Pour une reconnaissance du mal-être étudiant


Pour une reconnaissance du mal-être étudiant
Le problème
Lettre ouverte d’étudiants, adressée aux cadres de l’enseignement supérieur, aux autres étudiants, ainsi qu’à toute personne qui souhaite connaître la réalité de la condition étudiante actuelle.
Cette semaine a été pour nous, étudiants de l’université de Lille, marquée par l’annonce d’une terrible nouvelle. Nous avons en effet appris le décès de l’un des nôtres, à savoir un étudiant de troisième année de licence de psychologie. En tant que membres de la promotion à laquelle il appartenait, nous souhaitions lui rendre hommage, et adresser nos plus sincères condoléances à l’ensemble de sa famille ainsi que de ses proches. Nous espérons qu’il a trouvé la paix et l'apaisement, et regrettons tous de ne pas avoir pu ou su l’aider. Cette perte a causé chez nous tous une vive émotion, et nous avons souhaité nous mobiliser afin de faire état de la détresse étudiante actuelle. Bien évidemment le but ici n’est pas d’instrumentaliser la mort de notre camarade mais nous souhaitions tirer la sonnette d’alarme, et œuvrer pour que s’opère une réelle prise de conscience du mal-être étudiant.
Nous, étudiants de troisième année de psychologie de l’université de Lille, sommes particulièrement touchés par cet événement, car il signifie que nous avons perdu un camarade. Si nous ne le connaissions pas tous particulièrement, il s’asseyait dans les mêmes amphithéâtres que nous -quand cela était encore possible-, nous l’avions déjà sûrement croisés au détour d’un couloir ou d’une machine à café, nous suivions les mêmes cours, passions les mêmes examens et aspirions aux mêmes choses que lui. Toutes ces choses que nous partagions nous rendent proches de lui, et font que cet événement nous affecte. Cela nous pousse à mettre en lumière cette détresse étudiante afin de véritablement faire changer les choses.
Il convient alors de faire un point sur ce que peut être le quotidien d’un étudiant durant cette année 2021. Afin d’être objectifs nous parlerons de ce que nous connaissons le mieux, c’est-à-dire le cas d’étudiants en psychologie ; mais nous tenons à souligner que des discussions avec des camarades en BTS, en Licence de Biologie, ou même en étude de médecine forcent le constat d’une certaine similitude.
Un étudiant se réveille après une nuit généralement courte, car passée en partie à réviser, à travailler sur l’un des nombreux dossiers (car oui depuis le changement de maquette, les étudiants en psychologie passent environs 20 à 25 examens, à la fois en contrôle continu et en contrôle terminal). Il se rue alors sur son ordinateur, et commence à suivre les cours du mieux qu’il le peut. Car si effectivement les professeurs mettent des choses en place afin de rendre les cours agréables et interactifs, il en reste que suivre à distance parfois jusqu'à 8h de cours magistraux met à rude épreuve votre attention, que de ne pas croiser les amis étudiants dans les couloirs et de pouvoir discuter avec les enseignants en ôte la dimension sociale et stimulante. De leur aveu, les professeurs, au même titre que les étudiants, n’ont plus plaisir à suivre et assurer les cours, tellement ils sont dénués de vrais échanges humains. Parfois, l’étudiant regarde par sa fenêtre et voit le Soleil, il se dit qu’il aimerait sortir mais la pression des échéances l’en empêche. Madame Vidal dira que les étudiants se rendent tristes car ils s’imposent des restrictions trop strictes, la vérité est peut-être ailleurs, peut-être dans la masse de travail qui pèse sur eux, peut-être dans la perte de productivité due à un quotidien morose qui oblige à consacrer plus de temps aux travaux à rendre et aux révisions, qui sait ? Après tout, à force d’être infantilisé et accusé de répandre l’épidémie de Covid-19, peut-être que l’étudiant s’astreint à rester chez lui, voyant le monde à travers les fenêtres ouvertes sur son ordinateur ? L’étudiant, à la fin de sa journée, doit désormais apprendre ses cours, et boucler la préparation de son travail. S’il y parvient, l’heure du couvre feu sera certainement dépassée, il n’aura pas vu la lumière du jour. Si malgré les précautions qu’il prend dans le cadre de la pandémie actuelle, et l’isolement auquel il complait sans broncher, l’étudiant peut avoir contracté la Covid-19, peut-être en se rendant à un examen paradoxalement organisé en présentiel. Si c’est le cas, bonne chance à lui pour assurer les examens avec la fatigue et la maladie, ainsi que pour rattraper les cours, qui évidemment sont de ce fait ardus voir impossibles à suivre.
