Lettre ouverte pour la promotion des occupations durables (éco-occupations)


Lettre ouverte pour la promotion des occupations durables (éco-occupations)
Le problème
A Paris (France), Trois-Rivières (Québec), Vic (Espagne),
Coventry (Royaume-Unis), le 23 septembre 2020
Objet : Lettre ouverte à nos décideurs et aux citoyens, dont les ergothérapeutes pour la promotion des occupations durables (éco-occupations).
Dr. Yannick Ung, Dr. Marie-Josée Drolet,
Dr. Salvador Simó-Algado et Dr. Tracey Rehling.
En la qualité d’ergothérapeutes, nous sommes conscients que dans un monde globalisé, cette période de (dé)confinement mondial est une injonction préventive qui vise à protéger les personnes les plus fragiles et à éviter l’afflux des patients dans les centres hospitaliers et dans les services de proximité.
Nous nous montrons reconnaissants et solidaires envers les soignants qui œuvrent en coulisse et sans ménagement, à la gestion quotidienne des situations dramatiques d’hospitalisations précipitées, de solitude silencieuse, de privation occupationnelle, voire d’interruption de la vie.
Les relations d’entraide sont fondamentales et soutiennent le développement de communautés résilientes. Nous saluons les initiatives collectives et les chaînes d’actions solidaires à l’échelle d’un quartier, d’une commune ou d’une métropole, mais aussi à travers les peuples et les générations.
Les efforts actuels sont consacrés à la gestion de l’urgence de la situation, mais nous estimons fermement qu’au-delà de cette crise sanitaire sans précédent, le contexte dans lequel nous vivons présentement est un défi pour l’humanité.
En tant qu’ergothérapeutes, nous sommes tout autant responsables que nos concitoyens de cette pandémie dont l’origine s’explique par la dévastation sans précédent des milieux naturels, la consommation immodérée des ressources exploitées et la dégradation par l’être humain des écosystèmes, agricoles, forestiers, marins, pélagiques, fluviaux, côtiers, alpins, polaires, mais aussi urbains et microbiens [1,2].
Nous faisons le constat que les occupations humaines sont depuis le début à l’origine des problèmes globaux, mais qu’elles peuvent et doivent aussi faire partie des solutions de cette crise sanitaire. Elle s’inscrit de façon intrinsèque dans un bouleversement plus vaste qui est lié aux changements climatiques qui augmenteront la précarité des plus vulnérables [3].
En outre, nous portons à votre connaissance que la nature, le volume, la densité, la fréquence, la vitesse, la résistance et l’intensité des occupations humaines, dans toutes leurs démesures, sont toutes des variables sur lesquelles nous devons agir expressément et sans réserve.
Au regard de l’évolution de l’histoire contemporaine, nous réalisons que nous manquons d’ores et déjà de temps et qu’il n’est guère possible de laisser place au conformisme politique et à l’immobilisme des populations qui portent préjudice à la justice occupationnelle, à savoir à l’égalité des chances pour les générations présentes et à venir de s’engager dans des occupations nécessaires à la vie, voire à la qualité de la vie.
Nous affirmons que notre inscription dans un écosystème plus harmonieux nécessite de changer la relation de notre mode de vie outrancier par rapport aux conséquences de nos actes et de nos choix occupationnels. Par exemple, ces conséquences concernent la destruction de la biodiversité de la faune et la flore, l’épuisement des ressources naturelles ainsi que la paupérisation des personnes les moins nantis. L’actuelle crise de la COVID-19 nous montre à quel point nos besoins essentiels peuvent être répondus plus simplement. Profitons de ce temps de confinement et de déconfinement graduel pour redéfinir nos existences individuelles et collectives vers plus de durabilité et de justice sociale pour la santé présente et future des êtres humains.
Le dernier rapport sur les conséquences du réchauffement planétaire est sans appel, c’est la raison pour laquelle nous assumons cette position, à contre-courant des idées séduisantes et populistes [4]. Nous sommes convaincus que la mobilisation collective s’avère infiniment plus utile et durable dans le temps que des initiatives matérielles et pharmaceutiques qui visent à étouffer un feu dramatique de cheminée, alors que c’est toute la forêt qui risque de brûler à l’échelle du temps d’une seule et même vie.
Nous revendiquons haut et fort que la préservation des biotopes est une nécessité absolue pour préserver des conditions climatiques et écologiques « constantes » aux différentes espèces (végétales, animales, minérales, fongiques, mais aussi bactériennes et virales) afin qu’elles y vivent en équilibre.
