Parmi les demandes adressées au président de la République sur cette pétition, il y avait la suppression du Numerus Clausus en médecine. Il vient d'être annoncé. Vous trouverez ci-joint une analyse de cette annonce. Dans les faits, le Numerus Clausus va se poursuivre. Le temps d'y réfléchir ensemble, il faudra étudier comment faire en sorte pour que notre demande devienne une réalité.
C’en est fini du Numerus Clausus ! Vraiment ?
Le mardi 17 octobre, l’annonce faite par Emmanuel Macron a eu un effet libérateur vraiment soulageant. L’espoir est venu qu’enfin les déserts médicaux allaient disparaître, de même que les longues semaines d’attente avant de consulter un spécialiste. Et aussi il allait bientôt en être fini de la grande injustice faite aux 60.000 étudiants qui se présentent chaque année pour entrer en médecine, alors qu’environ 10.000 sont sélectionnés. A dire vrai, les protestations étaient devenues rares devant la détermination des gouvernements successifs, des Caisses d’Assurances maladie de la Sécurité sociale, de toutes les organisations professionnelles des médecins et de l’Association des Etudiants en médecine, décidés à maintenir le Statu quo au mépris de l’intérêt général.
La déclaration d’Emmanuel Macron est forte mais elliptique dans le plan d’ensemble qu’il a présenté. Beaucoup plus explicites sont les déclarations faites la veille par la ministre de la Santé madame Buzyn, dans le journal « Le Parisien libéré » qui – en l’occasion – porte bien son nom. Madame Buzyn met en avant qu’il fallait en finir avec la souffrance de dizaines de milliers d’étudiants travaillant dur pour voir leur avenir condamné. C’est un motif hautement moral, qui réhabilite un gouvernement souvent suspecté de mépris pour les aspirations les plus simples. Il s’agit, déclare-telle – d’arrêter « le gâchis humain » et « d’en finir avec la souffrance des étudiants de première année ». Ce point de vue moral est de haute valeur.
Mais il faut prêter attention à la suite de cet interview, qui a le mérite de la franchise. Il est annoncé que « cela ne réglera pas le problème de la démographie médicale ». Ou bien un peu plus loin : « Il manquera encore de généralistes ou de spécialistes ». Et le lecteur qui se croyait libéré commence à se demander s’il existe une volonté réelle d’augmenter le nombre de médecins. Car c’est là le vrai problème. Pour atteindre cet objectif, il faudrait que les universités en médecine reçoivent une dotation supplémentaire pour s’agrandir. Or, ce n’est pas le cas. Le président Macron n’a annoncé aucune dotation nouvelle. Pas la plus petite enveloppe.
Si le lecteur examine maintenant ce qui est proposé aux si malheureux étudiants, il constatera qu’il s’agit seulement de « diversifier les profils ». Les étudiants auront bien leurs examens s’ils le méritent, mais ce n’est pas grâce à ces succès qu’ils pourront faire médecine. Ils seront ventilés dans diverses formations. Les modalités exactes d’admission et les conditions d’accès à ces « formations » ne sont pas encore connues. Mais il y aura des « passerelles », en fait éliminatoires. Cela revient à diluer le Numerus Clausus en plusieurs étapes et doucement, sur trois ans. Et cela « Afin de se réorienter sans perdre de temps » selon la déclaration de madame Buzyn. Au lieu de perdre une année, les aspirants médecins en perdront donc trois, puisqu’aucune place supplémentaire ne va être créée sur les bancs universitaires. En somme, le Numerus Clausus va continuer en évitant ce mot devenu psychologiquement et humainement insupportable.
Le plan santé maintient l’offre médicale actuelle. Il n’annonce nulle part que le nombre des médecins va augmenter. Il est seulement prévu de créer 4000 postes « d’aides-soignants de ville » qui équivaudront au travail de 2000 médecins. Bien plus, l’exercice isolé des médecins « ne sera plus possible » (actuellement plus de la moitié des médecins travaillent en libéral). Ils seront vivement incités à se regrouper. Ce sont encore des économies qui n’augmenteront pas leur nombre.
Il est également prévu la systématisation de la prise de rendez-vous en ligne qui permettra d’économiser 37000 emplois plein temps de médecins. Il n’y a aucune volonté de mettre un terme à la désertification médicale, et cela en comptant sur l’affluence de médecins européens qui viennent s’installer en France : c’est le quart des médecins inscrits au Conseil de l’ordre. Cela coûte moins cher du point de vue de la formation. C’est un pillage des pays les moins riches d’Europe. Les jeunes gens qui veulent se former en France se heurteront au même mur que par le passé, avec en travers de la gorge un Numerus Clausus clandestin, insidieux.
Du point de vue moral la faute est peut-être encore plus grave. A quoi sert-il de s’apitoyer sur le « gâchis humain », si c’est pour reconduire le même gâchis sur trois longues années ? Décidément la question du Numerus Clausus n’a pas fini de faire débat.