S’il vit seul, l’étudiant peut passer une journée complète sans avoir dit le moindre mot, et donc n’avoir parlé à personne de la charge mentale qui est sienne, ni s’être changé les idées en riant avec un ami ou un proche. Imaginons désormais que notre étudiant est précaire, qu’il doit ajouter à ces préoccupations celle de savoir s’il aura assez d’argent pour finir le mois et s’il pourra manger tous les jours. Imaginons que notre étudiant doive travailler pour subvenir à ses besoins, et pensons à la charge de travail qui l’attend au retour de son embauche. Imaginons que notre étudiant devait travailler et qu’il a perdu cet emploi à la suite de la crise sanitaire. Imaginons que notre étudiant est retenu loin de chez lui et seul du fait de cette même crise qui l’empêche de rentrer comme il le voudrait, s’il est étranger par exemple, ou s’il n’en a tout simplement pas les moyens, ou s’il est tout simplement retenu sur son lieu d’étude car il doit suivre de rares cours en présentiel.
Dans ces cas de figure, dont la liste n’est pas exhaustive, les facteurs d’inquiétude se multiplient et s’ajoutent, formant un cocktail d’anxiété, d’angoisse et de mal-être. De nombreux étudiants se retrouveront dans ces lignes, dans cette détresse quotidienne, et cette situation est tout bonnement déplorable.
Nous, en tant qu’étudiants sensibilisés aux problématiques de la santé mentale, voulons attirer l’attention sur ce que vivent nos pairs et nous-mêmes dans la conjoncture actuelle. Nous voulons que s’opère une prise de conscience, que les sceptiques (et ils sont nombreux) abandonnent leurs idées toutes faites sur la soit-disant fainéantise des étudiants, ces jeunes “privilégiés” auxquels on a “tout donné”, qui sont en réalité confrontés à de rudes sélections, qui doivent se battre au quotidien pour réussir et obtenir leurs diplômes ; qui sont en réalité des jeunes actifs qui dans nombre de cas travaillent à l’année pour financer leurs études, ou se privent de vacances afin de gagner un peu d’argent, qui sont en réalité les personnes qui les accueillent dans les magasins, en caisse, dans les drive de fast-food, leur livrent leurs repas, ou prennent leurs commandes dans les restaurants par exemple. Nous voulons que les mentalités changent, que la condition actuelle d’étudiant soit considérée dans toute sa difficulté, et que des mesures soient prises afin de prévenir ce genre d’événement tragique.
Les chèques psys et autres aides alimentaires sont dans ce sens de bonnes mesures, et nous reconnaissons qu’elles sont à même d’aider les étudiants à supporter cette situation. L’université de Lille a également mis en place des séances de tutorat qui nous donnent l’opportunité de parler de nos difficultés, et nous reconnaissons également la pertinence de ce genre de mesure. Cependant il semble que ces dernières visent à guérir plutôt qu’à prévenir. Il est regrettable qu’à ce jour, peu d’aménagements inhérents au caractère unique de la situation aient été mis en place. Il aurait été facile par exemple de diminuer le niveau d’exigence de cette année, en allégeant légèrement les programmes ou les plannings d'examens notamment, ce qui rendrait la situation plus supportable pour les étudiants comme pour les professeurs d’ailleurs. Dans la même optique, une réforme de fond du système universitaire serait à notre sens également à engager.
La conjoncture démontre clairement que le système de formation ultra-compétitif est malsain et est vecteur d’un mal-être important. Citons en ce sens l’exemple de notre promotion de psychologie. Nous étions 1300 en première année, nous ne sommes désormais plus que 640 environ en troisième année, et l’entrée en master se fera selon des quotas faibles, qui n’acceptent que 20 étudiants par formation, pour plusieurs centaines de demandes. Ce système en goulot d’étranglement pousse à la compétitivité qui dessert les étudiants, qui ne s’épanouissent pas à l’université : en effet alors qu’ils s’attendent à rejoindre un environnement en pleine émulsion intellectuelle, à étendre leurs connaissances par des lectures et des recherches personnelles, et à avoir des débats et des réflexions passionnants, ils se retrouvent à plancher sur des QCM à points négatifs. Las, ils constatent alors que rien ne sert de faire preuve de curiosité mais qu’il leur sera plus utile d’apprendre par cœur les cours dispensés pour les reporter mots pour mots sur leurs copies d’examen.
