LA DÉMOLITION, UNE VISION DÉPASSÉE…

Signataires récents:
Julia SCHILTZ et 19 autres ont signé récemment.

Le problème

Peut-on encore démolir des logements sociaux de qualité à l’heure de la crise du logement ? 

Cela aurait dû être une belle opération de réhabilitation. A Roubaix, des démolitions dans le quartier de l’Alma-Gare se heurtent à la contestation déterminée d’habitants et de défenseurs du patrimoine. Aucun argument mis à la disposition du public ne justifie une mesure si brutale: la destruction de 486 logements sans réelle concertation. Pris au piège des processus de relogement, sans capacité à intervenir sur l’agenda ni les choix, les habitants sont sidérés, de même que les urbanistes, architectes et sociologues…

Ce projet financé par l’Agence nationale de rénovation urbaine est mis en œuvre par la Ville de Roubaix, la Métropole Européenne de Lille et des bailleurs sociaux.

L’Alma-Gare n’est pas n’importe quel quartier, il est depuis 50 ans une référence de l’urbanisme participatif et de la co-production urbaine. Il a été édifié dans les années 1980 à la suite d’une longue mobilisation des habitants, appuyés par l’État dans le cadre du Plan Construction. Cette lutte urbaine emblématique a donné naissance à quantité d’innovations : atelier populaire d’urbanisme, équipements intergénérationnels, école ouverte, première régie de quartier de France. Mainte fois primée, cette opération reste une référence de l’enseignement des architectes et des urbanistes.  Les cabinets d’architecture AUSIA, Gilles Neveux et François & Marie Delhay y ont construit des logements spacieux, lumineux, et traversants. Les balcons ou terrasses des immeubles en brique rouge donnent sur des cœurs d'îlots verdoyants, paisibles, à taille humaine. Proche de la gare, du métro et du futur tramway, l’Alma n’est ni excentré, ni enclavé : il occupe une position stratégique.

Ce quartier a ses problèmes : précarité, drogue. Mais qui peut croire que démolir des immeubles permettra de les résoudre ? Une grande part des habitants a été relogée, beaucoup sont partis à regret. Il reste aujourd’hui une centaine de familles décidée à refuser d’être délogée. Un collectif d’habitants “Non à la démolition de l’Alma-Gare” fait entendre la voix de ceux qui sont attachés à ces beaux logements. Peu importe que ces bâtiments de belle facture puissent vivre encore 50 ans, à l‘Alma, ce ne sont pas seulement des murs que l’on va détruire mais un patrimoine immatériel collectif.

En réalité, mis à part une préoccupation de mixité sociale, le projet à venir sur ce quartier est incompréhensible. Il a d’autant plus de mal à passer que la concertation réduite, s’est résumée aux désordres de la gestion urbaine, au relogement, parfois en visioconférences.

Pourtant la crise du logement s’exacerbe : des itinéraires résidentiels sont bloqués, les bailleurs sociaux peinent à construire, les files d’attente s’allongent. Mais la reconstitution de l’offre de logements ailleurs qu’à Roubaix pour compenser les démolitions crée un jeu à somme nulle.

Et que dire de l'écologie ? Aucun bilan carbone réalisé, alors qu’en moyenne la démolition produit cinq fois plus de gaz à effets de serre et consomme soixante-dix fois plus de matière qu’une réhabilitation[1].

L’association Urbanistes des Hauts-de-France a réclamé aux décideurs un moratoire sur la démolition de l’Alma-Gare, le temps de réinstaurer un dialogue entre acteurs. Le collectif d’habitants opposé à la démolition a entamé un cycle d’ateliers participatifs réunissant habitants et experts pour imaginer une alternative à la démolition .

L’Alma n’est pas un cas isolé.

