Kampanya güncellemesiPréservons le site grec antique du boulevard de la Corderie à Marseille (France)« Dans quarante jours, Ninive sera détruite »
Jean-Noël BEVERINIFransa
7 Eki 2017
. Jonas 3.1-10 Chères et chers amis, Conformément à la déclaration du président de la République, la ministre de la Culture était ce matin à Marseille pour visiter le site grec antique de la Corderie, puis présider une réunion en préfecture pour décider ou faire l’annonce de l’avenir du site. VISITE MINISTÉRIELLE DU SITE Cette visite, en présence du préfet de Région et sous la conduite du responsable Archéologie de la Direction régionale des Affaires culturelles (DRAC Aix-en-Provence), a duré quelques minutes au cours desquelles la ministre n’a pu se rendre réellement compte de la qualité du site, l’aménageur Vinci ayant bâché (ou rectifié les couvertures) sous géotextile les éléments archéologiques. Il est à regretter que le directeur du chantier de fouilles de l’INRAP, ayant conduit et dirigé les opérations archéologiques et meilleur connaisseur du site n’ait pas été invité par la ministre. RÉUNION EN PRÉFECTURE En face des représentants de l’État, de la DRAC, de l’aménageur et de la municipalité, seuls trois membres limités au comité d’intérêt de quartier d’une partie du 7° arrondissement de Marseille (C.I.Q. Corderie, Saint-Victor, Téllène), accompagnés d’un archéologue (monsieur Michel Bats) ont été invités à cette réunion, alors que de nombreux participants réunis devant le siège préfectoral faisaient part de leur mécontentement pour l’exclusion dont ils étaient l’objet. CONCLUSION A L’ISSUE DE LA VISITE MINISTÉRIELLE Aucun changement n’intervient. Le seul espace protégé reste celui des 630 m2 initialement accordés. PREMIÈRES CONSIDÉRATIONS Les organes de Presse commenteront abondamment le résultat facilement prévisible de cette visite et de la réunion en préfecture qui la suivit. En limitant à trois membres non représentatifs de la large et générale démarche de protection et de valorisation du site, l’État a finement manœuvré. En acceptant, certainement par sentiment d’orgueil, de participer, seuls, à cette invitation, les trois membres du C.I.Q. local ont, non seulement, affaibli la cause de la défense et de la valorisation du site mais ont, de plus, lourdement mécontenté l’ensemble des associations et particuliers qui ne se reconnaissent pas, à juste titre, dans ce comité local d’intérêt de quartier. La volonté de protection, dans un spectre très étendu, s’il en est, comme la variété de projets de valorisation, ne sauraient être réduites aux revendications particulières d’un comité local ne représentant que lui-même face à l’intérêt général et à la mobilisation nationale et internationale exclue de tout entretien, pour ne pas dire de toute considération. SUITE À VENIR Il est certain aujourd’hui que, contrairement à la déclaration de Jonas concernant le devenir de la ville de Ninive, il ne sera pas nécessaire d’attendre quarante jours pour voir détruit le site grec antique de la Corderie à Marseille. Pourtant d’autres solutions étaient possibles. Elles n’ont même pas été évoquées. Telle celle des Latomies de Syracuse. LES LATOMIES DE SYRACUSE Nous connaissons tous Syracuse, par la beauté de la ville posée comme un diamant sur la côte Sud Est de la Sicile, par son habitant le plus célèbre en la personne du grand Archimède, et plus communément par la chanson de Henri Salvador : « J’aimerais tant revoir Syracuse… » Parmi ses immenses trésors : les Latomies. Ces latomies sont les anciennes carrières grecques de la ville. SYRACUSE ET MARSEILLE : DE REMARQUABLES ANALOGIES. 1 - Les fondations des cités Syracuse fut fondée au VIII° siècle av. J.C. par des colons venus de Corinthe. Massalia doit sa naissance à des colons grecs venus de Phocée au VI° siècle av. J.C. Les corinthiens entrèrent ensuite en guerre contre les peuplades locales jalouses de leur expansion et de leur rayonnement. Nos phocéens entrèrent en opposition avec les tribus ligures locales sujettes à la même jalousie. 