Cette situation n’est pas du fait des universités et ce ne sont pas sur elles que porte la responsabilité, mais sur des quotas nationaux qui les obligent à accepter un nombre trop important d’étudiants en licence. Ces quotas font que les conditions d’études s’en trouvent dégradées, et que le nombre de diplômés n’est pas adapté à la réalité de la demande sur le monde professionnel. Il faudrait envisager en solution, de proposer davantage de parcours transversaux et de passerelles afin de permettre aux étudiants qui se voient l’accès à leur souhait d’orientation refusé, de rejoindre une autre formation, de s’y épanouir et de trouver un métier satisfaisant. Un autre point sur lequel il convient d’insister concerne le nombre d’étudiants admis en licence, que les universités elles-mêmes dénoncent comme trop important. Ainsi si les principaux acteurs du milieu universitaire que sont les étudiants et les personnels encadrants, formulent conjointement la même plainte, c’est qu’il existe un vrai problème, et qu’il convient d’agir pour améliorer la condition universitaire, et proposer des formations alternatives ou encore revaloriser les formations techniques, souvent vues comme des filières où l’on oriente les collégiens et lycéens par défaut par exemple.
Ce qui est sûr c’est qu’un changement doit s'opérer. Les vrais problèmes de l’université se situent sûrement plus dans le mal-être des étudiants et les dysfonctionnements profonds d’un système tourné vers l’hyper compétitivité que dans la lutte contre “l’islamogauchisme”, qui semble prendre valeur de diversion à nos yeux, tant le décalage avec la réalité du terrain et les problèmes réels semble important. Un dialogue doit s’ouvrir entre les cadres de l’enseignement supérieur et les acteurs de ce milieu afin que s’opère un changement en profondeur, dont la nécessité est accentuée du fait de la conjoncture.
Nous espérons que la présente lettre contribuera à une prise de conscience de la nécessité d’agir, et de la situation de l’étudiant français en ces temps de pandémie. Nous souhaitons communiquer notre soutien à l’ensemble des étudiants qui vivent cette situation, mais également à nos professeurs, ainsi qu’à l’ensemble des personnes qui souffrent de la situation. À nouveau, nous
adressons nos plus sincères condoléances et nos vœux de soutien à la famille de notre défunt camarade. Repose en paix, Chadi, nous ne t’oublions pas.
En espérant que ces mots trouvent dans vos esprits un écho comparable à la détresse que cette situation engendre. Avec toute ma bienveillance,
Signé celles et ceux qui se reconnaissent dans ces lignes.
Le problème
Lettre ouverte d’étudiants, adressée aux cadres de l’enseignement supérieur, aux autres étudiants, ainsi qu’à toute personne qui souhaite connaître la réalité de la condition étudiante actuelle.
Cette semaine a été pour nous, étudiants de l’université de Lille, marquée par l’annonce d’une terrible nouvelle. Nous avons en effet appris le décès de l’un des nôtres, à savoir un étudiant de troisième année de licence de psychologie. En tant que membres de la promotion à laquelle il appartenait, nous souhaitions lui rendre hommage, et adresser nos plus sincères condoléances à l’ensemble de sa famille ainsi que de ses proches. Nous espérons qu’il a trouvé la paix et l'apaisement, et regrettons tous de ne pas avoir pu ou su l’aider. Cette perte a causé chez nous tous une vive émotion, et nous avons souhaité nous mobiliser afin de faire état de la détresse étudiante actuelle. Bien évidemment le but ici n’est pas d’instrumentaliser la mort de notre camarade mais nous souhaitions tirer la sonnette d’alarme, et œuvrer pour que s’opère une réelle prise de conscience du mal-être étudiant.
Nous, étudiants de troisième année de psychologie de l’université de Lille, sommes particulièrement touchés par cet événement, car il signifie que nous avons perdu un camarade. Si nous ne le connaissions pas tous particulièrement, il s’asseyait dans les mêmes amphithéâtres que nous -quand cela était encore possible-, nous l’avions déjà sûrement croisés au détour d’un couloir ou d’une machine à café, nous suivions les mêmes cours, passions les mêmes examens et aspirions aux mêmes choses que lui. Toutes ces choses que nous partagions nous rendent proches de lui, et font que cet événement nous affecte. Cela nous pousse à mettre en lumière cette détresse étudiante afin de véritablement faire changer les choses.
Il convient alors de faire un point sur ce que peut être le quotidien d’un étudiant durant cette année 2021. Afin d’être objectifs nous parlerons de ce que nous connaissons le mieux, c’est-à-dire le cas d’étudiants en psychologie ; mais nous tenons à souligner que des discussions avec des camarades en BTS, en Licence de Biologie, ou même en étude de médecine forcent le constat d’une certaine similitude.