Les ergothérapeutes étant experts de l’occupation humaine, nous espérons profondément nous trouver à l’aube d’une «révolution occupationnelle»[5] planétaire, locale et individuelle pour pallier les grands bouleversements à venir, qu’ils soient sanitaires, socio-économiques, climatiques ou environnementaux.
Enfin, nous souhaitons promouvoir l’engagement de la population générale dans des éco-occupations qui nécessitent un processus de métacognition morale et un raisonnement éthique [6]. Concrètement, il s’agit de mener à tout moment une réflexion sur les conséquences de ses choix occupationnels et de ses devoirs moraux dans le but d’appréhender les dilemmes éthiques présents et à venir [7]. En somme, nous devons endosser le rôle de citoyens éco-responsables [8], solidaires et engagés à garantir aux générations présentes et futures un urbanisme résilient, des comportements altruistes et un avenir moins menaçant [9].
Collectif d’ergothérapeutes auteurs et signataires :
Yannick Ung, ergothérapeute PhD., Chercheur-associé à l’Université Paris Descartes (France), Professeur associé à l’Université du Québec à Trois-Rivières (Québec). Expert européen pour le COTEC et co-fondateur du R2DE.
Marie-Josée Drolet, ergothérapeute PhD. Professeure agrégée au Département d’ergothérapie de l’Université du Québec à Trois-Rivières (Québec). Membre du R2DE et de la C4E.
Salvador Simó-Algado, ergothérapeute PhD. Co-directeur de la Chaire en santé mentale du Département des sciences sociales de l’Université de Vic (Espagne).
Tracey Rehling, ergothérapeute PhD. Directrice d’enseignement au Programme en d’ergothérapie de l’Université de Coventry (Royaume-Unis). Membre du R2DE.
Liste des références :
[1] Aenishaenslin, C. (2020). Réfléchir à notre responsabilité collective à l’ère de la COVID-19. Le Devoir. [en ligne]. https://www.ledevoir.com/opinion/idees/575971/reflechir-a-notre-responsabilite-collective-a-l-ere-de-la-covid-19?fbclid=IwAR1jXgdua50OFd0dvL2g0mFizRRnmwuU0WyxCoZly2sj1OHhGtE9W3qaNR0
[2] Piedboeuf, G. (2020). Comment la planète a manqué le bateau. Radio Canada. [en ligne]. https://ici.radio-canada.ca/recit-numerique/843/pandemies-science-zoonose-solutions-prevention-virus-covid-19?fbclid=IwAR1SScfBuan6wC-CyLwbk28t4IpaG-XRPqRWsmqgNrolhTSCbtk3nyxpfUE
[3] Algado, S. S. (2012). Eco-social Occupational Therapy: on the way to occupational ecology. Cadernos Brasileiros de Terapia Ocupacional, 20(1).
[4] Groupe d’Experts Intergouvernemental sur l’évolution du Climat (GIEC). (2018). Rechauffement planétaire de 1.5°C (résumé à l’intention des décideurs). [en ligne] https://www.ipcc.ch/site/assets/uploads/sites/2/2019/09/IPCC-Special-Report-1.5-SPM_fr.pdf Page consultée le 17 juin 2020.
[5] Jasmin, E., Drolet, M-J, & Carrier, A. (2020). Réinventer nos vies en temps de confinement, Le Nouvelliste, 10 avril. Repéré à : https://www.lenouvelliste.ca/opinions/carrefour-des-lecteurs/reinventer-nos-vies-en-temps-de-confinement-83b2cefe8d198142452bec25da4509de
[6] Ung, Y., Thiébaut-Samson. S., Drolet, M.-J., Simó Algado, S., & Soubeyran, M. (2020). Building occupational therapy practice ecological based occupations and ecosystem sustainability: exploring the concept of eco-occupation to support intergenerational occupational justice. World Federation of Occupational Therapists Bulletin, 1-7.
[7] Drolet, M.-J., Thiébaut-Samson, S., Tremblay, Tremblay, L, & Ung, Y., (n.d.) Favoriser le changement des habitudes de vie pour plus de durabilité et de justice occupationnelle intergénérationnelle : présentation et analyse éthique de trois modèles ergothérapiques. Ethica (sous presse).
[8] Simó Algado, S., & Ann Townsend, E. (2015). Eco-social occupational therapy. British Journal of Occupational Therapy, 78(3), 182-186.
[9] Thiébaut-Samson, S., Drolet, M.-J., Tremblay, L. & Ung, Y., (2020). Proposition d’un paradigme occupationnel écosystémique pour une pratique durable de la profession. Recueil Annuel d’Ergothérapie. 12, 3-10.

