

Nos enfants sont vos élèves : demande du retrait du texte raciste d'un manuel scolaire pour enfants


Nos enfants sont vos élèves : demande du retrait du texte raciste d'un manuel scolaire pour enfants
Le problème
29 octobre 2015
Editeur CEC Manuel Ardoise
À qui de droit
LETTRE OUVERTE
Nous, parents, éducateurs et alliés d’enfants québécois noirs ou d’origine haïtienne, nous vous écrivons pour exprimer notre consternation et nos vives protestations au sujet du texte « Fancia, 11 ans » paru dans le livre de grammaire Ardoise manuel A (page 37 publié en 2001 ISBN 2- 7617-1803-8). Ce texte extrêmement problématique et raciste a été récemment dévoilé à notre attention et nous voulons exprimer aujourd’hui notre refus d’accepter qu’au XXIe siècle dans une société moderne, de telles représentations soient encore proposées à nos enfants par un manuel scolaire, dans leur école. Et ce, pour une seule et unique raison: nos enfants sont vos élèves.
Nos enfants sont vos élèves. Ils sont les lecteurs et usagers de vos manuels, et en tant que tels, ils ont le droit de se voir représentés, tant dans leur origine que dans leur apparence, de manière non stéréotypée, positive et comme appartenant pleinement à la société.
Nos enfants sont vos élèves. Ils n’ont pas à être exposés à des représentations misérabilistes de leur pays d’origine pour lequel, de façon tout à fait légitime, ils éprouvent de l’attachement et de la fierté. Ils n’ont pas à voir soudain exhibée en pleine salle de classe devant leur professeur.e et leurs camarades, une caricature grotesque de leur pays d’origine ou de leur appartenance ethnique ou raciale. Ceci constitue en soi une violence inacceptable.
Nos enfants sont vos élèves. Ils n’ont pas à être forcés, dans le cadre d’un cours de langue française, à la place de l’altérité, à cause de leur origine ou leur apparence. Afin de demeurer au centre de cette langue, ils n’ont pas, en tant que lecteurs, à devoir s’identifier à un personnage complètement démuni et analphabète, complètement dépendant et dépourvu d’agentivité (puisque la connaissance lui vient de l’extérieur), absolument ébahi devant un sauveur étranger ou extérieur qui lui apporte des livres. Ils n’ont pas à subir la honte devant leurs pairs, de voir leur origine ou leur apparence reliées à un tel état de victimisation et de déchéance.
Nos enfants sont vos élèves. Ils n’ont pas à devoir s’imprégner d’un texte où un personnage qui leur ressemble exprime une telle honte, indignité ou haine de soi (au point d’écrire une lettre où elle se représente subissant de la moquerie à cause de la couleur noire de sa peau). À cette étape cruciale, et surtout fragile de la construction de leur identité, ils n’ont pas à être brutalisés par des représentations négatives, stéréotypées et racistes dans le cadre scolaire qui devrait, tout au contraire, leur permettre de grandir en éprouvant de la fierté, un sentiment de force et d’agentivité, un sentiment de compétence vis-à-vis de la langue.
Nos enfants sont vos élèves. Et nous trouvons parfaitement ironique qu’en tant qu’afrodescendants d’origine haïtienne, nos enfants soient exposés ici, dans une société québécoise qui se veut égalitaire, à des violences symboliques dont ils seraient parfaitement épargnés dans du matériel didactique ou des manuels scolaires provenant d’Haïti. En effet, dans les manuels scolaires haïtiens, l’identité noire est systématiquement sujet de fierté et de célébration! Nous trouvons très grave que, originaires d’un pays, Haïti, constamment célébré pour ses productions littéraires et culturelles, un pays ayant d’ailleurs maintes fois contribué par son immigration québécoise au rayonnement du Québec sur la scène internationale, ce pays d’Haïti apparaisse brusquement dans un manuel québécois comme un lieu sans histoire, caractérisé par la pauvreté et l’illettrisme, un lieu somme toute de barbarie.
Au delà de notre indignation, nous nous demandons, en tant qu’éducateurs, quels sont les objectifs pédagogiques poursuivis par une telle représentation dans un livre de grammaire. Nous remémorant la longue histoire coloniale des représentations négatives d’Haïti, nous ne connaissons que trop la réponse oppressive à une telle question.
Nous vous demandons donc de retirer ce texte de votre manuel scolaire et de vous en dissocier complètement. Nous croyons fermement que tous les enfants québécois bénéficieraient d’une éducation égalitaire et valorisante et nous espérons que vous partagerez ce point de vue. Nous pensons que vos rédacteurs de manuels scolaires sauront trouver des représentations plus complexes et plus valorisantes des identités noires, afro-québécoises ou haïtiennes qui permettront à tous nos enfants de se reconnaitre et de s’épanouir dans leurs apprentissages.