A La Villeneuve à Grenoble, née sous les auspices du « père » de la Politique de la ville Hubert Dubedout, la mobilisation la réussi à limiter les démolitions en faveur de la réhabilitation. Au Mirail à Toulouse, habitants, architectes, urbanistes et associations réclament la préservation de 1400 logements construits par Candilis, Josic & Woods. La cité-jardin de la Butte-Rouge à Châtenay-Malabry vient d’obtenir en justice un sursis quant à sa démolition partielle. A Bordeaux, au Grand Parc, les architectes Anne Lacaton et Jean-Philippe Vassal (prix Pritzker 2021) remportent avec Frédéric Druot et Christophe Hutin le concours organisé par l’OPHLM : pas de démolition pour une requalification qui ajoute de généreux espaces en façade aux immeubles existants. 

Christine Leconte, présidente du Conseil National de l’Ordre des Architectes réclame de « la considération pour notre patrimoine bâti du 20ème siècle» et s’élève contre le gaspillage, tandis que les signataires du Manifeste de la Frugalité Heureuse et Créative, encouragent la réhabilitation.

Le logement social ne doit pas être le grand oublié de la préservation du patrimoine du 20ème siècle, l’ANRU doit pouvoir intégrer ce critère dans les choix opérés. Chaque opération de démolition-reconstruction est à évaluer selon son empreinte carbone au regard d’une réhabilitation. La démocratie urbaine voudrait que les habitants qui s’opposent aux démolition soient entendus par les décideurs et que des réponses argumentées leurs soient fournies. Le règlement de l’ANRU demande la “co-production” des projets mais n’est pas souvent respecté. Une concertation « loyale » est indispensable : expertise indépendante aux habitants, limitation du numérique au profit de rencontres, réponses des pouvoirs publics… 

Il est temps pour l’ANRU de réfléchir à son projet pour rééquilibrer en faveur de la réhabilitation les choix opérés sur le logement social existant. Il est temps de quitter l’ère des gaspillages à l’heure de l’impératif de la transition écologique. 

Ne prenons pas de décisions irréversibles, sans écouter les habitants et les professionnels urbanistes et architectes… Mmes et Mrs les ministres de la cohésion des Territoires, de la Ville, du Logement, de la Culture : il est urgent de rouvrir le chantier de la politique de la Ville et du renouvellement urbain.

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Julia SCHILTZ et 19 autres ont signé récemment.

Le problème

Peut-on encore démolir des logements sociaux de qualité à l’heure de la crise du logement ? 

Cela aurait dû être une belle opération de réhabilitation. A Roubaix, des démolitions dans le quartier de l’Alma-Gare se heurtent à la contestation déterminée d’habitants et de défenseurs du patrimoine. Aucun argument mis à la disposition du public ne justifie une mesure si brutale: la destruction de 486 logements sans réelle concertation. Pris au piège des processus de relogement, sans capacité à intervenir sur l’agenda ni les choix, les habitants sont sidérés, de même que les urbanistes, architectes et sociologues…

Ce projet financé par l’Agence nationale de rénovation urbaine est mis en œuvre par la Ville de Roubaix, la Métropole Européenne de Lille et des bailleurs sociaux.

L’Alma-Gare n’est pas n’importe quel quartier, il est depuis 50 ans une référence de l’urbanisme participatif et de la co-production urbaine. Il a été édifié dans les années 1980 à la suite d’une longue mobilisation des habitants, appuyés par l’État dans le cadre du Plan Construction. Cette lutte urbaine emblématique a donné naissance à quantité d’innovations : atelier populaire d’urbanisme, équipements intergénérationnels, école ouverte, première régie de quartier de France. Mainte fois primée, cette opération reste une référence de l’enseignement des architectes et des urbanistes.  Les cabinets d’architecture AUSIA, Gilles Neveux et François & Marie Delhay y ont construit des logements spacieux, lumineux, et traversants. Les balcons ou terrasses des immeubles en brique rouge donnent sur des cœurs d'îlots verdoyants, paisibles, à taille humaine. Proche de la gare, du métro et du futur tramway, l’Alma n’est ni excentré, ni enclavé : il occupe une position stratégique.