Le problème
A Paris (France), Trois-Rivières (Québec), Vic (Espagne),
Coventry (Royaume-Unis), le 23 septembre 2020
Objet : Lettre ouverte à nos décideurs et aux citoyens, dont les ergothérapeutes pour la promotion des occupations durables (éco-occupations).
Dr. Yannick Ung, Dr. Marie-Josée Drolet,
Dr. Salvador Simó-Algado et Dr. Tracey Rehling.
En la qualité d’ergothérapeutes, nous sommes conscients que dans un monde globalisé, cette période de (dé)confinement mondial est une injonction préventive qui vise à protéger les personnes les plus fragiles et à éviter l’afflux des patients dans les centres hospitaliers et dans les services de proximité.
Nous nous montrons reconnaissants et solidaires envers les soignants qui œuvrent en coulisse et sans ménagement, à la gestion quotidienne des situations dramatiques d’hospitalisations précipitées, de solitude silencieuse, de privation occupationnelle, voire d’interruption de la vie.
Les relations d’entraide sont fondamentales et soutiennent le développement de communautés résilientes. Nous saluons les initiatives collectives et les chaînes d’actions solidaires à l’échelle d’un quartier, d’une commune ou d’une métropole, mais aussi à travers les peuples et les générations.
Les efforts actuels sont consacrés à la gestion de l’urgence de la situation, mais nous estimons fermement qu’au-delà de cette crise sanitaire sans précédent, le contexte dans lequel nous vivons présentement est un défi pour l’humanité.
En tant qu’ergothérapeutes, nous sommes tout autant responsables que nos concitoyens de cette pandémie dont l’origine s’explique par la dévastation sans précédent des milieux naturels, la consommation immodérée des ressources exploitées et la dégradation par l’être humain des écosystèmes, agricoles, forestiers, marins, pélagiques, fluviaux, côtiers, alpins, polaires, mais aussi urbains et microbiens [1,2].
Nous faisons le constat que les occupations humaines sont depuis le début à l’origine des problèmes globaux, mais qu’elles peuvent et doivent aussi faire partie des solutions de cette crise sanitaire. Elle s’inscrit de façon intrinsèque dans un bouleversement plus vaste qui est lié aux changements climatiques qui augmenteront la précarité des plus vulnérables [3].
En outre, nous portons à votre connaissance que la nature, le volume, la densité, la fréquence, la vitesse, la résistance et l’intensité des occupations humaines, dans toutes leurs démesures, sont toutes des variables sur lesquelles nous devons agir expressément et sans réserve.
Au regard de l’évolution de l’histoire contemporaine, nous réalisons que nous manquons d’ores et déjà de temps et qu’il n’est guère possible de laisser place au conformisme politique et à l’immobilisme des populations qui portent préjudice à la justice occupationnelle, à savoir à l’égalité des chances pour les générations présentes et à venir de s’engager dans des occupations nécessaires à la vie, voire à la qualité de la vie.
Nous affirmons que notre inscription dans un écosystème plus harmonieux nécessite de changer la relation de notre mode de vie outrancier par rapport aux conséquences de nos actes et de nos choix occupationnels. Par exemple, ces conséquences concernent la destruction de la biodiversité de la faune et la flore, l’épuisement des ressources naturelles ainsi que la paupérisation des personnes les moins nantis. L’actuelle crise de la COVID-19 nous montre à quel point nos besoins essentiels peuvent être répondus plus simplement. Profitons de ce temps de confinement et de déconfinement graduel pour redéfinir nos existences individuelles et collectives vers plus de durabilité et de justice sociale pour la santé présente et future des êtres humains.
Le dernier rapport sur les conséquences du réchauffement planétaire est sans appel, c’est la raison pour laquelle nous assumons cette position, à contre-courant des idées séduisantes et populistes [4]. Nous sommes convaincus que la mobilisation collective s’avère infiniment plus utile et durable dans le temps que des initiatives matérielles et pharmaceutiques qui visent à étouffer un feu dramatique de cheminée, alors que c’est toute la forêt qui risque de brûler à l’échelle du temps d’une seule et même vie.
Nous revendiquons haut et fort que la préservation des biotopes est une nécessité absolue pour préserver des conditions climatiques et écologiques « constantes » aux différentes espèces (végétales, animales, minérales, fongiques, mais aussi bactériennes et virales) afin qu’elles y vivent en équilibre.
