Le 8 août 2024, le président Carles Puigdemont i Casamajó rentrera en Catalogne après un exil de près de sept ans pour participer au débat d'investiture au Parlement catalan à Barcelone en vue de l'élection d'un nouveau président du gouvernement catalan (Generalitat de Catalunya).
En raison d'un mandat d'arrêt espagnol, il faut s'attendre à ce que le président Puigdemont soit arrêté dans les prochains jours sur ordre d'un juge espagnol. Lui-même s'attend à ce que son arrestation ait lieu. Il ne considère pas son retour comme une "marche sacrificielle", mais comme un acte de confrontation directe avec un régime démophobe qui viole les droits de l'homme et enfreint continuellement le droit organique de l'État espagnol.
S'il est arrêté, le président Puigdemont n'entamera aucune négociation avec l'État espagnol concernant sa liberté et, en particulier, ne soutiendra aucune décision qui pourrait être interprétée comme un abandon des aspirations du peuple catalan à la souveraineté, à la démocratie et à l'État de droit.
Ses activités politiques ne sont pas une réaction à la répression espagnole dont souffrent la Catalogne et de nombreux Catalans, mais visent à réaliser la souveraineté du peuple catalan, dont le Parlement librement élu a solennellement proclamé l'indépendance de la Catalogne vis-à-vis de l'Espagne le 27 octobre 2017, sans violation du droit international ni de la Constitution espagnole. Le président Puigdemont s'engage à concrétiser cette déclaration d'indépendance valide dans les années à venir sous la forme d'une République catalane autonome et à surmonter ainsi une fois pour toutes la répression espagnole en Catalogne.
Depuis sept ans, l'État espagnol tente de faire arrêter le président Puigdemont sous des prétextes et avec une procédure qui n'était et n'est toujours pas conforme à l'État de droit. Jusqu'à présent, l'Espagne n'a pas réussi à obtenir gain de cause et a perdu dans les procédures judiciaires correspondantes devant la justice d'autres pays de l'Union européenne dotés d'un État de droit. La différence entre la justice indépendante des autres pays et le système juridique espagnol est apparue clairement dans ces décisions.
L'Espagne a violé le droit contraignant des Nations unies, comme l'ont constaté plusieurs décisions du Groupe de travail sur la détention arbitraire et le Comité des droits de l'homme des Nations unies dans le cas des prisonniers politiques catalans, sans respecter les obligations qui lui sont imposées par les organes compétents des Nations unies. Aujourd'hui, l'Espagne s'apprête même à enfreindre une loi d'amnistie récemment adoptée, selon laquelle le président Puigdemont ne devrait pas être arrêté en Espagne non plus. Il y a des années, un ancien représentant spécial des Nations unies a attiré l'attention sur le fait que les agents chargés de l'application des lois en Espagne et dans les autres pays de l'Union européenne peuvent à tout moment et sans préjudice personnel refuser de donner des ordres et des instructions pour arrêter le président catalan pour des raisons de conscience, afin de ne pas être eux-mêmes punissables en participant à un acte illégal.
Le président Carles Puigdemont et une partie de son gouvernement, illégalement déclaré destitué par l'Espagne, se sont rendus en Belgique en 2017 afin d'assurer la continuité institutionnelle de la Generalitat de Catalogne séculaire en exil face aux mesures de répression illégales prises par l'État espagnol en réaction au référendum d'indépendance du 1er octobre de la même année, conformément à l'article 1 des deux grands pactes des Nations unies relatifs aux droits de l'homme, que l'Espagne doit également respecter en tant que droit impératif et supérieur. Il a ainsi été possible de défendre les intérêts du peuple catalan de manière publique.
Depuis, pendant sept ans, le président Puigdemont a montré au monde que le peuple catalan aspire à la liberté et à la souveraineté et que l'Espagne refuse au peuple catalan le droit humain à l'autodétermination qui lui revient, en violation de la Constitution et du droit. Il a toujours mené sa lutte pour la souveraineté de son peuple de manière non-violente et pacifique.
Les événements de demain jeudi marqueront un tournant pour la Catalogne et l'Espagne. L'arrestation probable du président Puigdemont ne serait pas seulement un nouvel acte de répression politique, mais aussi la preuve manifeste, aux yeux du monde entier, du refus du système judiciaire espagnol d'observer et de respecter le principe de séparation des pouvoirs, les décisions démocratiques et les lois adoptées par le Congrès des députés, comme la récente loi d'amnistie.
La situation actuelle en Espagne peut à juste titre être décrite comme un coup d'État hybride qui plonge la démocratie et le système judiciaire espagnol, qui ne fonctionne déjà plus que partiellement selon les principes de l'État de droit, dans une crise profonde dont les répercussions dépasseront largement les frontières de la Catalogne et ébranleront la crédibilité de l'Union européenne dans son ensemble si celle-ci continue à qualifier la violation de l'État de droit en Espagne d'affaire interne à l'un de ses États membres et reste inactive. L'attitude antidémocratique, destructrice de l'État de droit et antilibérale de l'appareil d'État espagnol ne restera pas sans conséquences et aura un retentissement international.
Depuis plus de sept ans, l'État espagnol tente d'influencer et d'orienter massivement la couverture médiatique du conflit entre l'Espagne et la Catalogne. Il faut espérer que la presse du monde entier, indépendante de l'Espagne, suivra attentivement les événements en Espagne et en Catalogne et les relatera de manière objective, afin d'assurer une couverture transparente et équilibrée en ce moment critique pour l'avenir de la Catalogne.
Josep Rull : «"Si le président Puigdemont est arrêté, je ne pourrai pas accepter que la session plénière se déroule normalement" - Interview avec le président du Parlement de Catalogne, Josep Rull, deux jours avant l'inauguration de Salvador Illa», in : Vilaweb, 6. 8. 2024.
Discours du président Carles Puigdemont à l'Arc de Triomphe de Barcelone le 8 août 2024 (dans la vidéo ci-dessous, à partir de la 27e minute) :
https://www.vilaweb.cat/noticies/directe-president-puigdemont-torna-catalunya/