Ce quartier a ses problèmes : précarité, drogue. Mais qui peut croire que démolir des immeubles permettra de les résoudre ? Une grande part des habitants a été relogée, beaucoup sont partis à regret. Il reste aujourd’hui une centaine de familles décidée à refuser d’être délogée. Un collectif d’habitants “Non à la démolition de l’Alma-Gare” fait entendre la voix de ceux qui sont attachés à ces beaux logements. Peu importe que ces bâtiments de belle facture puissent vivre encore 50 ans, à l‘Alma, ce ne sont pas seulement des murs que l’on va détruire mais un patrimoine immatériel collectif.

En réalité, mis à part une préoccupation de mixité sociale, le projet à venir sur ce quartier est incompréhensible. Il a d’autant plus de mal à passer que la concertation réduite, s’est résumée aux désordres de la gestion urbaine, au relogement, parfois en visioconférences.

Pourtant la crise du logement s’exacerbe : des itinéraires résidentiels sont bloqués, les bailleurs sociaux peinent à construire, les files d’attente s’allongent. Mais la reconstitution de l’offre de logements ailleurs qu’à Roubaix pour compenser les démolitions crée un jeu à somme nulle.

Et que dire de l'écologie ? Aucun bilan carbone réalisé, alors qu’en moyenne la démolition produit cinq fois plus de gaz à effets de serre et consomme soixante-dix fois plus de matière qu’une réhabilitation[1].

L’association Urbanistes des Hauts-de-France a réclamé aux décideurs un moratoire sur la démolition de l’Alma-Gare, le temps de réinstaurer un dialogue entre acteurs. Le collectif d’habitants opposé à la démolition a entamé un cycle d’ateliers participatifs réunissant habitants et experts pour imaginer une alternative à la démolition .

L’Alma n’est pas un cas isolé.

A La Villeneuve à Grenoble, née sous les auspices du « père » de la Politique de la ville Hubert Dubedout, la mobilisation la réussi à limiter les démolitions en faveur de la réhabilitation. Au Mirail à Toulouse, habitants, architectes, urbanistes et associations réclament la préservation de 1400 logements construits par Candilis, Josic & Woods. La cité-jardin de la Butte-Rouge à Châtenay-Malabry vient d’obtenir en justice un sursis quant à sa démolition partielle. A Bordeaux, au Grand Parc, les architectes Anne Lacaton et Jean-Philippe Vassal (prix Pritzker 2021) remportent avec Frédéric Druot et Christophe Hutin le concours organisé par l’OPHLM : pas de démolition pour une requalification qui ajoute de généreux espaces en façade aux immeubles existants. 

Christine Leconte, présidente du Conseil National de l’Ordre des Architectes réclame de « la considération pour notre patrimoine bâti du 20ème siècle» et s’élève contre le gaspillage, tandis que les signataires du Manifeste de la Frugalité Heureuse et Créative, encouragent la réhabilitation.

Le logement social ne doit pas être le grand oublié de la préservation du patrimoine du 20ème siècle, l’ANRU doit pouvoir intégrer ce critère dans les choix opérés. Chaque opération de démolition-reconstruction est à évaluer selon son empreinte carbone au regard d’une réhabilitation. La démocratie urbaine voudrait que les habitants qui s’opposent aux démolition soient entendus par les décideurs et que des réponses argumentées leurs soient fournies. Le règlement de l’ANRU demande la “co-production” des projets mais n’est pas souvent respecté. Une concertation « loyale » est indispensable : expertise indépendante aux habitants, limitation du numérique au profit de rencontres, réponses des pouvoirs publics… 

Il est temps pour l’ANRU de réfléchir à son projet pour rééquilibrer en faveur de la réhabilitation les choix opérés sur le logement social existant. Il est temps de quitter l’ère des gaspillages à l’heure de l’impératif de la transition écologique. 

Ne prenons pas de décisions irréversibles, sans écouter les habitants et les professionnels urbanistes et architectes… Mmes et Mrs les ministres de la cohésion des Territoires, de la Ville, du Logement, de la Culture : il est urgent de rouvrir le chantier de la politique de la Ville et du renouvellement urbain.

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Pétition lancée le 27 septembre 2023