Les ergothérapeutes étant experts de l’occupation humaine, nous espérons profondément nous trouver à l’aube d’une «révolution occupationnelle»[5] planétaire, locale et individuelle pour pallier les grands bouleversements à venir, qu’ils soient sanitaires, socio-économiques, climatiques ou environnementaux.
Enfin, nous souhaitons promouvoir l’engagement de la population générale dans des éco-occupations qui nécessitent un processus de métacognition morale et un raisonnement éthique [6]. Concrètement, il s’agit de mener à tout moment une réflexion sur les conséquences de ses choix occupationnels et de ses devoirs moraux dans le but d’appréhender les dilemmes éthiques présents et à venir [7]. En somme, nous devons endosser le rôle de citoyens éco-responsables [8], solidaires et engagés à garantir aux générations présentes et futures un urbanisme résilient, des comportements altruistes et un avenir moins menaçant [9].
Collectif d’ergothérapeutes auteurs et signataires :
Yannick Ung, ergothérapeute PhD., Chercheur-associé à l’Université Paris Descartes (France), Professeur associé à l’Université du Québec à Trois-Rivières (Québec). Expert européen pour le COTEC et co-fondateur du R2DE.
Marie-Josée Drolet, ergothérapeute PhD. Professeure agrégée au Département d’ergothérapie de l’Université du Québec à Trois-Rivières (Québec). Membre du R2DE et de la C4E.
Salvador Simó-Algado, ergothérapeute PhD. Co-directeur de la Chaire en santé mentale du Département des sciences sociales de l’Université de Vic (Espagne).
Tracey Rehling, ergothérapeute PhD. Directrice d’enseignement au Programme en d’ergothérapie de l’Université de Coventry (Royaume-Unis). Membre du R2DE.
Liste des références :
[1] Aenishaenslin, C. (2020). Réfléchir à notre responsabilité collective à l’ère de la COVID-19. Le Devoir. [en ligne]. https://www.ledevoir.com/opinion/idees/575971/reflechir-a-notre-responsabilite-collective-a-l-ere-de-la-covid-19?fbclid=IwAR1jXgdua50OFd0dvL2g0mFizRRnmwuU0WyxCoZly2sj1OHhGtE9W3qaNR0
[2] Piedboeuf, G. (2020). Comment la planète a manqué le bateau. Radio Canada. [en ligne]. https://ici.radio-canada.ca/recit-numerique/843/pandemies-science-zoonose-solutions-prevention-virus-covid-19?fbclid=IwAR1SScfBuan6wC-CyLwbk28t4IpaG-XRPqRWsmqgNrolhTSCbtk3nyxpfUE
[3] Algado, S. S. (2012). Eco-social Occupational Therapy: on the way to occupational ecology. Cadernos Brasileiros de Terapia Ocupacional, 20(1).
[4] Groupe d’Experts Intergouvernemental sur l’évolution du Climat (GIEC). (2018). Rechauffement planétaire de 1.5°C (résumé à l’intention des décideurs). [en ligne] https://www.ipcc.ch/site/assets/uploads/sites/2/2019/09/IPCC-Special-Report-1.5-SPM_fr.pdf Page consultée le 17 juin 2020.
[5] Jasmin, E., Drolet, M-J, & Carrier, A. (2020). Réinventer nos vies en temps de confinement, Le Nouvelliste, 10 avril. Repéré à : https://www.lenouvelliste.ca/opinions/carrefour-des-lecteurs/reinventer-nos-vies-en-temps-de-confinement-83b2cefe8d198142452bec25da4509de
[6] Ung, Y., Thiébaut-Samson. S., Drolet, M.-J., Simó Algado, S., & Soubeyran, M. (2020). Building occupational therapy practice ecological based occupations and ecosystem sustainability: exploring the concept of eco-occupation to support intergenerational occupational justice. World Federation of Occupational Therapists Bulletin, 1-7.
[7] Drolet, M.-J., Thiébaut-Samson, S., Tremblay, Tremblay, L, & Ung, Y., (n.d.) Favoriser le changement des habitudes de vie pour plus de durabilité et de justice occupationnelle intergénérationnelle : présentation et analyse éthique de trois modèles ergothérapiques. Ethica (sous presse).
[8] Simó Algado, S., & Ann Townsend, E. (2015). Eco-social occupational therapy. British Journal of Occupational Therapy, 78(3), 182-186.
[9] Thiébaut-Samson, S., Drolet, M.-J., Tremblay, L. & Ung, Y., (2020). Proposition d’un paradigme occupationnel écosystémique pour une pratique durable de la profession. Recueil Annuel d’Ergothérapie. 12, 3-10.

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Pétition lancée le 23 septembre 2020