de secteur, mairie centrale, collectivités ou État n'intervînt pour sauver la dernière chapelle de Bon Secours du Terroir marseillais et la seule à avoir donné son nom à un quartier. Que peut révéler le sol ou le sous-sol de la chapelle de Bois-Luzy ? Il est urgent de se poser et d'étudier. Le devenir des dalles de Bois-Luzy Au cours de la visite du site le représentant du promoteur Kaufman & Broad déclara que les dalles seraient récupérées par les soins de son entreprise et ré implantées dans le hall de l'immeuble à construire. Compte tenu de la richesse patrimoniale potentielle de ces éléments, je considère qu'il n'appartient pas à une société immobilière : - de décider de l'enlèvement d'un dallage susceptible de représenter une valeur historique et propre à permettre la datation très précise des lieux. - de procéder par des moyens non adaptés à cet enlèvement. Seule une entreprise qualifiée et nommée par les pouvoirs publics est apte à exécuter un tel travail sous la conduite et la responsabilité d'un archéologue, comme cela s'est produit à la chapelle de la Capelette. - de prévoir, par sa seule autorité, l'utilisation, in fine, d'un dallage représentant éventuellement une valeur patrimoniale commune qui ne saurait, dès lors, être réservée à une utilisation privée et non communément décidée. Une chapelle peut-être bien plus importante … La présence de dalles identiques sur toute la surface comprenant " la chapelle " et " l'étable " fait apparaître une continuité de revêtement de sol. Or, cette continuité de sol ne signifie t-elle pas une unité de lieu ? Je veux dire par là que la chapelle que nous considérons actuellement comme une petite construction, si modeste, n'aurait-elle pas été précisément bien plus grande dès sa construction, englobant l'étable visible aujourd'hui ? Déjà la superficie limitée à quelques mètres carrés de l'édifice religieux était surprenante ; mais la continuité du même dallage d'époque (à déterminer) sur la partie dite étable ne conduit-elle pas à s'interroger sur la dimension réelle de la chapelle d'origine ? Là encore une étude sérieuse mérite d'être entreprise . Une similitude étonnante avec la chapelle de la Capelette Outre le sol, d'autres correspondances posent interrogation. À titre d'exemple, les " départs latéraux incurvés " que mentionne le rapport de visite sur les murs de l'édifice et qui laissent supposer un plafond vouté. Le parallèle avec la chapelle de la Capelette est encore ici étonnant. Les voussures à la Capelette avaient à ce point retenu l'attention de l'architecte des Bâtiments de France que monsieur Gilles Bouillon avait recommandé de ne point y toucher. Son avis n'a pas été respecté, l'édifice ayant été entièrement rasé. Des voussures en briques rouges parfaitement ordonnancées. La chapelle et la ferme de Bois-Luzy connaitront-elles le même sort ? Il m'a été rapporté qu'un agent de la Direction régionale des affaires culturelles s'était rendu sur les lieux, puis avait conclu à l'inutilité de toute préservation du site. Or cet agent n'a pas daigné entrer dans les lieux et s'est contenté d'un simple regard extérieur et rapide. Juge t-on de la qualité d'un livre en regardant sa couverture ? Je ne souhaite pas commenter ce qui m'apparaît fort éloigné des missions réelles et sérieuses de notre Institution régionale patrimoniale et culturelle. Plus sérieusement, il convient, de plus en plus, et de façon urgente d'étudier, de dater, de sonder ces bâtiments plus anciens que ce que nous pouvons supposer et plus importants que ce que nous pouvons estimer. Pour reprendre une chanson d'Alain Bashung, face à ce site de Bois-Luzy : - " Il y a des montagnes de questions ". Oui, des montagnes de questions se posent et attendent des réponses. Avant de détruire, il est de plus en plus patent qu'il convient d'étudier et donc de suspendre toute action de démolition. Si ce réflexe premier d'intelligence n'était pas suivi rapidement d'effet et de décisions concrètes, ce serait à désespérer de Marseille et de nos Institutions culturelles. René Pierini Jean Noël Beverini Historien - archéologue de la Société Française d'Histoire Maritime
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