2- La construction des cités Construire une cité suppose le choix préalable puis l’exploitation d’une carrière. Tel fut l’identique démarche des Corinthiens et des Phocéens sur les deux rivages de notre Méditerranée. Les premiers, dès le VIII° s, choisissent un site sur lequel ils trouvent une pierre calcaire gris-blanc qui va donner sa couleur à la ville. Les besoins sont immenses : temples, édifices « civils », remparts, routes, maisons… Ces carrières, nommées Latomies, connaissent plusieurs périodes d’exploitation ; d’abord à ciel ouvert, puis creusées dans le roc et la falaise, elles s’étendent sur une vaste emprise. La ville s’édifie autour d’une source, l’Aréthuse, près de laquelle se dressent temples, théâtre et vastes constructions. Ces latomies sont ensuite transformées en « carrières-prisons » où en 413 av. J.C. seront enfermés 7000 prisonniers grecs après leur défaite. La construction de Massalia est étonnement comparable à celle de Syracuse. La ville se construit auprès d’une source divinisée : le Lacydon. Les Phocéens font choix d’une carrière située sur la rive Sud de la calanque, riche également en calcaire mais de couleur dorée. Les mêmes besoins de construction étant immenses, la carrière prend une extension considérable et peu commune. De son calcaire doré sortent les blocs indispensables à l’édification des temples de la cité, à l’élévation de ses remparts antiques, à la fourniture de ses moellons pour ses maisons communes, le tracé de ses voies, de ses routes et de ses rues… , de ses sarcophages destinés à recevoir ses illustres défunts. LA DIVERSITÉ DES LATOMIES DE SYRACUSE Toutes sont riches d’histoire, mais je voudrais appeler votre attention sur l’une d’elles. Vous en comprendrez immédiatement la raison. Savez-vous, en effet, quel est son nom ? « Latomie des cordiers » ! (grotte des cordiers). Oui, à Syracuse. Elle tire son nom de l’activité exercée là durant des siècles par des artisans syracusains. Cela ne vous rappelle rien ? LES LATOMIES AUJOURD’HUI À SYRACUSE Remarquable richesse archéologique de la ville, les carrières antiques de Syracuse sont devenues un pôle d’attractivité touristique qui accueille chaque année des milliers de visiteurs admiratifs. Le site s’est enrichi d’une végétation luxuriante et exubérante alliant orangers, citronniers, cédratiers, palmiers, câpriers, figuiers de barbarie… Les jeux d’ombres et de lumière, la délicatesse des couleurs offrent un spectacle unique et de toute beauté. POURQUOI MARSEILLE NE S’EST-ELLE PAS INSPIRÉE DE SYRACUSE ? Syracuse, ville « grecque » qui revendique sa naissance et son origine, a su préserver et valoriser son patrimoine et son histoire. Loin de les oublier et de les effacer, elle a résolument choisi de mettre en valeur « une carrière » comme « berceau de sa naissance », terme que j’ai déjà employé, comme celui d‘« âme de Marseille ». La nomination d’une mission municipale, voire d’État, ou conjointe, ayant pour objet de se rendre à Syracuse pour étudier la mise en valeur des carrières syracusaines n’aurait-elle pas été de nature à éclairer raisonnablement les esprits sur l’indispensable et urgente nécessité de préserver cette richesse antique et originelle qui venait de nous être donnée aussi rapidement qu’elle vient de nous être soustraite ? Marseille fait partie de cet « arc majestueux des villes grecques de la Méditerranée ». Elle se devait d’être d’autant plus réceptive, sensible et déterminée à la préservation et à la valorisation de son patrimoine grec antique qu’elle en a si peu conservé. Nous avions cru Marseille ne plus pouvoir aujourd’hui fermer les yeux et devoir, au contraire, les « ouvrir grand ». Nous avions cru Marseille ne plus pouvoir pareillement aujourd’hui rester sourde à toutes les voix de ses citoyens et aux voix de toutes celles et ceux en France et hors de France, les vôtres, qui réclamaient le respect de son patrimoine. Nous avions cru Marseille ne plus pouvoir rester dans l’ignorance des déclarations de tant d’éminents archéologues, historiens, géologues, scientifiques, universitaires qui, avec une unanimité remarquable par delà la différence de leurs disciplines, militaient pour la préservation intégrale du site de la Corderie. Marseille s’est donnée le droit de « jeter la pierre » sur son unique carrière grecque antique riche de 26 siècles et de détruire le berceau de sa naissance. Marseille, le 7 octobre 2017 Jean Noël Beverini de la Société Française d’Histoire Maritime René Pierini Historien
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