Un étudiant se réveille après une nuit généralement courte, car passée en partie à réviser, à travailler sur l’un des nombreux dossiers (car oui depuis le changement de maquette, les étudiants en psychologie passent environs 20 à 25 examens, à la fois en contrôle continu et en contrôle terminal). Il se rue alors sur son ordinateur, et commence à suivre les cours du mieux qu’il le peut. Car si effectivement les professeurs mettent des choses en place afin de rendre les cours agréables et interactifs, il en reste que suivre à distance parfois jusqu'à 8h de cours magistraux met à rude épreuve votre attention, que de ne pas croiser les amis étudiants dans les couloirs et de pouvoir discuter avec les enseignants en ôte la dimension sociale et stimulante. De leur aveu, les professeurs, au même titre que les étudiants, n’ont plus plaisir à suivre et assurer les cours, tellement ils sont dénués de vrais échanges humains. Parfois, l’étudiant regarde par sa fenêtre et voit le Soleil, il se dit qu’il aimerait sortir mais la pression des échéances l’en empêche. Madame Vidal dira que les étudiants se rendent tristes car ils s’imposent des restrictions trop strictes, la vérité est peut-être ailleurs, peut-être dans la masse de travail qui pèse sur eux, peut-être dans la perte de productivité due à un quotidien morose qui oblige à consacrer plus de temps aux travaux à rendre et aux révisions, qui sait ? Après tout, à force d’être infantilisé et accusé de répandre l’épidémie de Covid-19, peut-être que l’étudiant s’astreint à rester chez lui, voyant le monde à travers les fenêtres ouvertes sur son ordinateur ? L’étudiant, à la fin de sa journée, doit désormais apprendre ses cours, et boucler la préparation de son travail. S’il y parvient, l’heure du couvre feu sera certainement dépassée, il n’aura pas vu la lumière du jour. Si malgré les précautions qu’il prend dans le cadre de la pandémie actuelle, et l’isolement auquel il complait sans broncher, l’étudiant peut avoir contracté la Covid-19, peut-être en se rendant à un examen paradoxalement organisé en présentiel. Si c’est le cas, bonne chance à lui pour assurer les examens avec la fatigue et la maladie, ainsi que pour rattraper les cours, qui évidemment sont de ce fait ardus voir impossibles à suivre.
S’il vit seul, l’étudiant peut passer une journée complète sans avoir dit le moindre mot, et donc n’avoir parlé à personne de la charge mentale qui est sienne, ni s’être changé les idées en riant avec un ami ou un proche. Imaginons désormais que notre étudiant est précaire, qu’il doit ajouter à ces préoccupations celle de savoir s’il aura assez d’argent pour finir le mois et s’il pourra manger tous les jours. Imaginons que notre étudiant doive travailler pour subvenir à ses besoins, et pensons à la charge de travail qui l’attend au retour de son embauche. Imaginons que notre étudiant devait travailler et qu’il a perdu cet emploi à la suite de la crise sanitaire. Imaginons que notre étudiant est retenu loin de chez lui et seul du fait de cette même crise qui l’empêche de rentrer comme il le voudrait, s’il est étranger par exemple, ou s’il n’en a tout simplement pas les moyens, ou s’il est tout simplement retenu sur son lieu d’étude car il doit suivre de rares cours en présentiel.
Dans ces cas de figure, dont la liste n’est pas exhaustive, les facteurs d’inquiétude se multiplient et s’ajoutent, formant un cocktail d’anxiété, d’angoisse et de mal-être. De nombreux étudiants se retrouveront dans ces lignes, dans cette détresse quotidienne, et cette situation est tout bonnement déplorable.
Nous, en tant qu’étudiants sensibilisés aux problématiques de la santé mentale, voulons attirer l’attention sur ce que vivent nos pairs et nous-mêmes dans la conjoncture actuelle. Nous voulons que s’opère une prise de conscience, que les sceptiques (et ils sont nombreux) abandonnent leurs idées toutes faites sur la soit-disant fainéantise des étudiants, ces jeunes “privilégiés” auxquels on a “tout donné”, qui sont en réalité confrontés à de rudes sélections, qui doivent se battre au quotidien pour réussir et obtenir leurs diplômes ; qui sont en réalité des jeunes actifs qui dans nombre de cas travaillent à l’année pour financer leurs études, ou se privent de vacances afin de gagner un peu d’argent, qui sont en réalité les personnes qui les accueillent dans les magasins, en caisse, dans les drive de fast-food, leur livrent leurs repas, ou prennent leurs commandes dans les restaurants par exemple. Nous voulons que les mentalités changent, que la condition actuelle d’étudiant soit considérée dans toute sa difficulté, et que des mesures soient prises afin de prévenir ce genre d’événement tragique.
