Victoire

Pour que Le Temps respecte les personnes trans*!

Cette pétition a abouti avec 912 signatures !


Pour que Le Temps respecte les personnes trans*!

Le 1er Juillet 2017, le journal Le Temps a publié un article transphobe «Le jour où notre fille est devenue un garçon» (lien ci-dessous), remplit de stéréotypes et de préjugés à l'encontre des personnes trans*. Cet article est particulièrement néfaste parce qu'il révèle beaucoup de détails de la vie privée d'une personne trans*, malgré le nom d'emprunt, l'humiliant publiquement et l'exposant à des risques de discriminations et de violences.

Nous Groupe Trans* Activiste, lançons cette pétition pour exiger que le journal Le Temps s'engage à :

1) Retirer l'article «Le jour où notre fille est devenue un garçon» d'internet et des réseaux sociaux.

2) Publier un article qui rectifie les propos problématiques de cet article, avec consultation et droit de regard de la personne concernée, et lui laissant la possibilité de s'exprimer (anonymement, s'il le désire).

3) Respecter nos guidelines "Comment parler des questions trans* dans les médias" (lien ci-dessous) pour tout article concernant les personnes trans* ou les sujets en lien avec les questions d'identité de genre.

4) Lors de la rédaction de tels articles, prendre contact des organisations transgenres (Trangender Network Switzerland, Groupe Trans* Activiste…)

Liens:
Guidelines "Comment parler des questions trans* dans les médias":
https://www.facebook.com/notes/groupe-trans-activiste-et-alli%C3%A9es/guide-pour-parler-des-questions-trans-dans-les-m%C3%A9dias-ou-vos-publications/476041906077336/
Article «Le jour où notre fille est devenue un garçon»:
https://www.letemps.ch/societe/2017/06/30/jour-fille-devenue-un-garcon

Voici la lettre de réponse que la personne concernée a écrite pour le journal Le Temps:

Genève, le 12 juillet 2017

A la rédaction du journal le Temps,

C’est avec un profond désarroi que j’ai appris, samedi 1er juillet, que toute ma vie (ou du moins la vision fabulée par mes parents) était déballée en première page de votre journal, avec en page de couverture le titre « lorsque l’enfant change de sexe » et à l’article « le jour où notre fille a décidé de devenir un garçon ».

Il s’avère que je ne suis pas uniquement un homme transgenre, mais que je travaille également comme activiste pour ma communauté. Et c’est ma communauté dans son ensemble qui est affectée par ce récit. C’est pour cette raison que j’ai décidé d’y répondre.

Cet article est en effet extrêmement problématique. Je peux imaginer que l’auteure ait souhaité lancer le débat et n’ait pas délibérément reproduit les schémas discriminatoires qui affectent tant les personnes transgenres. Ceci étant dit, voici en quoi son article est transphobe :

1) Par son titre : « le jour où notre fille a décidé de devenir un garçon », ainsi que par tous les passages qui laissent supposer qu’il s’agit d’un choix. Je SUIS un HOMME. Les personnes transgenres ne décident pas de l’être. Elles sont nées ainsi. Transitionner (et non « changer de sexe ») est une décision souvent vitale.

2) Par son ton : Le ton de l’article, infantilisant, donne à croire que je suis une personne (adolescente) versatile, engagée dans toutes les causes, les abandonnant tour à tour. La transidentité serait un « côté ultra de l’engagement », mon identité d’homme « ne convainquant pas » ma grande sœur et, qui pourrait être regretté par la suite : «Une fois que les changements seront terminés et que Mialy ne devra plus se battre pour défendre ce droit à une nouvelle identité, combat qu’il mène aujourd’hui à travers son art, la confrontation au quotidien risque d’être compliquée. Il sera un homme comme un autre, ou presque, il ne sera plus un emblème, une cause. Là, j’ai très très peur que son moral tombe au plus bas.». Parmi les descriptions fabulées de ma vie véhiculées par cet article, je souhaite corriger ces propos en particulier, puisqu’ils affectent indéfiniment plus de personnes que moi : Je suis un homme de 30 ans dont les convictions (oh surprise !) n’ont pas changé. En effet, l’égalité entre les gens, quel que soit leur religion, leur genre, leur sexualité, leur origine m’importe autant hier qu’aujourd’hui. J’ai eu l’occasion, ces dernières années, de mettre ces convictions en pratique en tant qu’enseignant, juriste, activiste et artiste. Je suis afro-féministe, comme je le suis depuis mes 14 ans. Enfin, je n’ai pas « pris la décision » d’être transgenre. Il s’agit d’une identité, pas d’un choix politique.

