Maires de France : Nommez des rues en hommage aux héros oubliés des colonies

Maires de France : Nommez des rues en hommage aux héros oubliés des colonies

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Mesdames et Messieurs les maires de France, nommez nos rues, nos places, les frontons de nos écoles en hommage aux héros oubliés des colonies. 

Depuis deux mois, le meurtre de George Floyd a suscité dans le monde entier une mobilisation sans précédent contre le racisme et les discriminations. 

En France aussi nous sommes nombreux, de toutes origines, de toutes conditions et de toutes les générations, à nous être levés pour dire que « les vies noires comptent », et qu’il est insupportable que, en plein 21ème siècle, la couleur de peau puisse encore être un handicap ou un risque dans le pays d’Aimé Césaire et de Joséphine Baker. 

Ces manifestations n’ont pas seulement permis de faire entendre, enfin, la parole de toutes celles et tous ceux qui, depuis des années, subissent silencieusement les discriminations en raison de leur origine réelle ou supposée. Elles ont aussi eu le mérite de révéler le décalage qui existe aujourd’hui entre l’image de la France que renvoie le paysage de nos villes, et ce qu’elle est vraiment : un pays de diversité, dont les citoyens sont issus de tous les continents, et dont l’histoire s’est écrite depuis des siècles non seulement en Europe mais aussi en Afrique, en Amérique, en Asie et en Océanie. 

Combien de rues sont dédiées en France à Toussaint Louverture, à Louis Delgrès, à la Mulâtresse Solitude, les grandes figures du combat contre l’esclavage entre 1789 et 1804 ? Combien de monuments aux tirailleurs sénégalais et aux soldats des troupes coloniales morts pour la France pendant les deux guerres mondiales ? Combien d’écoles dédiées aux Martiniquaises Jeanne et Paulette Nardal, les marraines du mouvement de la Négritude, ou au Guyanais René Maran, le premier écrivain noir à recevoir un prix littéraire prestigieux en France (le prix Goncourt, pour son roman Batouala, il y aura exactement cent ans l’année prochaine) ?

Les noms de rues, de places, d’écoles, d’arrêts de bus ou de stations de métro, les statues qui trônent à nos carrefours, les monuments et les plaques qui ornent notre espace public, tous ces symboles nous appartiennent. Ils sont décidés par nos élus. Ils ne doivent pas nous diviser, mais nous rassembler, et nous ressembler : parce que la France n’a jamais été composée que d’hommes blancs ; parce que notre histoire a aussi été faite par des femmes, et par des personnes issues des colonies et de l’étranger ; parce que cette évidence continue d’être ignorée de beaucoup, faute d’être correctement enseignée dans nos écoles, suffisamment exposée dans nos musées, et réellement célébrée dans nos villes. 

L’année dernière, à l’occasion du 75ème anniversaire du Débarquement de Provence, j’ai interpellé l’Etat sur la nécessité de rendre hommage aux soldats africains qui ont participé à la libération de notre pays.

Le 15 août 2019, à la suite de cet appel, le Président de la République a invité toutes les communes de France à nommer des rues en hommage à ces héros venus de loin. Le ministère des armées vient dans ce but d’éditer un livret rassemblant les parcours de cent combattants de la seconde guerre mondiale issus des colonies de l’Empire français. 

Le 25 juillet prochain, avec l’association pour la mémoire et l’histoire des tirailleurs sénégalais, nous rendrons hommage à tous les soldats venus d’Afrique, du Pacifique et des Antilles, sous l’Arc de Triomphe, en ravivant la flamme du soldat inconnu qui pourrait être un des leurs. 

M. François Baroin, en votre qualité de Président de l'Association des Maires de France, vous pouvez faire en sorte que nos rues mettent à l'honneur ces héros oubliés et faire de cet engagement une priorité auprès des maires nouvellement élu-es. J'espère que mon appel sera entendu et que vous prendrez les mesures nécessaires pour réserver plus d'espace public à ces soldats de l’Armée française.

Vous avez signé en novembre 2019 une convention afin de soutenir les communes qui désirent rendre hommage à ces combattants. Aujourd'hui, vous pouvez aller plus loin et inciter les maires de toutes les communes de France à nommer des rues, des places ou des écoles en hommage aux soldats qui ont participé à la libération et qui se sont sacrifiés pour notre pays.

Mesdames et Messieurs les Maires des cinq plus grandes villes de France, et vous toutes et tous, chè.re.s Maires des 36 000 communes de France.

Alors que vos nouvelles municipalités sont en train de définir leur programme d’action pour les six prochaines années, le moment est venu de passer à l’acte. 

Répondez à l’appel du Président de la République. Faites entrer dans notre mémoire collective tous ces noms méconnus – ceux de Sei Koné, d’Addi Bâ, de Mohamed Bel Hadj, de Valentin Béhélo, de Philippe Bernardino, ces soldats venus d’Afrique, du Pacifique ou des Antilles qui ont tous contribué à faire de la France d’aujourd’hui une nation libre. 

En vous faisant cette demande, je ne porte pas une revendication communautariste. Bien au contraire : je veux simplement que, tous ensemble, nous ouvrions notre récit national pour y accueillir toutes les composantes de la France d’aujourd’hui. 

Parce que c’est notre Histoire commune. Et parce que ce qu’elle nous raconte, c’est notre pays dans toute sa diversité. 

C’est tout simplement la France.

Aïssata SECK

Présidente de l’association pour la mémoire et l’histoire des tirailleurs sénégalais