Les chèques psys et autres aides alimentaires sont dans ce sens de bonnes mesures, et nous reconnaissons qu’elles sont à même d’aider les étudiants à supporter cette situation. L’université de Lille a également mis en place des séances de tutorat qui nous donnent l’opportunité de parler de nos difficultés, et nous reconnaissons également la pertinence de ce genre de mesure. Cependant il semble que ces dernières visent à guérir plutôt qu’à prévenir. Il est regrettable qu’à ce jour, peu d’aménagements inhérents au caractère unique de la situation aient été mis en place. Il aurait été facile par exemple de diminuer le niveau d’exigence de cette année, en allégeant légèrement les programmes ou les plannings d'examens notamment, ce qui rendrait la situation plus supportable pour les étudiants comme pour les professeurs d’ailleurs. Dans la même optique, une réforme de fond du système universitaire serait à notre sens également à engager.
La conjoncture démontre clairement que le système de formation ultra-compétitif est malsain et est vecteur d’un mal-être important. Citons en ce sens l’exemple de notre promotion de psychologie. Nous étions 1300 en première année, nous ne sommes désormais plus que 640 environ en troisième année, et l’entrée en master se fera selon des quotas faibles, qui n’acceptent que 20 étudiants par formation, pour plusieurs centaines de demandes. Ce système en goulot d’étranglement pousse à la compétitivité qui dessert les étudiants, qui ne s’épanouissent pas à l’université : en effet alors qu’ils s’attendent à rejoindre un environnement en pleine émulsion intellectuelle, à étendre leurs connaissances par des lectures et des recherches personnelles, et à avoir des débats et des réflexions passionnants, ils se retrouvent à plancher sur des QCM à points négatifs. Las, ils constatent alors que rien ne sert de faire preuve de curiosité mais qu’il leur sera plus utile d’apprendre par cœur les cours dispensés pour les reporter mots pour mots sur leurs copies d’examen.
Cette situation n’est pas du fait des universités et ce ne sont pas sur elles que porte la responsabilité, mais sur des quotas nationaux qui les obligent à accepter un nombre trop important d’étudiants en licence. Ces quotas font que les conditions d’études s’en trouvent dégradées, et que le nombre de diplômés n’est pas adapté à la réalité de la demande sur le monde professionnel. Il faudrait envisager en solution, de proposer davantage de parcours transversaux et de passerelles afin de permettre aux étudiants qui se voient l’accès à leur souhait d’orientation refusé, de rejoindre une autre formation, de s’y épanouir et de trouver un métier satisfaisant. Un autre point sur lequel il convient d’insister concerne le nombre d’étudiants admis en licence, que les universités elles-mêmes dénoncent comme trop important. Ainsi si les principaux acteurs du milieu universitaire que sont les étudiants et les personnels encadrants, formulent conjointement la même plainte, c’est qu’il existe un vrai problème, et qu’il convient d’agir pour améliorer la condition universitaire, et proposer des formations alternatives ou encore revaloriser les formations techniques, souvent vues comme des filières où l’on oriente les collégiens et lycéens par défaut par exemple.
Ce qui est sûr c’est qu’un changement doit s'opérer. Les vrais problèmes de l’université se situent sûrement plus dans le mal-être des étudiants et les dysfonctionnements profonds d’un système tourné vers l’hyper compétitivité que dans la lutte contre “l’islamogauchisme”, qui semble prendre valeur de diversion à nos yeux, tant le décalage avec la réalité du terrain et les problèmes réels semble important. Un dialogue doit s’ouvrir entre les cadres de l’enseignement supérieur et les acteurs de ce milieu afin que s’opère un changement en profondeur, dont la nécessité est accentuée du fait de la conjoncture.
Nous espérons que la présente lettre contribuera à une prise de conscience de la nécessité d’agir, et de la situation de l’étudiant français en ces temps de pandémie. Nous souhaitons communiquer notre soutien à l’ensemble des étudiants qui vivent cette situation, mais également à nos professeurs, ainsi qu’à l’ensemble des personnes qui souffrent de la situation. À nouveau, nous
adressons nos plus sincères condoléances et nos vœux de soutien à la famille de notre défunt camarade. Repose en paix, Chadi, nous ne t’oublions pas.
En espérant que ces mots trouvent dans vos esprits un écho comparable à la détresse que cette situation engendre. Avec toute ma bienveillance,
Signé celles et ceux qui se reconnaissent dans ces lignes.
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Pétition lancée le 22 avril 2021