Le baccalauréat de français en séries technologiques : la copie est à revoir !

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Il n’y a pas si longtemps, les professeurs de lettres se sont exprimés pour contester le nouveau programme de français qui impose en classe de première une véritable course aux œuvres et aux textes. Bien qu’un allégement du programme ait été concédé tout récemment, de nombreuses difficultés demeurent. D’autre part, nous regrettons que les échanges passent sous silence le cas des séries technologiques.

C’est pourquoi les enseignants de lettres prennent à nouveau la plume : le programme de la voie technologique, calqué sur celui de la série générale, est tout simplement une aberration.

En effet, le programme est le suivant : 4 œuvres intégrales (2 textes pour chaque œuvre), issues du programme imposé ; 4 parcours (2 textes par parcours) ; 4 lectures cursives (au choix de l’enseignant mais en relation avec les parcours imposés) ; de la grammaire ; trois exercices pour l’écrit ; deux exercices pour l’oral.

Ce programme monstrueux est totalement inadapté aux élèves de séries technologiques. Pourquoi ?

• Parce que les enseignants disposent de peu d’heures de cours (3 heures seulement dans la plupart des lycées + 1 heure d’accompagnement personnalisé dans quelques rares établissements) pour accomplir cette prouesse : étudier 13 à 16 textes ; faire comprendre les enjeux des œuvres et des parcours ; accompagner les élèves dans la lecture des 8 œuvres ; travailler la grammaire ; maîtriser les méthodes du commentaire de texte, de la contraction de texte et de l’essai ; s’entraîner aux deux parties de l’épreuve orale.

• Parce que les élèves de certaines séries technologiques ont au moins une semaine de stage durant l’année scolaire, ce qui vient interrompre les apprentissages.

• Parce que la réalité du terrain est la suivante : certains élèves refusent d’acheter les livres et l’enseignant est confronté à un véritable problème matériel pour amener ses élèves à s’approprier l’œuvre.

• Parce que nos élèves de séries technologiques rencontrent des difficultés de compréhension importantes, qui sont démultipliées à cause de la complexité des œuvres imposées. Ils se découragent, et l’enseignant peine à les motiver, même s’il ne ménage pas ses efforts.

• Parce que multiplier les exercices et les textes, c’est diminuer la possibilité de s’entraîner à un même exercice, et donc de mieux le maîtriser.

• Parce que ces élèves travaillent peu à la maison ; ils ont sans cesse besoin d’être rassurés, accompagnés. Cela est impossible compte tenu du nombre d’élèves par classe (30 à 35) et du peu de temps dont nous disposons.

Pire. Ce programme est absurde quand on regarde le travail à accomplir dans l’année et les épreuves écrites et orales.

• Seul l’objet d’étude « Littérature d’idées » donne lieu à un exercice (contraction de texte, suivie d’un essai) évalué à l’examen. Le commentaire, quant à lui, n’aura aucun lien avec les œuvres au programme, ni même avec les parcours. Alors, pourquoi étudier 4 œuvres issues d’un programme ? Pourquoi étudier 4 parcours ? Pour les élèves, cela ne fait pas sens. Pour l’enseignant non plus.

• La lecture linéaire est la forme retenue pour la première partie de l’oral ; mais à l’écrit le commentaire doit être organisé autour d’idées. Cette différence contribue à brouiller les repères des élèves et à rendre les deux exercices difficiles.

• La deuxième partie de l’épreuve orale repose sur une œuvre choisie par l’élève : pourquoi l’élève lirait-il 8 œuvres, puisqu’il n’en doit présenter qu’une seule ? Pour le plaisir de lire et pour acquérir de la culture ? certes…mais bizarrement l’argument ne porte pas auprès de nos élèves…

Le jour de l’examen, nous voulons évaluer les acquis et récompenser le travail mené au fil de l’année par des élèves qui auront eu affaire à un programme raisonnable. Voici la copie dont nous rêvons pour les séries technologiques.

- 4h de cours en voie technologique, comme en voie générale.

- Pas d’œuvres imposées.

- Uniquement des parcours, permettant d’alterner 2 groupements et 2 œuvres intégrales, au choix de l’enseignant.

- Un total de 12 à 16 textes.

- 2 lectures cursives, pour les objets d’étude dans lesquels on étudie un groupement.

- Un commentaire en relation avec l’un des parcours.

- Une contraction de texte, suivie d’un essai, en relation avec l’un des parcours.

- A l’oral, une lecture linéaire ou analytique, au choix, selon le texte ; puis un entretien autour d’une des séquences étudiées dans l’année, sans que l’élève ait le choix de cette séquence.

 

Il est temps de tenir compte de la réalité, celle que les professeurs connaissent. Il est temps d’admettre que ce programme a été mal conçu, qu’aucun élève ne comprendra une œuvre intégrale ou un parcours en ayant étudié deux textes de cette œuvre ou de ce parcours ! Il est temps de privilégier la qualité à la quantité ! Il est temps de ne pas confondre élèves de première et étudiants en lettres, et de ne pas prendre les enseignants de lettres pour des magiciens !