Cordialement,
Parents unis pour une éducation humaniste et égalitaire.
Le problème
29 octobre 2015
Editeur CEC Manuel Ardoise
À qui de droit
LETTRE OUVERTE
Nous, parents, éducateurs et alliés d’enfants québécois noirs ou d’origine haïtienne, nous vous écrivons pour exprimer notre consternation et nos vives protestations au sujet du texte « Fancia, 11 ans » paru dans le livre de grammaire Ardoise manuel A (page 37 publié en 2001 ISBN 2- 7617-1803-8). Ce texte extrêmement problématique et raciste a été récemment dévoilé à notre attention et nous voulons exprimer aujourd’hui notre refus d’accepter qu’au XXIe siècle dans une société moderne, de telles représentations soient encore proposées à nos enfants par un manuel scolaire, dans leur école. Et ce, pour une seule et unique raison: nos enfants sont vos élèves.
Nos enfants sont vos élèves. Ils sont les lecteurs et usagers de vos manuels, et en tant que tels, ils ont le droit de se voir représentés, tant dans leur origine que dans leur apparence, de manière non stéréotypée, positive et comme appartenant pleinement à la société.
Nos enfants sont vos élèves. Ils n’ont pas à être exposés à des représentations misérabilistes de leur pays d’origine pour lequel, de façon tout à fait légitime, ils éprouvent de l’attachement et de la fierté. Ils n’ont pas à voir soudain exhibée en pleine salle de classe devant leur professeur.e et leurs camarades, une caricature grotesque de leur pays d’origine ou de leur appartenance ethnique ou raciale. Ceci constitue en soi une violence inacceptable.
Nos enfants sont vos élèves. Ils n’ont pas à être forcés, dans le cadre d’un cours de langue française, à la place de l’altérité, à cause de leur origine ou leur apparence. Afin de demeurer au centre de cette langue, ils n’ont pas, en tant que lecteurs, à devoir s’identifier à un personnage complètement démuni et analphabète, complètement dépendant et dépourvu d’agentivité (puisque la connaissance lui vient de l’extérieur), absolument ébahi devant un sauveur étranger ou extérieur qui lui apporte des livres. Ils n’ont pas à subir la honte devant leurs pairs, de voir leur origine ou leur apparence reliées à un tel état de victimisation et de déchéance.
Nos enfants sont vos élèves. Ils n’ont pas à devoir s’imprégner d’un texte où un personnage qui leur ressemble exprime une telle honte, indignité ou haine de soi (au point d’écrire une lettre où elle se représente subissant de la moquerie à cause de la couleur noire de sa peau). À cette étape cruciale, et surtout fragile de la construction de leur identité, ils n’ont pas à être brutalisés par des représentations négatives, stéréotypées et racistes dans le cadre scolaire qui devrait, tout au contraire, leur permettre de grandir en éprouvant de la fierté, un sentiment de force et d’agentivité, un sentiment de compétence vis-à-vis de la langue.
Nos enfants sont vos élèves. Et nous trouvons parfaitement ironique qu’en tant qu’afrodescendants d’origine haïtienne, nos enfants soient exposés ici, dans une société québécoise qui se veut égalitaire, à des violences symboliques dont ils seraient parfaitement épargnés dans du matériel didactique ou des manuels scolaires provenant d’Haïti. En effet, dans les manuels scolaires haïtiens, l’identité noire est systématiquement sujet de fierté et de célébration! Nous trouvons très grave que, originaires d’un pays, Haïti, constamment célébré pour ses productions littéraires et culturelles, un pays ayant d’ailleurs maintes fois contribué par son immigration québécoise au rayonnement du Québec sur la scène internationale, ce pays d’Haïti apparaisse brusquement dans un manuel québécois comme un lieu sans histoire, caractérisé par la pauvreté et l’illettrisme, un lieu somme toute de barbarie.
Au delà de notre indignation, nous nous demandons, en tant qu’éducateurs, quels sont les objectifs pédagogiques poursuivis par une telle représentation dans un livre de grammaire. Nous remémorant la longue histoire coloniale des représentations négatives d’Haïti, nous ne connaissons que trop la réponse oppressive à une telle question.
Nous vous demandons donc de retirer ce texte de votre manuel scolaire et de vous en dissocier complètement. Nous croyons fermement que tous les enfants québécois bénéficieraient d’une éducation égalitaire et valorisante et nous espérons que vous partagerez ce point de vue. Nous pensons que vos rédacteurs de manuels scolaires sauront trouver des représentations plus complexes et plus valorisantes des identités noires, afro-québécoises ou haïtiennes qui permettront à tous nos enfants de se reconnaitre et de s’épanouir dans leurs apprentissages.
Cordialement,
Parents unis pour une éducation humaniste et égalitaire.
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Pétition lancée le 1 novembre 2015