3) Par les termes utilisés : Les pronoms utilisés sont les pronoms « il », et « elle », mais le « elle » domine largement l’article, ce qui renforce l’idée selon laquelle le personnage est une « fille » qui a fait un choix. Parler de « fille » et «  garçon » est également inadapté, puisqu’à 30 ans, on est une « femme » ou un « homme ». En outre, on parle de transgenre, non de transsexuel. Le terme "transsexuel.le" renvoie au transsexualisme, qui est encore considéré comme une maladie psychiatrique ; il est donc pathologisant. Enfin, être trans* est une identité et non une orientation sexuelle.

4) Par le « outing » forcé de la personne trans* : Les personnes trans* doivent être laissée libres de décider si elles souhaitent ou non révéler leur statut trans *. Elles courent le risque d’être stigmatisées, discriminées, violentées et même assassinées suite à la révélation de leur statut. Le manque de précaution dont a fait preuve l’auteure de l’article, qui a donné énormément de détails sur ma situation, a eu pour effet de me rendre reconnaissable par de nombreuses personnes hors de son cercle amical familial, violant ainsi mon droit au respect de ma vie privée et me mettant en péril. Ainsi, malgré la réponse du Temps aux commentaires sous son post Facebook du 30 juin, ce ne sont pas les parents « qui sont au cœur de l’article », mais bien ma personne dont l’intimité est révélée sans qu’elle en ait été informé par la journaliste ou par ses proches ; et surtout dont l’identité d’homme est discréditée sous prétexte de « donner la parole aux proches », qui, eux, ne sont pas issus d’une communauté vulnérable et stigmatisée.

Ainsi, j’ai démontré que ce genre d’article affecte notre communauté parce qu’il fait passer la transidentité pour un choix, pour une lubie « politique », voire pour un choix lié à la volonté d’améliorer sa condition sociale. Or, les chiffres sont parlants : Le taux de chômage des personnes transgenres en suisse, est de 20%. De nombreux transgenres vivent dans des situations extrêmement précaire et n’ont pas accès aux soins de base. Notons qu’au Canada (la Suisse ne dispose pas de statistiques sur les personnes transgenres autre que pour l’emploi), entre 13 et 56 % des personnes transgenres ont perdu leur emploi à cause de leur transidentité, 48% ont été victime d’assaut (armé ou sexuel) et 78% d’insultes. 70% d’entre elles ont déjà pensé au suicide, et 33% y ont recours. Je répète ici que la transition n’est pas un choix mais une démarche vitale, puisque le taux de suicide est 20 fois moins élevé chez les personnes trans* ayant transitionné que chez les autres.

C’est ainsi que, malheureusement, ce genre d’article contribue à renforcer les stéréotypes sur une population déjà marginalisée et discriminée, ce qui va bien au delà du manque de tact d’une journaliste prenant l’initiative de mettre à nu la vie d’une personne sans son consentement.

Pour toutes ces raisons, je vous demande de retirer cet article d’internet, et de publier un article qui permettra réparer les dommages qui m’affectent à titre personnel et touchent toute la communauté trans* en Suisse ; article qui prenne en compte nos guidelines pour parler des personnes trans* dans les médias ; et qui soutienne réellement notre cause.

Je me tiens à votre disposition pour en discuter des modalités.

Bien cordialement,

Mialy*
(*nom d'emprunt donné par Le Temps)



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